Publié le 4 Février 2014

Richard III

Aller voir Richard III une semaine après Richard II, dans l'absolu, ce n'est pas illogique (même si, trève de blagues idiotes, non, Richard III c'est pas la suite de Richard II, en mode "il est de retour et il est très très énervé!" ;) Mais chronologiquement, c'est quand même après, du début du conflit entre les maisons de York et Lancaster à la fin, en somme, donc, pourquoi pas).

Par contre, aller voir Richard III au théâtre du Parc à Bruxelles, une semaine après avoir vu cette superbe production de Richard II par la Royal Shakespeare Company à Londres... C'est un peu cruel pour le Parc. Même si les pièces sont différentes, difficile de ne pas comparer, même involontairement, le niveau des prestations...

Alors heureusement, j'ai pu 'valider' mes impressions sur ce Richard III auprès de 2 personnes qui l'ont vu, et n'ont pas vu Richard II. Et bizarrement, les 2 avaient ressenti les mêmes choses que moi... Je peux donc oser vous livrer ma critique de Richard III sans m'auto-taxer de parti pris pro Shakespeare en VO !

Bref. Avec ce préambule vous vous doutez que je n'ai pas été subjuguée par la version de Richard III jouée actuellement au Parc. Oh, pas dégoûtée non plus, il y a des points forts... et des points faibles. Mais commençons brièvement par l'histoire. Une amie shakespearienne avait résumé, non sans humour, la pièce comme ça : "Richard III, il est méchant, il est petit, il est pas beau, et il veut un cheval!". En gros, ça résume le début et la fin, et entre, ben y'a plein de morts. D'assassinats, plus précisément: tous ceux qui sont sur la route entre Gloucester (le futur Richard III) et le trône étant éliminés dans le sang.

Le point fort de cette pièce, c'est indiscutablement Guy Pion, qui interprète le personnage principal avec énormément de talent. Mis à part un bras mort, son Richard n'est pas vraiment difforme, mais il est meurtri et revanchard. Pourtant il est capable de déployer charme et séduction pour arriver à ses fins. Fourbe, manipulateur, calculateur et froidement sanguinaire, sans états d'âme, plus proche du diable que de dieu (à l'inverse de Richard II), il est assoiffé de pouvoir et prêt à tout pour devenir roi. Et pourtant, au final, ses cauchemars le rattrapent, et il sera finalement seul, très seul, à force d'avoir fait tomber des têtes autour de lui. Guy Pion interprête ce personnage avec beaucoup de subtilité, passant des manigances diaboliques aux protestations en apparence les plus sincères d'amour et de fidélité à sa famille. Certes, au bout d'un moment, plus personne n'est dupe, mais il joue ce double jeu à merveille.

Et même si celui qui a traduit et adapté la pièce (est-ce Thierry Debroux?) a sabré dedans, il reste des monologues, que Guy Pion sert brillamment, pourtant pas aidé par un choix de mise en scène que je n'ai pas compris: il est face au public et parle dans un micro. Dès lors, difficile de ne pas déclamer ces longs monologues... Oh, même Guy Pion, à l'un ou l'autre moment, déclame, mais vu sa voix agréable et sa diction irréprochable, ça passe bien. Et la grande majorité du temps, malgré cet artifice, il parvient à donner vie aux monologues qui semblent des dialogues avec lui-même ou prenant le monde (et le public) à témoin. Malheureusement les autres tombent dans le piège... Donc, vraiment, pourquoi ce micro? Quand vous voyez comment certains acteurs anglais arrivent à donner vie aux monologues et les rendre donc beaucoup plus clairs et légers, pourquoi s'obstiner à les faire déclamer en français, et pourquoi compliquer la tâche des comédiens avec un micro face public? C'est une pièce de théâtre, ce ne sont pas des récitations!

Et malheureusement, le point faible de la pièce, c'est le reste de la distribution! Enfin, non. La prestation de Simon Duprez en Buckingham est excellente, et Philippe Grand'Henry (Hastings) et Thierry Janssen (Stanley/un assassin) tirent bien leur épingle du jeu. Mais les autres, désolée d'être brutale, ne m'ont pas du tout semblé à la hauteur! Surtout les filles. Et ça plombe quand même un peu la pièce, du coup!

Quant à la mise en scène, en plus du choix des micros déjà évoqué, je n'ai pas trouvé très utile d'avoir décalé l'intrigue dans des costumes genre entre deux guerres... Même si la plupart des références aux York et aux Lancaster (la guerre des 2 roses, vous savez, ces 2 maisons anglaises qui s'opposaient violemment à l'époque) ont été gommées, il en reste, et du coup, décalées dans le temps, elles n'ont plus de sens. Bref, je ne dirais pas que cette 'modernisation' est rédhibitoire, mais je ne trouve pas qu'elle apporte grand chose, tout comme la façon de "chorégraphier" le combat (trop long, pourquoi couper dans le texte et amener des longueurs en chanson et danse?). Quant aux flashs et au bébé royal genre Kate et William à la fin, j'ai vraiment trouvé ça 'too much'!

Malgré tout, la traduction du texte ne m'a pas choquée, ni les réarrangements et "simplifications", et je dois quand même souligner que, ouf, la metteur en scène (Isabelle Pousseur) a gardé des moments drôles et souligné l'humour de certaines répliques, et comme je reproche assez souvent le cloisonnement des genres et le fait de gommer l'humour dans les tragédies shakespeariennes en français, je salue l'effort! :)

En pratique : Richard III, au théâtre du Parc à Bruxelles, jusqu'au 15 février. Infos sur le site du Parc.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles, #Shakespeare

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