Publié le 23 Décembre 2021

(air connu)
"Ecoeurée, dégoûtée
Je ne voterai plus jamais
Ecoeurée, dégoûtée
C’est décidé je m’en vais… ? "

La situation est grave ! Je n’ai pas d’enfants et je parodie « La reine des neiges »… C’est vous dire à quel point la situation est grave !
Depuis hier soir, je ne décolère pas. Alors, c’est ça la Belgique, maintenant ? Un pays où des dirigeants ont saisi l’opportunité du prétexte sanitaire pour mettre la culture sur les genoux ?
Mais c’est quoi leur objectif, exactement ?

Limiter la propagation du variant Omicron ? Non. Là, à un moment, il faut arrêter de nous prendre pour des cons. L'an dernier, avec beaucoup de bonne volonté, je voulais encore bien entendre (sans forcément être d’accord hein !) l’argument du « on ferme tout, même ce qui représente le risque le plus faible, parce que si on l’accepte, un risque faible + un risque faible + un risque faible, ça finit par faire un vrai risque ».
Sur un plan purement logique, ça pouvait se tenir...

Depuis, toutes les études ont monté que les théâtres font partie des lieux où le risque de contamination est le plus faible. Sans cette fameuse maxime qui nous dit que « le risque zéro n’existe pas », on dirait même qu’il n’y a aucun risque d’attraper le covid en allant au théâtre. Contrairement, par exemple, aux restaurants ou aux salles de sport…
En même temps, a-t-on vraiment besoin d’études pour comprendre cela ? Prenons un virus qui se propage par aérosol, par les micro-gouttelettes qu’on expulse quand on parle, on tousse, on éternue, on souffle fort. Où a-t-on le plus de chance de l’attraper, c’est-à-dire de le respirer et le voir s’infiltrer dans notre nez ? Dans un lieu où tout le monde est assis, masqué, sans parler, et tourné dans la même direction ? Ou dans un lieu où les gens sont assis face à face, ou perpendiculairement à vous, bref tournés dans différentes directions, sans masque, et qu’ils parlent et mangent ? Ou encore, dans des lieux fermés où des gens circulent et bougent, sans masques, en soufflant lourdement sous l’effort ?

Voilà. On est d’accord ? Bien. Suis-je en train de dire qu’il aurait fallu fermer l’HORECA et les salles de sport hier ? Non, pas forcément. Ce que je dis, c’est que si l’objectif est de limiter les contaminations au variant omicron tellement contagieux, ne fermer que les lieux où le risque de contamination est de 1%, ça n’aura aucun effet. Un peu de cohérence, merde !

Donc, une fois qu’on a écarté l’hypothèse de l’objectif sanitaire (Sherlock, sors de ce corps !), que reste-t-il ?
Eh bien… on se le demande ? Une vengeance personnelle d’un politicien qui se rêvait comédien et a échoué ? Une vraie volonté de museler le secteur culturel, de pousser à la faillite les théâtres, et les comédiens à la reconversion ? Parce que le théâtre met en perspective, donne du recul, fait réfléchir ? Mais les mecs, vu ce que vous faites à l’enseignement, dans 15 ans ces mots ne voudront quand même plus rien dire ! Alors c’est bon, en attendant, foutez-nous la paix, laissez-nous profiter des comédiens tant qu’ils sont encore là ! N’oubliez pas que « tout le temps qui passe ne se rattrape guère, que tout le temps perdu ne se rattrape plus » (ah, c’est mieux, le niveau musical remonte !).

J’ai lu aussi que taper sur le secteur culturel, qui ne se révolte pas de façon violente (et de toute façon, qui ça emmerderait, une grève des artistes, à part les spectateurs dont nos ministres ne font visiblement pas partie ?), c’est une façon d’avoir l’air de prendre des mesures en faisant râler le moins de monde possible.

Comment pourrait-on faire changer cela ? Je me pose sérieusement la question. Les ministres ferment arbitrairement les lieux de culture, de façon inutile et donc, injuste. « Et puis quoi, et puis rien, et puis… on verra bien ? » (ça, c’est Aldebert, pour la ref musicale). Non, mais ça suffit ! Il est temps de trouver des manières créatives, respectueuses des gens et des mesures sanitaires qui ont du sens, de protester. Porter plainte pour entrave au bien être et à l’équilibre mental sans raison impérieuse qui le justifie ? Pour concurrence déloyale de mauvais goût (comme disait Bart y’a des années, la politique c’est du théâtre, non ?)

Il doit bien y avoir quelque chose à faire, ça ne peut pas continuer ! (hm, ça me rappelle une pièce d’Aristophane, « On marche sur la tête », dont j’ai vu une adaptation à Avignon y’a des années… C’est vraiment ça, non ? On marche sur la tête !).
Ou alors, si certains ont lu « Graine de sorcière » de Margaret Atwood… c’est peut-être une piste ? Donner une bonne leçon à nos hommes politiques avec une représentation de « La tempête » rien que pour eux ? (je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler ce roman que j’ai beaucoup aimé !).

J’en viens à espérer que des acteurs du monde culturel proposeront quelque chose d’intelligent, à leur image, pour résister. Dire stop, dire ça n’a pas de sens !

Sinon, pourquoi continuer à faire attention, à rester en bonne santé ? Pour aller bosser ? Et être privé de sa bulle d’oxygène principale ? Un monde sans théâtre, sans artistes… Quel cauchemar !

Alors bien sûr je partage leur colère, leur ras-le-bol, à ces artistes, ces directeurs, ces équipes des théâtres, ceux que je fréquente souvent et tous les autres. Je leur envoie tout mon soutien, je leur dis que je serai là quand ils rouvriront. Et je leur demande, aussi, ce qu’on peut faire. Comment se mobiliser pour faire passer le message que, oui, des gens râlent quand on ferme la culture, surtout quand il n’y a aucune justification qui tienne la route, que les experts du GEMS ne l’ont même pas demandé ni conseillé dans l’immédiat.

Et aussi... Comment leur faire comprendre, à ces politiciens, et d’une façon qui les touche, comment leur dire que ce n’est pas ainsi qu’ils seront crédibles, qu’en fait ils font tout pour que même les personnes censées se détournent de la politique, faisant le jeu des extrêmes, au final. Il y a de nombreuses années, "Sois belge et tais-toi" (le spectacle, pour ceux qui auraient oublié) se terminait sur une version réécrite de "L'amitié", de Françoise Hardy. Avec notamment cette phrase, dans les paroles : "Alors, peut-être que les mécontents n'iront pas tous voter bêtement blanc..." A l'époque, je voulais encore croire qu'il y avait quelques hommes et femmes politiques capables de nager au-dessus de la merde. Maintenant... si Léodagan se présentait avec pour programme "tout cramer et recommencer de zéro!", je voterais pour lui! (oui, les références culturelles dans tous les sens - ici, Kaamelott, pour les distraits - c'est volontaire...).

Alors? Comment on sort de tout ça?

Si vous avez une réponse ou un début de piste, je suis preneuse…

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Rédigé par Emelle

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Publié le 28 Novembre 2021

Vous est-il déjà arrivé, à la fin d'un spectacle, d'avoir envie de monter sur scène et de serrer les comédiens dans vos bras, pour les remercier de la justesse de leur performance et de tout ce qu'ils ont donné aux spectateurs? Moi, cela m'arrive parfois. Notamment hier, à la fin de "Love letters", au théâtre Le Public! Quel magnifique moment de théâtre nous offrent Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen!

Pourtant, il faut que je vous avoue une chose... J'avais déjà vu "Love letters" au théâtre, il y a une quinzaine d'années, et je n'en avais pas gardé un souvenir incroyable... Pour être franche, je n'en avais pas vraiment gardé de souvenir, sinon d'un spectacle trop long, de personnages insipides et d'un ennui certain, malgré une distribution supposée renommée. En fait, j'avais choisi ce spectacle à l'époque dans l'espoir de revoir Philippe Noiret sur scène. Malheureusement, sa santé l'avait empêché d'assurer la tournée (et il nous avait d'ailleurs quittés peu après...). C'était donc Jacques Wéber qui avait repris le rôle au pied levé pour assurer la tournée, et qui donnait la réplique à Anouk Aimée. Mais la sauce n'avait pas pris pour moi...

Néanmoins, quand j'ai vu que "Love letters" était au programme du Public cette saison, interprété par les "patrons" du théâtre, j'ai eu envie de leur faire confiance et de redonner une chance à ce texte, en misant sur le talent de ces deux comédiens que j'apprécie beaucoup.
Confiance bien placée! Je ne regrette pas une seconde, j'ai passé une superbe soirée, j'ai adoré!

Bon, au niveau de l'histoire, ça reste "pas trop ma tasse de thé"... "Love letters" est une pièce épistolaire, retraçant deux vies, celles d'Andrew et de Melissa, qui entretiendront durant plus de 50 ans une correspondance parfois poussée, parfois brève et espacée, mais ne perdront jamais le lien. Depuis les invitations aux goûters d'anniversaire et les petits mots échangés en douce en classe de l'enfance, jusqu'aux confidences et aux regrets de la fin de la vie, en passant par les émois de l'adolescence chacun dans son pensionnat ou par les cartes de voeux sans âme échangées machinalement... Chaque comédien lit les mots écrits par son personnage, chronologiquement, d'une époque à l'autre, et dessine en filigrane pour les spectateurs la vie de Mélissa et celle d'Andrew.
Le texte de A.R. Gurney est bien écrit, agréable à suivre, l'évolution des personnages qui grandissent est bien rendue, il y a des événements durs qui sont évoqués avec beaucoup de pudeur et qui permettent de rendre réels ces deux êtres de papier... Mais bon, le côté "je t'aime moi non plus", le fait qu'ils ne soient quasi jamais sur la même longueur d'onde au même moment, et les rendez-vous manqués qui s'accumulent... Ce n'est pas ma tasse de thé, j'ai envie de secouer les personnages par moments!  Enfin, ça, c'est juste ma sensibilité personnelle, et justement, même si ce genre d'histoire vous rend plutôt allergique, le texte contient assez d'humour et surtout, le spectacle est suffisamment réussi pour que ça ne soit pas dérangeant, et j'ai réussi à me prendre au jeu et oublier que je n'aime pas ce genre d'histoires ! :)

L'énorme point positif de ce spectacle, ce qui le rend, selon moi, incontournable, qui fait que vous ne devriez pas le rater, c'est l'interprétation des comédiens! Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen sont parfaits (même quand les cartes postales sont un peu mélangées et qu'ils doivent en sauter une pour y revenir ensuite ;) )! Ils parviennent à rendre leurs personnages réels, alors même qu'ils ne s'adressent jamais directement la parole, ni ne se regardent, puisque chacun se contente de "lire" les lettres. Enfin, "lire"... interpréter, bien plus que lire. Les regards et les postures disent tout, de l'ironie des sous-entendus à la réelle détresse ressentie par chacun. Michel Kacenelenbogen est un Andy un peu facétieux, enfant, qui devient ensuite un jeune homme sérieux, droit, cédant peu à ses émotions, pour finir en sénateur un peu trop rigide et soucieux de son image. Quant à Patricia Ide... sa Melissa est extrêmement touchante, enfant rebelle cherchant sa place dans une famille séparée, artiste non conformiste oscillant entre périodes d'euphorie et dépression profonde...
Leur complicité évidente permet de rendre crédible le lien entre ces personnages qui n'interagissent jamais (pour les distraits qui ne le sauraient pas, Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen, en plus d'être les directeurs du théâtre Le Public, sont en couple depuis de très nombreuses années).

La mise en scène d'Anne Sylvain, tout en sobriété (les personnages sont assis côte à côté à un bureau, et tournent les pages, égrènent les cartes, sans jamais se tourner l'un vers l'autre), laisse toute la place au jeu des comédiens, et il est d'une justesse parfaite! Les émotions et l'humour passent, les moments de tension, d'attente de réponse qui n'arrive pas, sont soulignés par les lumières de Laurent Kaye et la musique de Pascal Charpentier.

Pour conclure, j'ai une bonne nouvelle pour vous : "Love letters" se joue au théâtre le Public jusqu'au 31/12 ! Alors dépêchez-vous de prendre votre place, car ce serait dommage de vous priver d'un petit moment de bonheur théâtral et, je le répète, d'une performance d'acteurs aussi épatante! D'ailleurs, même s'il me semble qu'il manque quelques spectacles dans les titres évoqués dans cette interview (j'ai au moins le souvenir de "Pensées secrètes" et "Finement joué", au Public!), c'est vrai qu'ils ne jouent pas souvent ensemble, Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen... Du coup il faut en profiter quand c'est le cas!
Infos et réservations sur le site du Public

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Rédigé par Emelle

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Publié le 31 Octobre 2021

Enfin! J'ai ENFIN réussi à voir le spectacle L.U.C.A. ! Après plus de 2 ans d'attente. Hé oui, j'avais repéré ce spectacle il y a un moment déjà, en suivant l'actualité d'Hervé Guerrisi (dont j'ai adoré les spectacles "Cincali!" et "La turnàta"). Mais un peu trop tard pour réserver pour les premières dates à Bruxelles, zut. Et pas d'Avignon au programme en 2019, alors, je guette un retour dans notre capitale... Oui! Fin de saison 19-20, au National! Je réserve avec impatience. Mais... un foutu virus passe par là. Représentations annulées. Snif. Heureusement, Wolubilis le programme pour la saison 20-21, enfin, on croise les doigts... les accueils français tombent, mais ouf, L.U.C.A. est toujours là! Ce sera pour début 2021.
Ou pas. Nouvelle fermeture des théâtres, nouveau confinement, spectacle reporté.
Au 28/10/21. Et là, enfin, j'ai pu voir L.U.C.A. !

Vous l'avez compris, après toutes ces péripéties, j'attendais le spectacle avec impatience... et il fut encore mieux que ce que j'espérais! J'ai eu un énorme coup de coeur pour "L.U.C.A.", je ne peux que vous conseiller mille fois de foncer si vous ne l'avez pas encore vu!

Quoi? Que j'en dise un peu plus? D'accord...
Après "Da Solo" dont je vous ai parlé dans mon billet précédent, voici un autre spectacle qui évoque l'immigration italienne. Ou plutôt, un spectacle dont c'est le point de départ, car c'est une rencontre entre Hervé Guerrisi et un spectateur à l'issue d'une représentation de "Cincali!" qui lancera la réflexion de celui-ci et de son complice Grégory Carnoli.
Les deux comédiens sont petits-fils de mineurs italiens, et l'un et l'autre ont un nom de famille qui ne leur permet pas vraiment de le cacher (... contrairement à moi, qui suis aussi petite-fille de mineur venu d'Italie, mais du côté de ma maman!). Pourtant, sur base de leur physique, on leur a déjà prêté d'autres origines, ainsi qu'ils le confient dans le spectacle: arabe pour Grégory Carnoli, un peu de tout avec une tendance brésilo-portugaise pour Hervé Guerrisi. Alors, comment répondre à cette question lancinante : "D'où tu viens?" ? En remontant la piste de leurs origines, de leur arbre généalogique, de leur ADN, jusqu'à rencontrer la fameuse cellule "L.U.C.A.", notre Last Universal Common Ancestor, celui qui est au départ de toute forme de vie, même improbable, sur Terre.

Ce sont ces recherches et leurs résultats qu'ils partagent avec nous dans le spectacle, ainsi que les réactions de leurs familles. Et leur incompréhension : pour eux, c'est évident, l'immigration italienne des années 1950 et les migrants qui tentent de rejoindre l'Europe aujourd'hui, c'est la même histoire. Alors pourquoi tant de véhémence de la part de leurs familles à nier cela, pourquoi un tel rejet, une telle certitude que ça n'a rien à voir ?

Le programme de Wolubilis qualifie "L.U.C.A." de "objet scénique original, entre théâtre documentaire, conférence caustique et espace de résistance". J'ajouterais road-movie, pour le rythme et le fil conducteur à la recherche de leurs origines. Voilà pour la forme du spectacle, qui oscille entre projections et moments plus poétiques, témoignages audios et scènes familiales rejouées, et interactions avec le public (ouf, je n'ai pas les yeux bleus! :D ). Tout ça file à 100 à l'heure, ça pourrait sembler décousu mais non, tout se tient, et on passe des éclats de rire à l'émotion ou à la colère en un changement de lumière.

Hervé Guerrisi et Grégory Carnoli sont d'une sincérité totale sur scène, en partageant leur histoire et leurs émotions. Ils sont aussi courageux, d'une certaine façon, vis à vis des proches qu'ils ont interrogés et dont on entend les avis parfois très tranchés dans leur rejet des migrants actuels. Leur naturel et leur évidente complicité ne peuvent que séduire les spectateurs, et l'on passe un bon moment en leur compagnie, entre rires et tendresse, et réflexions plus profondes.

Vous l'avez compris, j'ai adoré ce spectacle, qui a fait écho en moi... Pourtant, je dois avoir l'air "locale" (?), parce qu'en Belgique ou en France, on ne me demande jamais d'où je viens! (En bonne fan de Kaamelott, je serais d'ailleurs tentée de répondre, comme Arturus dans le livre VI, "Ben... du dortoir", juste pour rire!). Mais en vrai, comme on ne me le demande pas, je ne me pose pas la question. En France, quand je dis que je suis Belge, on me répond que ce n'est pas possible, je n'ai pas l'accent belge. Il n'y a que dans les pays anglophones qu'on me demande "where are you from?", et là je réponds "Belgium". Donc, on va dire que je me sens Belge. Ou pas. Terrienne, je dirais. Encore que, des fois, j'aimerais venir d'une autre planète...

Bref... Ce qui m'a "parlé" dans ce spectacle, c'est que je partage l'avis des comédiens. Pour moi, même si la société est différente, l'histoire de l'immigration italienne vers les charbonnages, et celle des migrants actuels, c'est la même, c'est le même moteur en tout cas qui pousse de jeunes hommes à tout quitter et à tenter leur chance ailleurs, où on leur a promis un monde meilleur et un travail, alors que chez eux, il n'y a rien à part crever (de faim ou tout court pour ceux qui fuient aujourd'hui la guerre). Alors entendre les anciens immigrés italiens dire aujourd'hui des nouveaux immigrés qu'ils viennent profiter du système, cela me choque toujours... ont-ils oublié qu'on disait pareil d'eux à l'époque, qu'ils venaient pour la "moutouelle"? Si c'était faux pour eux, pourquoi cela serait-il vrai pour les autres? Et pourtant... j'entends ça dans ma famille aussi. Alors c'est sans doute pour ça que "L.U.C.A." m'a tellement touchée.

Pour ça, et parce que c'est un spectacle positif, et pas du tout moralisateur. Ils ne prétendent pas avoir raison non plus, ils ne se moquent pas de l'avis des autres, ils cherchent juste à comprendre. Avec la science et l'évolution en outils de secours pour expliquer leur point de vue. Et l'humour, bien sûr. Et quelques joyeux clichés qui n'en sont pas vraiment et qui feront sourire tous les Italiens de Belgique!

Malheureusement, les prochaines dates de "L.U.C.A." sont toutes en France! Alors c'est génial de savoir que ce spectacle tourne aussi chez nos voisins, mais du coup, je ne peux pas vous donner de dates en 2021 pour voir ce super spectacle en Belgique, si ce n'est à Dinant le 21/12 !
Mais il y a des dates prévues en 2022 :

Et je vous invite à suivre le site d'Hervé Guerrisi et celui du théâtre de l'Ancre, pour vous tenir au courant des prochaines escales de la tournée (qui continuera en 2022-2023).

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur

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Publié le 31 Octobre 2021

Afin d'être fidèle au titre, c'est seule que je suis allée voir "Da Solo" à Wolubilis. Ce spectacle est un seul en scène (évidemment) porté par Angelo Bison, et qui évoque l'immigration italienne. Sauf que... contrairement à la plupart des spectacles que j'ai pu voir sur ce thème, il n'est pas question ici de mines ou d'accord "charbon". Non, l'homme qui évoque ses souvenirs dans ce spectacle a quitté sa Toscane natale pour s'établir dans le Nord, certes, mais il a travaillé dans l'hôtellerie, dans de grandes maisons à la belle réputation, il y a grimpé les échelons, il est plutôt fier de sa réussite. On le rencontre dans ce spectacle au crépuscule de sa vie, à ce moment où il n'a plus vraiment d'avenir, et où son présent consiste à se remémorer le passé. Son épouse est morte (après avoir perdu la tête, doucement), il voit leur fille de temps en temps, mais il est seul. Seul face aux souvenirs, aux doutes, aux regrets, et au temps qui continue à défiler, aux jours à venir qu'il faudra bien occuper.

Pour moi ce spectacle parle avant tout de la fin de vie, dans le sens "moment où l'on regarde en arrière et où l'on fait le bilan". C'est le récit d'une vie, de quelqu'un qui n'a pas suivi le chemin tout tracé à sa naissance. L'homme qui se raconte rêvait, dès son plus jeune âge, de quitter sa campagne natale et les collines de Toscane. Il voulait aller à Florence, et puis à Rome, et puis encore plus loin, ailleurs, pour découvrir, pour apprendre d'autres langues, pour réussir. Quand on a de tels rêves, impossible de se contenter de cultiver les vignes et de cueillir les olives. Alors il est parti. Il s'est relevé les manches, il a commencé tout en bas de l'échelle. Il voulait plus, ne pas se contenter d'un peu, de juste assez, quitte à passer à côté de certaines choses. Il était étranger dans les pays où il partait, il était étranger quand il revenait, tellement son horizon s'était élargi... Comment ses anciens amis, ses "paesani", pouvaient-ils imaginer à quoi ressemblait Ostende, la reine des plages, alors qu'ils n'avaient jamais mis les pieds à Florence, si proche de chez eux?

Le texte de Nicole Malinconi se base sur les conversations qu'elle a eues avec son propre père, dans les dernières années de la vie de ce dernier. Il est donc très personnel, et universel aussi. A travers des anecdotes parfois très drôles et savoureuses et des histoires beaucoup plus tristes, tout le monde peut entendre l'écho de son histoire. Ai-je fait le bon choix? Si j'avais su ce que j'ai su après, aurais-je agi différemment? Ai-je suivi mes rêves d'enfant, ou pas? Ce vieil homme ne le sait pas mieux que nous, mais il ne ressasse pas. Pas d'amertume dans ce texte, juste de la nostalgie, de la pudeur, quelques regrets et de la fierté, aussi. Toutes les émotions qui font la vie.

Angelo Bison excelle dans l'art du seul en scène, c'est un conteur hors pair. Il a fait siennes les confessions et les histoires de ce personnage et il les raconte sur scène comme s'il les revivait, avec des larmes qui pointent au coin de l'oeil parfois, avec le sourire de l'enfant malicieux qui se rappelle ses bêtises, avec la joie du vieil homme bon vivant quand il évoque les plaisirs qui lui restent : la cuisine, manger, boire un bon vin... La mise en scène de Lorent Wanson se fait discrète, une table, quelques chaises, des lumières, des postures, et on est transporté. Le talent d'Angelo Bison fait surgir des images devant les yeux des spectateurs, pas besoin de plus pour voyager avec le personnage et ressentir de l'empathie pour lui et pour son histoire de vie!

En résumé, Da Solo est un très joli moment de théâtre, Angelo Bison est une fois de plus excellent (et ici, pas de risque de traumatisme, les images évoquées sont nettement moins dures et violentes que dans "Femme non rééducable", le dernier spectacle que j'avais vu avec Angelo Bison, juste avant le premier confinement, et qui m'avait mise un peu KO). On ne peut qu'être touché par ce spectacle et cette histoire tellement simplement humaine.
Je vous le recommande chaudement, il devrait tourner encore à plusieurs endroits (le covid ayant perturbé la tournée initialement prévue l'an dernier). J'ai au moins repéré les dates suivantes (attention, certaines représentations sont en italien) :

 

Da solo

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Rédigé par Emelle

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Publié le 26 Septembre 2021

"Les beaux", une pièce de Léonore Confino, est à l'affiche du théâtre Le Public jusqu'à la fin du mois d'octobre, et je vous recommande d'aller la voir!

J'ai découvert la plume particulière de Léonore Confino grâce au spectacle "Le poisson belge", vu il y a 5 ans. J'avais adoré le mélange poésie / trash / humour noir / émotion et les différents niveaux de lecture de l'intrigue (qui mettait en scène "Grande Monsieur" et "Petit fille", déjà étrange en soi...). Et pour être honnête, en lisant le résumé de ces "beaux" dans le pré-programme du Public, j'avais d'abord pensé que c'était "encore une pièce sur le couple et ses difficultés, ses crises", et j'ai failli passer à côté... jusqu'à ce que je repère le nom de l'auteur et que je me dise "Stop, alors ça vaudra sûrement le détour!".

Mon intuition était bonne: ce spectacle vaut le détour. L'histoire semble assez classique. Un couple. Ils sont beaux, ils le disent eux-mêmes, ils s'aiment et tout va bien. Un vrai conte de fées façon Barbie et Ken... D'ailleurs... ne serait-ce pas les poupées de Mattel, finalement, ce couple? Et ces cris qu'on entend par moments et qui donnent une vision moins idyllique de la réalité, ils viennent d'où? Puisque c'est annoncé dans le résumé, je ne vous en dévoilerai pas trop en vous disant que la première manière dont on découvre le couple, c'est à travers l'imagination de leur petite fille, qui préfère s'inventer une autre réalité plutôt que de supporter les disputes incessantes de ses parents... Qui sont loin d'être beaux ou parfaits. Mais s'aiment-ils encore? Ils vont peut-être le découvrir au bout d'une nuit qu'un événement inattendu va perturber, ouvrant la voie à une discussion sans fard entre eux.

Oui, le sujet de la pièce, c'est bien le couple, la relation, la vie de famille aussi. Avec ses non-dits, ses mensonges, ses secrets, ses rancunes, ses lâchetés, ses apparences. Mais la façon d'aborder ces thèmes est originale, l'angle choisi et la manière dont les échanges évoluent entre cette femme un brin hystérique qui menace régulièrement de se suicider et cet homme angoissé qui ne tient plus qu'à un fil, sont différents de ce qu'on voit la plupart du temps. L'écriture de Léonore Confino est brillante (la comparaison entre la vie rêvée par la petite fille et la réalité est très drôle, notamment concernant la profession du papa...). Les dialogues sonnent juste tout en frôlant l'absurde, on rit énormément alors ils s'en balancent à la tronche sans prendre de pincettes, c'est totalement jubilatoire!

J'ignore si le texte de la pièce comporte des didascalies précises, mais je soupçonne la mise en scène d'Eric de Staercke d'en rajouter une couche au niveau de l'absurde et du décalage! Ce qui permet d'avoir un recul suffisant pour rire (alors qu'au fond, les protagonistes échangent des horreurs et la situation n'est pas vraiment drôle), sans pour autant perdre de vue le fond du propos... Cette pièce offrirait-elle une thérapie de couple par le rire? Ce qui est sûr, c'est que la mise en scène est très rythmée, que l'on est embarqué dans l'histoire, et que le kitsch, l'absurde sont poussés à l'extrême sans jamais tomber dans le grotesque ni le "too much" (chapeau pour ça!).

Rien à redire sur la performance des comédiens: Ariane Rousseau et Fabio Zenoni sont parfaits! Ils parviennent à faire passer une sincérité et une spontanéité qui donne l'impression que certaines scènes sont de l'impro tellement tout est naturel. En plus, ils rendent leurs personnages attachants malgré leur cruauté et leurs erreurs.

En résumé, "Les beaux" est une comédie romantique (ou pas!!) intelligente et originale, assez déjantée de prime abord mais avec du fond et plusieurs niveaux de lecture (même si c'est moins psychanalytique que "le poisson belge"), portée par une belle distribution et une jolie mise en scène. De quoi passer un bon moment, alors ne le ratez pas!
Infos et réservations sur le site du théâtre Le Public.

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Rédigé par Emelle

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Publié le 19 Septembre 2021

Premier spectacle de la saison 2021-2022 (qui dans ma tête est toujours la saison 20-21 dont on nous a privés, j'ai encore failli me tromper!), hier soir à Louvain-la-Neuve, dans la salle du Studio 12, "nouvelle" salle temporaire pour le Jean Vilar, pendant la durée des travaux au théâtre Jean Vilar (travaux prévus pour une durée de 2 ans). Si j'ai bien compris, c'est un lieu de répétition reconverti, et franchement, c'est réussi, c'est plus confortable que l'ancienne salle ! :D

Bref... donc, ouverture de saison pour moi avec "Don Quichotte avant la nuit", un texte de Paul Emond, mis en scène par Alan Bourgeois, et qui m'a laissée... un peu perplexe, je dois bien l'avouer! J'ai aimé, en particulier l'interprétation magistrale des deux comédiens principaux, mais j'ai l'impression qu'il m'a manqué quelque chose, ou alors je suis passée à côté de quelque chose, je ne sais pas trop...

Ce spectacle est présenté comme une "réécriture scénique d'après l'oeuvre de Cervantès". Sauf qu'on ne retrouve pas vraiment Don Quichotte et son fidèle écuyer Sancho Panza sur scène, mais deux hommes qui partagent un lit d'hôpital, et sont, a priori, condamnés par la maladie à plus ou moins brève échéance. L'un d'eux est plongé dans la lecture d'un livre, l'autre déplore d'avoir trop peu vécu dans cette vie qui va s'achever. Mais, emporté par l'imagination de son compagnon, et les encouragements d'une étrange infirmière, il va se prendre au jeu. Ensemble, les deux hommes vont revivre les aventures absurdes et comiques du "chevalier à la triste figure" et de son fidèle Sancho, oubliant la mort qui approche.

Je crois que c'est sur cette double lecture que je me suis un peu perdue. Si j'ai été emportée par les aventures épiques de Don Quichotte et Sancho, mises en scène avec burlesque et grandiloquence, j'ai moins compris en quoi tout cela leur rendait la fin de vie plus facile... Le metteur en scène, dans sa note d'intention, dit avoir voulu "théâtraliser cette "fin de vie" douloureuse et inéluctable pour la rendre palpitante, enthousiasmante et même drôle. Une catharsis pour tous ceux qui ont accompagné le départ d'êtres chers."
Si j'ai été sensible au côté palpitant et drôle, je ne vois pas en quoi cela aide ceux qui restent... C'est peut-être cela qui m'est passé à côté... Pourquoi rendre palpitante uniquement la fin de vie? C'est toute la vie qu'on doit essayer de rendre enthousiasmante, il me semble, pour atteindre une sorte de paix au moment du dernier voyage. Alors quoi, ces dernières aventures, ce serait une sorte de "rattrapage"? Si c'est le cas, je trouve cela plus triste que consolateur... Difficile d'expliquer, mais je suis restée sur ma faim à la fin du spectacle, disons.

Néanmoins, comme je l'ai mentionné au début, j'ai passé un bon moment de théâtre car ces deux acolytes qui transforment le lit et la chambre d'hôpital en terrain de jeu et d'aventures, m'ont embarquée avec eux. Benoît Verhaert est sublime en Don Quichotte (au crâne dépourvu de cheveux à cause des traitements... cette transformation physique inattendue ajoute à la gravité du personnage), brûlant d'un feu chevaleresque, persuadé d'être "l'incomparable fleur de la chevalerie errante" et parlant avec fièvre et emphase de sa Dulcinée et de sa quête de gloire afin d'être digne d'elle. A ses côtés, Rachid Benbouchta est un Sancho très drôle, plein de bon sens, les pieds sur terre, la réplique cinglante, n'hésitant pas à rappeler son voisin de lit à la réalité, avant de s'enthousiasmer lui aussi pour leurs aventures. Leur duo fonctionne parfaitement et s'équilibre, et c'est un réel plaisir de les suivre et de les écouter.
Par contre, je n'ai pas trop accroché au personnage de "la passeuse" (l'infirmière) interprété par Isabelle Renzetti. Je l'ai trouvée trop détachée. OK, c'est la guide, c'est peut-être pour ça qu'elle est moins impliquée, mais j'aurais aimé la sentir plus dans l'émotion, je l'ai trouvée assez froide finalement, malgré des paroles d'encouragement aux deux hommes.

Don Quichotte avant la nuit

La scénographie et les lumières de Thibault Sinay nous plongent dans une ambiance particulière, avec cette scène au milieu de laquelle trône un lit entouré de voiles, flanqué de machines étranges (un accordéon en guise de respirateur, pourquoi pas?), qu'on oublie quand les lumières font se matérialiser les spectres ou les personnages contre qui Don Quichotte veut se battre. L'accompagnement musical (très réussi!) est réalisé en direct par Fabian Coomans.
Le seul bémol pour moi, ce sont les interruptions trop fréquentes de l'action. J'imagine qu'il fallait déplacer le lit de si nombreuses fois pour obtenir les effets visuels, mais du coup, entre chaque petite scène, on a droit à de la musique et des projections rappelant le milieu hospitalier... en soi, ces intermèdes sont jolis, mais j'ai trouvé que ça hachait un peu trop l'action par moments, que ça ralentissait le rythme, donnant finalement l'impression que la pièce est un peu trop longue...

En résumé, j'ai envie de vous conseiller ce spectacle pour le côté épique, drôle (de façon parfois très enfantine); pour les performances de Benoît Verhaert et Rachid Benbouchta, et pour l'atmosphère visuelle et sonore. Mais je reste un peu sur ma faim quant au fond, avec l'impression de ne pas avoir été sensible à une partie du message du metteur en scène. Mais bon, c'est comme ça, ça arrive!

"Don Quichotte avant la nuit" se joue jusqu'au 2/10, infos et réservations sur le site de l'atjv.

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Rédigé par Emelle

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Publié le 5 Septembre 2021

Septembre... La saison théâtrale reprend, en espérant que cette fois, elle pourra aller à son terme sans nouvelle fermeture!

Mais les festivals ne sont pas encore tout à fait finis, et c'est donc dans la grange du Karreveld, dans le cadre du festival "Bruxellons!", que j'ai pu assister à une représentation des "Meilleurs alliés". Il reste quelques dates, pour cette pièce qui a déjà tourné en Belgique (mais que je n'avais pas encore pu voir) et qui a eu un joli succès sur les scènes françaises également!

La pièce évoque des personnages historiques bien réels et des moments de notre histoire assez récente... Qui sont les deux hommes face à face sur scène, ces meilleurs alliés... qui ont beaucoup de mal à se supporter?
Du côté de la "perfide Albion", Winston Churchill, Premier Ministre britannique, dans toute sa splendeur, sa rondeur, ses colères, cigare au bec et verre de whisky en main. En face, celui qu'il qualifie de prima donna, le chef de la France libre, Charles De Gaulle, dans toute sa raideur et son arrogance, refusant de jouer un rôle mineur dans la libération de la France!

Les deux hommes se font d'abord face dans le wagon de commandement de Churchill, à la veille du débarquement en Normandie. De Gaulle refuse d'être la cinquième roue du carrosse, de parler après les autres et d'être la marionnette d'Eisenhower. Churchill s'emporte et se moque du Français, campe sur ses positions et veut le renvoyer en Algérie.
Deuxième acte, la confrontation n'est plus directe mais passe par la diplomatie et les ambassadeurs, car il faudra bien trouver un  compromis qui arrange tout le monde et l'opinion publique...

Le texte, signé Hervé Bentégeat, est brillant, les mots bien choisis, et l'analyse est plutôt fine, notamment quant à l'avenir de l'Europe. Evidemment, c'est plus facile de voir juste vu que la pièce a été écrite en 2017, mais les rapports de force sont bien décrits, et on comprend bien les implications de ce qui se joue en 1944 entre la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis et la Russie, qui bien que non représentés dans la pièce, y sont évoqués souvent. Un peu de (géo)politique dans le texte donc, quelques constats cyniques ou désabusés sur la société, mais aussi beaucoup de bons mots et de répliques qui claquent! Churchill n'est pas tendre avec de Gaulle dont il se moque souvent. D'ailleurs, je suis presque étonnée que le spectacle ait si bien marché en France ;) En tout cas, j'ai bien ri de la manière dont de Gaulle prononce tous les mots ou noms de famille anglais à la française (ah, le livain-je room ou le chevain gumme, sans oublier ce cher Esenoverre!). Non, non tous les Français n'ont pas un accent anglais aussi pourri (pas tous. Mais j'en connais, quand même! :D )
Rassurez-vous, l'image de l'Angleterre est aussi écornée et Churchill a droit à sa dose de ridicule également!

Du côté des comédiens, les performances sont surprenantes. En particulier celle de Pascal Racan, qui incarne de Gaulle avec beaucoup de justesse, dans l'attitude, dans les intonations et le phrasé si particulier. J'aime beaucoup ce comédien que j'ai vu souvent sur scène, et qui a d'habitude une voix et une manière de parler reconnaissables les yeux fermés... Et là, rien à voir, j'avais du mal à retrouver sa voix, tant il est convaincant dans le rôle du général, tout en prestance (un peu désabusée) et sobriété. Face à lui, Michel de Warzée offre un contraste parfait de bonhommie et de violence, tout en émotions qui explosent. Seul bémol, afin de représenter au mieux Churchill, son articulation est souvent pâteuse et il n'est pas toujours facile de bien saisir ce qu'il dit (ce qui amène à entendre ses voisins parfois se répéter les phrases que l'un n'a pas compris...). Bernard d'Oultremont et Simon Willame complètent la distribution avec la réserve et le calme des diplomates qu'ils incarnent, les voix de la raison et du compromis afin de permettre aux meilleurs alliés de s'entendre...

En résumé, un spectacle intéressant qui oppose deux personnalités et éclaire une partie de l'histoire européenne de la 2ème moitié du XXème siècle, avec énormément d'humour et beaucoup de rires amenés par le sens de la répartie des protagonistes, interprété sans fausse note. Il reste quelques représentations jusqu'au 17 septembre, infos sur le site de Bruxellons.

 
 

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Bruxelles, #Théâtre

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Publié le 20 Juin 2021

Quoi de mieux pour fêter le solstice et démarrer l'été, qu'un spectacle de danse baptisé "Summertime"? C'est ce que nous proposent le Varia et la Compagnie Thor - du chorégraphe Thierry Smits, jusqu'au 29 juin!

Je trouve toujours plus difficile de vous parler d'un spectacle de danse que de théâtre, car je trouve que la danse, c'est encore plus subjectif que le théâtre, et très lié au ressenti personnel... Je peux en tout cas vous dire que j'ai beaucoup aimé "Summertime" ! J'y ai retrouvé ce que j'aime dans la "danse contemporaine" (catégorie vaste et diversifiée s'il en est) : la fluidité, la beauté du mouvement, la liberté et l'énergie. Je me souviens avoir découvert le travail de Thierry Smits en 2011 (mince, ça fait déjà 10 ans?) avec "To the ones I love", et j'ai retrouvé cette approche dans l'énergie et le mouvement avec "Summertime" (alors que, par exemple, je n'avais pas du tout accroché au solo de danse "ReVoLt", pourtant chorégraphié par Thierry Smits également, mais dans un style complètement différent).

Summertime, c'est un spectacle assez court (50 minutes - vous ne fondrez pas trop longtemps dans la grande salle du Varia, malgré le port du masque toujours obligatoire et la chaleur au rendez-vous ce 18 juin!), pour 5 danseurs, et qui célèbre l'été, et la joie des retrouvailles, l'espoir après le confinement... Ce n'est pas un hasard si le premier geste des danseurs lorsqu'ils arrivent sur scène, c'est de s'étreindre! On ressent l'allégresse, la légèreté, l'insouciance, la sensualité aussi, l'envie de faire la fête, de se libérer, de se laisser porter. Les danseurs sont presque dans le mime pour quelques séquences, et c'est très drôle! Les lumières (créées par Ralf Noon) sont magnifiques et évoquent le soleil, la chaleur, et les nuits d'été.

Au niveau de la musique, on a le plaisir de découvrir 5 musiciens sur scène, qui forment "The WIG Society Chamber Music Ensemble". Ils interprètent des musiques baroques, avec clavecin, cordes, flûte traversière. Ces mélodies ont un côté "cour du roi de France" et sont très enjouées, elles fonctionnent extrêmement bien avec la chorégraphie, amenant parfois un décalage assez amusant (disons que des déhanchés de discothèque quand on s'attendrait à un menuet, c'est drôle. Et ça colle étonnamment bien!). Quelques passages électro (composés par Jean-François Lejeune) s'intègrent naturellement dans l'ensemble, les transitions sonnent juste malgré le grand écart des époques, et ces passages permettent aussi quelques moments plus "orageux" - normal en été!

Bref, pour moi "Summertime" est un spectacle parfait pour la saison et pour les retrouvailles entre artistes et spectateurs. C'est un spectacle qui donne le sourire. D'ailleurs, les danseurs sourient et prennent un plaisir communicatif sur scène; les musiciens sourient et semblent apprécier regarder les danseurs quand ils ne jouent pas... Et le public de la première ce vendredi avait le sourire et a applaudi avec enthousiasme!
Alors si vous aussi vous voulez sourire avec eux, rendez-vous au grand Varia jusqu'au 29/6 ! N'oubliez pas de réserver ici !

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Rédigé par Emelle

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Publié le 27 Mai 2021

Toujours dans le cadre des "retrouvailles", le théâtre Le Public propose en ce moment (et jusqu'au 9 juin) le spectacle "Jacques"... a priori dans la cour intérieure, éventuellement dans la salle des voûtes en cas de caprices de la météo.

Jacques? Mais quel Jacques? Chirac? Brel? Martin ? Borlée? Jacques a dit?
Non, aucun de ceux-là, mais un poète... Jacques Prévert.

Je vais être honnête avec vous: ce spectacle m'a permis de réaliser à quel point je ne connaissais pas le travail de Jacques Prévert! J'avoue, j'étais restée aux Feuilles mortes et aux gentils poèmes vus à l'école primaire, "Le cancre" en tête. Je ne savais pas qu'il avait écrit des textes plus engagés, plus durs, plus satiriques, se moquant de la religion, de la bêtise des hommes, célébrant la nature... (Si vous êtes comme moi, allez lire "La lessive".... c'est glaçant!)
Bref, ce spectacle m'aura donné envie de lire du Prévert et de découvrir sa "face cachée", celle que je n'ai pas approchée à l'école!

En fait, je ne peux que remercier Le Public d'avoir programmé ce spectacle lors de ces retrouvailles. Au milieu d'une saison, je serais peut-être passée à côté... Et j'aurais eu tellement tort! "Jacques" est un moment magique, une espèce de parenthèse poétique, faite de mots qui s'enchaînent et sonnent et touchent... Un spectacle qui parle à l'âme, qui m'a fait du bien! Un moment de vie partagée, ce qui fait que j'aime le théâtre et que rien, et surtout pas le streaming, ne pourra jamais remplacer le spectacle vivant!

Impossible de résumer "Jacques", puisque ce n'est pas une pièce, il n'y a pas d'intrigue... Sur scène, Jacques et Jacques ressuscitent les mots de Prévert. Des textes, des chansons, de la musique, tout s'enchaîne avec en fil rouge une photo et des extraits d'interview de Jacques Prévert, et ces deux personnages un peu fébriles, tellement heureux de revenir sur scène, qui partagent avec nous leur amour des mots et de cet auteur, avec quelques accessoires pour illustrer certains textes, une petite dose de surréalisme, un peu de malice et beaucoup de chaleur et de générosité.

Ce projet est porté par Nicolas Buysse et Greg Houben. Ils ont écrit les transitions et ordonné cet échantillon des oeuvres de Jacques, avec la complicité artistique de Jean-Michel Frère et Michel Kacenelenbogen. J'ai déjà eu le plaisir de voir Nicolas Buysse plusieurs fois sur scène et d'apprécier son talent comique. Dans "Jacques", il rayonne d'humanité! Il est touchant, et sa diction parfaite donne tout leur sens aux mots de Prévert (et c'est une bonne idée d'avoir dit "Les feuilles mortes" au lieu de les chanter, l'émotion passe encore mieux). Il fait sonner la beauté de la langue, les énumérations, les jeux sur les sons, tout en rendant le contenu facile à saisir. Bref, la forme et le fond sont mis en valeur!

J'ai découvert Greg Houben avec ce spectacle... Et quelle jolie découverte! J'ai eu le plaisir de voir son papa (Steve Houben) 2 fois sur scène, en mode HLM (avec M comme... manque, désormais)... et on se demande si la grande Maurane n'avait pas donné quelques tuyaux au jeune Greg, parce que par moments, sa manière de chanter m'a fait penser à elle, et les sonorités musicales jazzy, à HLM... Nostalgie...
Car oui, Greg Houben est musicien, chanteur et comédien. Il chante avec beaucoup de justesse et de douceur, joue à merveille de la trompette, et a un jeu et une posture sur scène qui m'ont fait penser à Bourvil. Même mélange de tendresse et de "naïveté"... On a envie de sourire en l'écoutant et en le regardant.

Pour accompagner ce duo, Matthieu Van est au piano. Il accompagne avec brio les chansons et les textes dits.

Vous l'aurez compris, j'ai flashé sur ce spectacle, sur Jacques (tous les Jacques), et je vous conseille très vivement d'aller voir "Jacques" au Public, vous avez jusqu'au 9 juin... Ne passez pas à côté! Pour les infos et pour réserver, ça se passe sur le site du Public.

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Rédigé par Emelle

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Publié le 9 Mai 2021

[Contexte] Le samedi 8 mai 2021, la Belgique autorise les terrasses à rouvrir. Par ailleurs, à partir de cette même date, les événements culturels sont autorisés en extérieur, avec 50 spectateurs maximum. Enfin!
Le théâtre Le Public a fait preuve de créativité en combinant tout cela et en aménageant un espace de représentation / terrasse dans sa cour intérieure, habituellement fermée au public. Pour assurer un confort au spectateur, des casques audio sont distribués (en échange de notre carte d'identité, mais rassurez-vous ils les rendent à la sortie 😉) pour les spectacles de théâtre, ce qui permet de bien entendre les comédiens sans être perturbé par les bruits extérieurs.
De plus, le théâtre a ouvert une librairie (consacrée notamment aux textes de théâtre, aïe mon porte-feuille 😆), ce qui lui permet de proposer des "spectacles lectures" à 50 spectateurs maximum, en intérieur cette fois. Quelles bonnes idées!
Dans ce cadre, je suis donc retournée au théâtre avec un plaisir non dissimulé, en ce samedi 8 mai! Qu'est-ce que ça fait du bien de combler enfin le manque! Je n'ai qu'une hâte, y retourner!
J'ai choisi le spectacle "Burn out", qui se jouait samedi à 15h et 17h dans la cour intérieure. Mais comme j'imagine que Maxime Anselin n'a pas écrit ce texte pour 2 représentations, je vous en écris une petite chronique, pour vous encourager à aller voir le spectacle dès qu'il sera repris quelque part!

Burn out... Une pièce qui parle du burn out? Voyez plutôt cela comme... "une expérience", proposée par Anne-Gaelle, la dynamique présentatrice! #burnout ! Une expérience pour découvrir et comprendre de manière amusante (...) ce qu'est le burn out, en traverser les étapes!
Je ne peux pas trop vous en dévoiler sur l'intrigue ou la construction de Burn out, ce serait dommage de "divulgâcher" comme on dit en français...

Ce que je peux vous dire en revanche, c'est que j'ai beaucoup aimé ce spectacle qui évoque le burn out avec justesse et intelligence. Malheureusement, je sais de quoi je parle, puisque j'en ai moi-même vécu un. Et... je me suis retrouvée dans beaucoup de situations. Pas toutes, heureusement, mais... "je vais bien", "ça va", "je gère"... Ah, le déni de la personne en burn out face à son état, jusqu'à ce qu'il soit trop tard... Il est particulièrement bien rendu dans la pièce. Ainsi que la difficulté à lâcher prise, à arrêter, à partir... Allez, encore une dernière tâche, un dernier effort et puis ça ira. Plusieurs phrases, plusieurs réactions ont fait drôlement écho à ce que j'ai vécu... D'autres choses sur la culpabilité /la culpabilisation m'ont fait penser à une amie et collègue qui est, elle aussi, passée par là... Bref, tout ce qui est présenté dans le spectacle est très juste. Oh, peut-être que certaines choses sont poussées un peu loin, mais... c'est très bien vu! J'ignore comment Maxime Anselin s'est documenté pour écrire ce texte, mais s'il n'a pas vécu un burn out lui-même, il a probablement côtoyé de près une personne qui en a traversé un...

Rassurez-vous, ce spectacle n'est pas plombant ni larmoyant pour autant. Il y a de nombreux passages drôles, et le sujet est traité avec légèreté grâce à une mise à distance. Les comédiennes, Julie Verleye et Laurie Willième, sont excellentes et passent d'un registre à un autre avec beaucoup d'aisance et de naturel. Maxime Anselin a fait un très joli travail. Il assure la mise en scène (efficace et sans temps mort... les transitions sont très bien amenées); il est Patrick, la voix off de #Burnout; et comme je l'ai mentionné il a écrit le texte. J'avais déjà apprécié son talent d'auteur en 2015 avec "Meurtre(s) in progress" vu à l'Os à Moelle (je vous en avais parlé ici !), j'ai retrouvé dans Burn out ce que j'avais aimé à l'époque : de la subtilité et... comment dire... plusieurs niveaux d'interprétation avec un "twist" final? A nouveau, difficile d'être précise sans trop en dire, mais j'aime bien son approche du théâtre, et j'ai hâte de découvrir d'autres spectacles qu'il aura écrit!

En résumé, un retour au théâtre réussi, et un spectacle que je vous conseillerai dès qu'il sera reprogrammé!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles, #Le Public

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