Don Quichotte avant la nuit

Publié le 19 Septembre 2021

Premier spectacle de la saison 2021-2022 (qui dans ma tête est toujours la saison 20-21 dont on nous a privés, j'ai encore failli me tromper!), hier soir à Louvain-la-Neuve, dans la salle du Studio 12, "nouvelle" salle temporaire pour le Jean Vilar, pendant la durée des travaux au théâtre Jean Vilar (travaux prévus pour une durée de 2 ans). Si j'ai bien compris, c'est un lieu de répétition reconverti, et franchement, c'est réussi, c'est plus confortable que l'ancienne salle ! :D

Bref... donc, ouverture de saison pour moi avec "Don Quichotte avant la nuit", un texte de Paul Emond, mis en scène par Alan Bourgeois, et qui m'a laissée... un peu perplexe, je dois bien l'avouer! J'ai aimé, en particulier l'interprétation magistrale des deux comédiens principaux, mais j'ai l'impression qu'il m'a manqué quelque chose, ou alors je suis passée à côté de quelque chose, je ne sais pas trop...

Ce spectacle est présenté comme une "réécriture scénique d'après l'oeuvre de Cervantès". Sauf qu'on ne retrouve pas vraiment Don Quichotte et son fidèle écuyer Sancho Panza sur scène, mais deux hommes qui partagent un lit d'hôpital, et sont, a priori, condamnés par la maladie à plus ou moins brève échéance. L'un d'eux est plongé dans la lecture d'un livre, l'autre déplore d'avoir trop peu vécu dans cette vie qui va s'achever. Mais, emporté par l'imagination de son compagnon, et les encouragements d'une étrange infirmière, il va se prendre au jeu. Ensemble, les deux hommes vont revivre les aventures absurdes et comiques du "chevalier à la triste figure" et de son fidèle Sancho, oubliant la mort qui approche.

Je crois que c'est sur cette double lecture que je me suis un peu perdue. Si j'ai été emportée par les aventures épiques de Don Quichotte et Sancho, mises en scène avec burlesque et grandiloquence, j'ai moins compris en quoi tout cela leur rendait la fin de vie plus facile... Le metteur en scène, dans sa note d'intention, dit avoir voulu "théâtraliser cette "fin de vie" douloureuse et inéluctable pour la rendre palpitante, enthousiasmante et même drôle. Une catharsis pour tous ceux qui ont accompagné le départ d'êtres chers."
Si j'ai été sensible au côté palpitant et drôle, je ne vois pas en quoi cela aide ceux qui restent... C'est peut-être cela qui m'est passé à côté... Pourquoi rendre palpitante uniquement la fin de vie? C'est toute la vie qu'on doit essayer de rendre enthousiasmante, il me semble, pour atteindre une sorte de paix au moment du dernier voyage. Alors quoi, ces dernières aventures, ce serait une sorte de "rattrapage"? Si c'est le cas, je trouve cela plus triste que consolateur... Difficile d'expliquer, mais je suis restée sur ma faim à la fin du spectacle, disons.

Néanmoins, comme je l'ai mentionné au début, j'ai passé un bon moment de théâtre car ces deux acolytes qui transforment le lit et la chambre d'hôpital en terrain de jeu et d'aventures, m'ont embarquée avec eux. Benoît Verhaert est sublime en Don Quichotte (au crâne dépourvu de cheveux à cause des traitements... cette transformation physique inattendue ajoute à la gravité du personnage), brûlant d'un feu chevaleresque, persuadé d'être "l'incomparable fleur de la chevalerie errante" et parlant avec fièvre et emphase de sa Dulcinée et de sa quête de gloire afin d'être digne d'elle. A ses côtés, Rachid Benbouchta est un Sancho très drôle, plein de bon sens, les pieds sur terre, la réplique cinglante, n'hésitant pas à rappeler son voisin de lit à la réalité, avant de s'enthousiasmer lui aussi pour leurs aventures. Leur duo fonctionne parfaitement et s'équilibre, et c'est un réel plaisir de les suivre et de les écouter.
Par contre, je n'ai pas trop accroché au personnage de "la passeuse" (l'infirmière) interprété par Isabelle Renzetti. Je l'ai trouvée trop détachée. OK, c'est la guide, c'est peut-être pour ça qu'elle est moins impliquée, mais j'aurais aimé la sentir plus dans l'émotion, je l'ai trouvée assez froide finalement, malgré des paroles d'encouragement aux deux hommes.

Don Quichotte avant la nuit

La scénographie et les lumières de Thibault Sinay nous plongent dans une ambiance particulière, avec cette scène au milieu de laquelle trône un lit entouré de voiles, flanqué de machines étranges (un accordéon en guise de respirateur, pourquoi pas?), qu'on oublie quand les lumières font se matérialiser les spectres ou les personnages contre qui Don Quichotte veut se battre. L'accompagnement musical (très réussi!) est réalisé en direct par Fabian Coomans.
Le seul bémol pour moi, ce sont les interruptions trop fréquentes de l'action. J'imagine qu'il fallait déplacer le lit de si nombreuses fois pour obtenir les effets visuels, mais du coup, entre chaque petite scène, on a droit à de la musique et des projections rappelant le milieu hospitalier... en soi, ces intermèdes sont jolis, mais j'ai trouvé que ça hachait un peu trop l'action par moments, que ça ralentissait le rythme, donnant finalement l'impression que la pièce est un peu trop longue...

En résumé, j'ai envie de vous conseiller ce spectacle pour le côté épique, drôle (de façon parfois très enfantine); pour les performances de Benoît Verhaert et Rachid Benbouchta, et pour l'atmosphère visuelle et sonore. Mais je reste un peu sur ma faim quant au fond, avec l'impression de ne pas avoir été sensible à une partie du message du metteur en scène. Mais bon, c'est comme ça, ça arrive!

"Don Quichotte avant la nuit" se joue jusqu'au 2/10, infos et réservations sur le site de l'atjv.

Rédigé par Emelle

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