Publié le 27 Janvier 2014

Richard II by the Royal Shakespeare Company (God save David Tennant)

Si vous lisez ce blog régulièrement et que vous avez vu mon billet de septembre résumant la saison qui m'attendait, vous vous souvenez peut-être (si pas, c'est pas grave, restez quand même!) de ma tristesse et ma difficulté à me résigner à ne pas aller voir Richard II à Londres cet hiver. Finalement, un déplacement professionnel bien tombé, et l'énorme chance d'avoir trouvé une place (suite à une annulation, le spectacle étant sold out depuis longtemps) en auront décidé autrement: oui, ce samedi 25 janvier, j'au eu le privilège d'assister à la dernière représentation de Richard II, de William Shakespeare, par la Royal Shakespeare Company, au Barbican Center à Londres. Avec David Tennant dans le rôle titre.

Comme certaines personnes (qui auraient bien aimé voir ça aussi) m'ont réclamé une critique/un compte rendu, je profite de ce blog pour le faire. En français parce que jusqu'à présent j'écris en français sur ce blog, même si dans l'absolu parler en français d'une pièce de Shakespeare en VO ça peut sembler étrange. Surtout quand la pièce ne se joue plus. Mais le DVD sortira bientôt, alors en utilisant les sous-titres pour vous aider si vous ne maitrisez pas bien l'anglais élisabéthain, je ne peux que vous encourager à vous le procurer!

Oui, parce que bon, je sens que ce billet va être dithyrambique. Et long, probablement, donc si vous voulez la version courte: distribution excellente, très belle mise en scène, beaucoup d'humour et d'émotions, buy the DVD, definitely worth it. En gros, la pièce dure 2h40 environ (3h avec l'entracte), c'est en anglais d'époque, en pentamètres (donc rythmique + en vers), l'anglais n'est pas ma langue maternelle, et j'ai trouvé ça trop court. Vraiment. J'en suis sortie avec un vague regard mélancolique, légèrement "absente", encore dans un autre monde, rempli d'émotions contradictoires... Et pour les courageux qui liront tout, je vous jure que je ne suis pas une fangirl allumée et que j'ai du recul vis à vis des artistes que j'apprécie. Donc David Tennant mérite chaque mot que je vais écrire. Lisez les critiques de la pièce dans la presse anglaise pour vous en convaincre.

Donc, Richard II. Pièce historique de William Shakespeare, probablement pas la plus connue, je dois bien vous avouer que j'ai préféré la lire avant d'aller la voir parce qu'elle manquait à ma culture shakespearienne (oui vous pouvez me huer ;) ). Pour vous résumer l'histoire, en quelques mots (essayez de pas vous perdre dans les noms), tout commence par l'assassinat du Duc de Gloucester, auquel le roi n'est en fait pas tout à fait étranger. Mais Bolingbroke (Henry, duc d’Hereford, futur Henry IV) accuse le duc de Norfolk qui réfute l'accusation, donc les 2 veulent se battre en duel pour prouver leur bonne foi. Mais le roi Richard préfère les empêcher de se battre au dernier moment et les envoie tous les 2 en exil. Le père de Bolingbroke mourant quelque temps plus tard, Richard en profite pour récupérer l'héritage histoire de financer sa guerre en Irlande et de renflouer ses finances, car ce roi vaniteux, imbu de lui-même et (mal) entouré de sa cour de flatteurs, est très dépensier. Evidemment, l'héritier exilé mais spolié va réunir des troupes et profiter du départ du roi en Irlande pour attaquer l'Angleterre, ralliant la plupart des nobles et le peuple à sa cause, assassinant les favoris de Richard, et convaincant même le duc d'York, oncle de Richard qui assure l'intendance, de rester neutre. Le roi, acculé, finira par se laisser convaincre d'abdiquer en faveur de son cousin Bolingbroke et sera emprisonné (et lâchement assassiné... mais ils se sont permis, à la Royal Shakespeare Company, de modifier la fin et de changer d'assassin. Les puristes crieront peut-être au scandale. J'ai trouvé ça totalement crédible vu la façon dont c'est amené, et particulièrement cruel. ).

Très sincèrement, j'ai mieux compris la pièce en la voyant qu'en la lisant. Je trouve que la mise en scène de Gregory Doran rend l'histoire très lisible, notamment en la faisant démarrer à l'enterrement du duc de Gloucester, histoire de souligner ce qui lance l'histoire. Ensuite l'opposition entre Richard et son cousin Bolingbroke est bien marquée, et le côté 'christique' du roi Richard, qui se considère (normal pour les rois de l'époque) une sorte d'égal de Dieu, de représentant de Dieu sur Terre, permet de comprendre toute l'ambiguité de ce personnage.

Et puis à la RSC ils ont tout compris à Shakespeare! (bah oui normal ;)... bon, disons que j'adhère à leur vision de Shakespeare, qui consiste à ne pas en gommer l'humour et les moments drôles, les jeux de mots et doubles sens qui allègent les moments de tension (et parfois jouer sur le ton d'une réplique lui donnant un autre sens plus drôle), et à mettre en avant le texte. Sans chichis exagérés, sans agitations dans tous les sens et roulage par terre (lire ma critique de Macbeth de la semaine dernière pour comprendre...), avec une juste sobriété et beaucoup d'intensité (mais sans faire du cinéma). Ca n'empêche pas une jolie scénographie, et de la musique et des chants en 'live' qui soutiennent la tension et les émotions et accompagnent les personnages.

Les acteurs sont très forts pour faire sonner cette langue shakespearienne dans toute sa beauté et sa poésie tout en la rendant intelligible et en faisant passer des émotions. David Tennant a un réel don pour ça, il est né pour jouer du Shakespeare je pense, il a une façon très naturelle de dire ces vers, avec des pauses, en jouant sur les intonations et même le timbre de sa voix (plus haut perchée au début de la pièce). Il est aussi excellent pour glisser ces notes de sarcasme dans les situations graves et faire rimer humour et désespoir. Mais je serais partiale en ne soulignant pas tout le talent de Oliver Ford Davies qui a aussi cette aptitude à faire rire au milieu de la tragédie.

Parlons un peu du personnage du roi Richard qui est beaucoup plus complexe qu'il n'en a l'air. Au début, durant les 2 premiers actes, c'est un enfant gâté. Quelqu'un à qui on a toujours dit qu'il était le roi, donc nommé par Dieu lui-même, donc au-dessus de tous les autres. David Tennant s'amuse donc à jouer ce personnage altier et suffisant, une sorte de roi-soleil, androgyne, profitant et s'amusant de ses favoris flatteurs. Samedi, petite anecdote, alors que le roi doit donner un bonbon à manger au Duc d'Aumerle (son cousin, et aussi l'un des membres de sa cour), l'autre l'a raté et c'est tombé par terre. Honnêtement c'est parce qu'un article m'a confirmé que c'était un loupé que je suis prête à le croire, parce que vu que le duc en question a un petit côté looser ça aurait pu être voulu, et surtout vu la réaction de David Tennant, qui s'est contenté d'un petit sourire moqueur, regard hautain et complaisant, et tapotage de joue en règle avant de continuer... Dommage, c'était drôle, ça aurait pu être sur le dvd!

Mais, après ces 2 actes où Richard vogue dans sa sphère inaccessible au-dessus des autres, les choses se corsent, et l'acte 3 est une véritable montagne russe émotionnelle! Je suis peut-être trop sensible au jeu de Tennant et empathique, mais au moment de l'entracte, j'étais crispée, penchée en avant, le coeur palpitant... Il faut dire que le roi passe de la joie à l'inquiétude et au découragement, puis de l'exaltation du rappel de sa condition 'divine' (et donc de la conviction qu'une armée d'anges va l'aider) à la colère, à la tristesse, à l'envie de se battre contre son cousin qui vient l'attaquer, au désespoir profond. Que face à Bolingbroke et ses pairs, il est d'abord majestueux, il se bat pour garder sa grandeur, et puis seul face à Aumerle, il est perdu, indécis, petit oiseau blessé et apeuré devant pourtant réconforter Aumerle... Finalement il dépose les armes, mais continue d'osciller entre grandeur et résignation.

L'acte 4 offre à nouveau un beau mélange d'émotions, quand Richard doit abdiquer et céder la couronne à son cousin, il se présente à nouveau en position supérieure, malgré tout, il donne le change, il crâne, il est cynique, sarcastique (l'humour n'est-il pas la politesse du désespoir?), il se moque et se permet de petites humiliations vis à vis de son héritier forcé, mais cette façade cache un profond désespoir, qu'il ne laisse transparaitre qu'à de rares moments (touchants), comme sa colère... Finalement, emmené en prison et séparé de la reine, houspillé par ses anciens sujets qui lui crachent dessus, il se résigne, mais se refuse à mourir en prison, a un dernier sursaut d'orgueil et de révolte, mais est finalement poignardé dans le dos par celui qu'il croyait son ami, avec cette tristesse et cette incompréhension sur le visage (j'aurais tellement eu envie de hurler 'noooo!' à ce moment là moi....)... mais toujours sûr de rejoindre les anges en raison de son caractère divin.

Voilà, en quelques (bon ok, un peu plus que quelques) mots, les émotions que David Tennant m'a fait ressentir samedi. Voilà les facettes qu'il a interprétées avec brio. Peut-être avec plus d'intensité encore parce que c'était la dernière? En tout cas dès le début des applaudissements, tout le public s'est levé pour offrir à ces merveilleux comédiens une incroyable standing ovation, accompagnée de bravos. On a même réussi à les faire revenir une fois de plus, parce que les lumières se rallumaient dans la salle mais tout le monde restait debout sur place en continuant à acclamer et applaudir... Grand moment, mais ils méritaient bien de tels remerciements!

Je pourrais encore dire énormément de choses de ce spectacle mais j'ai déjà été très (trop) longue. Je pourrais mentionner d'autres comédiens, le jeu de chacun étant sans failles, je me suis centrée sur le personnage de Richard car c'est celui qui m'a le plus fait faire du yo-yo niveau émotions, si je parlais de tous les comédiens je ferais encore des pages et des pages... Néanmoins je m'en voudrais de ne pas mentionner Oliver Rix, le Duc d'Aumerle, qui a aussi un rôle très nuancé et l'interprête à merveille!

Donc, achetez le DVD dès qu'il sera dispo (février ou 'au printemps 2014', bref rapidement normalement), et si vous aimez Shakespeare, si vous comprenez suffisamment l'anglais et que vous pouvez vous le permettre, foncez à Londres la prochaine fois que David Tennant monte sur scène, ce type est incroyablement brillant, il a une présence et un charisme fous, et oui, ok, je suis totalement fan, de plus en plus, il m'épate! (et le rôle shakespearien qu'il a le plus envie de jouer maintenant c'est Iago alors vous imaginez si j'ai hâte de voir ça!)

Richard II by the Royal Shakespeare Company (God save David Tennant)

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Coup de coeur, #Théâtre, #London, #Compte rendu, #Shakespeare, #Tennant

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Publié le 23 Janvier 2014

Candyce Leflan, le coeur au bord des lèvres

Aaah, Candyce Leflan! Comment vous parler de cette chanteuse (et de son guitariste Thierry Planche) que j'avais vue avec plaisir en mai 2013, et que j'ai revue avec autant de bonheur hier soir, profitant (oh tiens?) d'un séjour professionnel à Paris ...

Au premier degré...
Candyce, c'est (presque) une chanteuse à voix (avec tous les tics, la gestuelle et les effets que ce terme comprend, bien sûr!). Et comme elle a la chance d'avoir une voix, elle la met au service de ceux qui n'en ont pas. Bref, c'est une chanteuse engagée! Enfin, plus ou moins, elle reste consensuelle... quoiqu'elle ne se rende en général pas compte de la portée de ses propos ou de leurs sous entendus. En fait, elle est blonde. Vraiment très blonde. Du coup je ne suis pas sûre qu'elle comprendrait ce que mes phrases veulent dire, au fond. Elle est spontanée, ingénue...

Thierry Planche, ce n'est pas son guitariste habituel, d'ailleurs la guitare c'est même pas son instrument (d'ailleurs, question existentielle, pourquoi ne joue-t-il plus de flûte en rappel??)... Mais bon, il se débrouille pas trop mal à la guitare, enfin quand il ne perd pas son médiator dans la guitare, ne manque pas de s'étaler parce qu'il a un trou (derrière lui), et ne s'entortille pas dans la lanière de sa guitare (sur ce dernier point, vu mon étonnante capacité à emmêler mon écharpe dans la lanière de mon sac à main, je ne peux rien dire...). L'oeil vide, la barbe et le cheveu (gras) grisonnants, c'est un timide introverti (et donc, au charisme... débordant!), qui a quand même l'air un peu pervers des fois, affiche un sourire de psychopathe ou entre en transe à la guitare... bien qu'au fond il soit dépressif et un peu suicidaire. Mais souvent, il est surtout embêté d'être là.

Ca, c'est au premier degré. Heureusement, ce concert n'est pas à prendre au premier degré. C'est ce qui rend le tout si jouissif. Parce que même si ces 2 personnages (dont des variétés doivent malheureusement exister dans la réalité, enfin à ce point là je ne sais pas mais c'est un savant mélange de cas réels) arrivent à être sympathiques dans leur genre, en tout cas, rigolos (on apprécie la caricature et je trouve qu'ils ont réussi l'équilibre difficile de les rendre sincères et donc pas agaçants, ni pathétiques, comme pourraient l'être les vrais modèles de ce genre de personnages)... derrière eux se cachent deux comédiens d'impro (et pas que) : Marion Billy et Arnaud Joyet.
En vrai, Marion Billy est brune, pleine d'énergie, et c'est une improvisatrice de talent (que je n'ai malheureusement pas encore vue suffisamment à l'oeuvre à mon goût). Quant à Arnaud Joyet, il a le regard qui pétille (de malice, évidemment...) et une belle tignasse noire et bouclée (frisée si vous préférez...), et cumule de nombreuses activités (impro, écriture, mise en scène, série télé, musique, chanson...).

Si ma mémoire est bonne ils ont créé ces personnages ensemble et co-écrit les chansons et ce spectacle de Candyce Leflan. C'est donc avant tout un spectacle d'humour, que je trouve extrêmement drôle et bien écrit, et parfaitement interprété (bon ok je ne suis sans doute pas 100% impartiale, c'est le genre d'humour, décalé-3ème degré-cruel que j'adore, et j'aime beaucoup ces 2 artistes... Mais une amie plus neutre qui m'accompagnait hier a adoré elle aussi, alors...)

Les textes des chansons fourmillent de jeux de mots (dont Candyce n'a visiblement pas conscience), et d'une espèce de cruauté naïve (non voulue par Candyce) ... je ne sais pas si on parle d'humour noir vu qu'il y a un décalage non assumé par le personnage (mais bien par la comédienne)... Sans trop vous en dévoiler, disons que quand Candyce chante une lettre (universelle) à sa fille sur l'amour elle le fait sans détour, que quand elle célèbre les féministes, c'est celles sans qui elle n'aurait pu z'être une femme libre et égaux en droits, que pour elle une chanson sur le racisme dit qu'on peut s'aimer (physiquement) même si on n'est pas de la même race... Ou encore, quand Candyce chante une chanson dédiée à sa soeur ou à sa meilleure amie souffrant de problèmes de poids, elle le fait avec... franchise, sans filtre, et sans s'apercevoir de ce qu'elle dit... Ce serait horrible au 1er degré, c'est très drôle en fait!
Tout comme les échanges entre Candyce et son guitariste, les moments de solitude de ce dernier quand elle l'abandonne sur scène ou l'oblige à déclamer un poème...

Après ce spectacle, vous n'entendrez plus Léo Ferré de la même façon (c'est qui l'autre con?), ni Bagdad Café (grâce à google translate; prononcez cela comme vous voulez, comme le chat de Skype...). Et si Thierry Planche n'a pas improvisé cette réplique hier soir (le fou rire dans lequel ils sont partis tous les 2, et la salle avec eux forcément, me fait douter...), vous ne pourrez plus entendre quelqu'un dire que c'est à se tirer une balle sans éclater de rire (vécu aujourd'hui au boulot... oups!). Explication, histoire que l'image vous poursuive aussi, vous qui lisez ces lignes...
Thierry (expliquant son tempérament suicidaire) : "(...) et ça me donne envie de me tirer une boule"
Candyce : "Une balle, vous voulez dire?"
Thierry : "non non, une boule..."
(les 2 piquent du nez en riant)
*Tentative de blocage de toute image mentale visualisant la situation, surtout quand Candyce en remet une couche (...) en lui signalant qu'il se serait fait mal mais que ça ne l'aurait pas tué!*

Bref... Mes critiques sont décidément longues quand je suis enthousiaste! :)
Si vous voulez vous faire une idée du style des chansons de Candyce, allez voir le clip de 'Tristes minutes'
Et quand vous serez convaincus, vous pourrez aller avec elle dénoncer les injustices en vous tenant la main et en chantant au nez des puissants : "la la la la la la la ..."... ou chanter leur hymne, c'est beau l'amour!
Pour connaitre leurs dates, surveillez la programmation du bateau El Alamein à Paris (prochaine date le 2 mai!), ou devenez ami avec Candyce Chanteuse sur facebook!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #chanson, #humour, #France, #A l'affiche, #Coup de coeur

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Publié le 21 Janvier 2014

It will have blood, they say, blood will have blood

Le mois de janvier a jusqu'ici été très calme d'un point de vue théâtral, mais les prochaines semaines s'annoncent chargées. Et plutôt shakespeariennes... 3 pièces du Bard en 2 semaines, pas mal non? Mais quand on aime, on ne compte pas!

J'ai donc démarré cet enchainement ce dimanche avec Macbeth. En version française (ça semble a priori logique mais la semaine prochaine ce sera Richard II en VO alors...), dans une mise en scène d'Anne-Laure Liégeois (je l'ai vue à Mons, mais la pièce tourne en France jusque début avril).
En 2 mots, pour ceux qui ne maîtrisent pas les tragédies de Shakespeare voire qui mélangent un peu tout, Macbeth, c'est cet Ecossais à qui des sorcières ont prédit qu'il serait roi d'Ecosse, allumant chez lui, et plus encore chez sa femme, une ambition dévorante. Et poussé par sa cruelle épouse, Macbeth tuera le roi, mais le sang appelle le sang, et tout ça finira mal, dans les larmes et la folie...

Malheureusement je n'ai pas été particulièrement convaincue par la mise en scène. Ou plutôt par certains choix de mise en scène. Pourtant il y a de bonnes idées aussi... Mais pourquoi, pourquoi les 3 sorcières devaient-elles être complètement nues (à part des bottes en caoutchouc rouge)? Je ne suis pas pudibonde et si ça avait eu un sens ou une justification, why not, mais là? OK, l'image "classique" des vieilles sorcières touillant ensemble dans un grand chaudron peut être bousculée, mais là, en fait, les scènes avec les sorcières sont juste inintelligibles. Et c'est quand même dommage vu que c'est plutôt important dans la trame, ce sont les premières, avant Lady Macbeth, à pousser Macbeth à l'ambition, et ce sont elles qui le font basculer et croire qu'il ne risque rien, ensuite. En plus, ces 3 demoiselles sont certes très jolies mais pas particulièrement bonnes comédiennes. Du coup au lieu de faire leurs prédictions à Macbeth dans une ambiance de ricanements inquiétants et surnaturels, elles jacassent et rient en se balançant de la boue et du sang.. Euh... ouais? Je ne sais pas quel était l'effet recherché mais j'ai trouvé ça pathétique. Et Macbeth qui du coup finit la scène à poil et 'crucifié' sur le mur. Non vraiment je dois l'avouer, j'ai décroché avec cette scène.

Pourtant jusque là j'avais plutôt apprécié la mise en scène et très certainement le jeu des acteurs principaux, au moins (bon, certains jeunes ont encore des progrès à faire mais on ne les biberonne pas à Shakespeare comme les Britanniques, faut dire!). Anne Girouard (que j'étais très curieuse de voir en Lady Macbeth, étant fan de Kaamelott) m'a particulièrement convaincue (pas un moment je n'ai pensé à la reine Guenièvre ;) ), à la foi exaltée, enflammée, sensuelle et froidement ambitieuse, puis sombrant graduellement dans la folie. Olivier Dutilloy est aussi plutôt bon en Macbeth, même si j'aurais aimé le voir évoluer avec plus de finesse et de nuances, j'ai l'impression que c'est tranché trop tôt qu'il est devenu fou, mais c'est une impression personnelle sur le personnage, et à nouveau, il s'agit surtout d'un choix de mise en scène et pas du jeu du comédien. Coup de coeur pour Sébastien Bravard en Banquo, j'ai adoré son jeu!

Donc, revenons à la mise en scène... Disons que sur la 1ère moitié de la pièce à peu près j'ai bien aimé, puis j'ai décroché, et malheureusement je n'ai pas vraiment raccroché plus loin. J'ai l'impression que Macbeth a été traité plus comme une tragédie racinienne que shakespearienne. Trop de pathos, ça se roule par terre, ça se prend la tête entre les mains, ça s'ébouriffe dans tous les sens, ça se jette dans l'eau (oui il y a de l'eau tout autour de la scène), ça se tortille les bras dans tous les sens... Stop! Il y a un moment où j'ai saturé, pour moi le texte de Shakespeare se suffit à lui même et n'a pas besoin de fioritures et de démonstrations autour, la voix, les intonations, les expressions du visage, pas besoin d'en faire plus. Mais à nouveau c'est un parti pris personnel, un peu de sobriété dans la 2ème moitié de la pièce m'aurait certainement permis de re-rentrer dedans et de ressentir quelque chose d'autre qu'un mal de dos persistant (merci le Manège.Mons...).

Bref, je pense qu'il est assez clair que je suis déçue, même si je n'ai pas vraiment de reproches à faire ni sur la traduction de ce Macbeth, ni sur le jeu des comédiens principaux... J'ai pas adhéré à la vision de la metteur en scène, voilà!

Si vous voulez vous faire une opinion la pièce se joue dans diverses salles en France jusqu'en avril, attention sachez que ça dure 2h50 sans entracte!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #France, #Shakespeare

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