Publié le 5 Octobre 2014

Enfer

Parfois, quand vous allez au théâtre, vous êtes persuadé que vous allez passer une super soirée, parce que sur papier, tout s'annonce génial. Et parfois, malheureusement, vous êtes déçu...

Je l'ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog, j'avais adoré 'Purgatoire' de Dominique Bréda. Ecriture fine, pleine de cynisme, d'humour noir, de rythme, ça observait la société avec un oeil aiguisé et ça clashait, ça balançait des vérités avec force, et on riait beaucoup.

Alors 'Enfer', la suite, avec pratiquement la même bande de comédiens talentueux, ça devait forcément être bien, non? ... Ben... de mon point de vue en tout cas, non. Grosse déception, et je trouve ça tellement dommage... Qu'est-il arrivé à Dominique Bréda, a-t-il perdu sa plume?

Pourtant, commençons par le positif, les 5 comédiens sont toujours très bons. D'ailleurs, si j'ai ri en assistant à Enfer, c'est grâce à eux! Intonations, mimiques et expressions (mention spéciale à Julie Duroisin, mais Jean-François Breuer et Thomas Demarez sont très forts aussi dans ce registre!), gestuelle, ils se démènent et se donnent, et jouent très bien, vraiment.

Non, mon problème, c'est avec le contenu, et le texte. Enfer est construit comme Purgatoire, une succession de chapitres, de petites scènes indépendantes les unes des autres mais autour d'une thématique commune. Mais là où Purgatoire décrivait les petites mesquineries, lâchetés et autres méchancetés de la vie de tous les jours, de la naissance à la mort, Enfer s'attaque aux choses plus terribles, à tous ces enfers sur Terre : la haine, l'indifférence, l'angoisse... pour finalement nous voir foncer vers le néant. Etait-ce plus mince comme fil conducteur? Non, pourtant... Mais ce spectacle m'a donné l'impression d'être totalement décousu, sans queue ni tête, sans gradation dans les niveaux de l'Enfer, certains semblant dérisoires par rapport à d'autres, atroces.

Et puis le décalage supposé faire rire de la noirceur et du néant et de la mort n'a pas fonctionné sur moi. Je le disais, j'ai ri des mimiques et du jeu des comédiens, mais jamais du fond. Enfin, si: les 2 premières scènes sont très réussies et prometteuses, des idées originales, un bon niveau d'écriture, des vannes... Mais ensuite... J'ai bien compris que l'idée était de pousser les situations à l'extrême, en jouant sur l'absurde mais... je sais pas, ça ne m'a pas semblé si décalé que ça. Du coup le réalisme l'emportait sur l'absurde et je trouvais difficile d'en rire, limite glauque... Et niveau texte, j'ai trouvé ça plat. Ca manque de piques verbales, et le talent des comédiens n'efface pas assez la cruauté des situations. Evidemment, c'est une question de sensibilité, mes voisines ont trouvé absolument hilarant que les membres de cette famille où personne ne s'écoute annoncent platement (sur le ton d'un ado lymphatique, vous voyez le genre?), un à un, qu'ils préféraient se tuer, et ensuite se tirent une balle...

Bref, comme a dit un jour une de mes amies à propos d'un autre spectacle, je suis déçue d'être déçue, d'autant que j'ai aimé les comédiens !

Si vous voulez vous faire une idée par vous-même, Enfer est à l'affiche du TTO jusqu'au 18/10. Infos ici .

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre

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Publié le 5 Octobre 2014

Tuyauterie

Décidément, après Cabaret, cette saison des 20 ans démarre très bien au théâtre Le Public! Gros coup de coeur pour "Tuyauterie", une comédie extrêmement originale à propos de laquelle je n'aurai qu'un regret, sous forme de question : "Pourquoi?" ;) .. Pourquoi cette pièce ne dure-t-elle qu'une heure? OK, je comprends que l'histoire aurait fini par tourner en rond si les protagonistes avaient continué à discuter pendant 1/2h, mais franchement, c'est tellement bien écrit et bien joué que j'aurais bien repris une demi-heure de plus !

L'histoire, en quelques mots, et sans trop vous en dévoiler, commence comme un bon vieux 'cliché de film porno' ... Un plombier vient de terminer de réparer la douche d'une cliente aux cheveux longs (qui avaient bouché le collecteur)... La cliente arrive en déshabillé et nuisette, et lui propose lascivement une avance sur paiement en nature...
Mais là, contrairement à un film X, le plombier lui pose une question avant d'accepter : Pourquoi? Pourquoi veut-elle baiser (comme elle le dit elle-même) avec un inconnu, pourquoi lui, pourquoi les plombiers?? ... Et au fil de la discussion qui s'installe et se prolonge, au grand désespoir de la dame, une autre question... pourquoi ce plombier tergiverse-t-il tant avant de plonger les mains dans le collecteur de sa cliente? Et aussi... quel est le métier de cette femme? Lequel des deux est le plus malheureux, lequel a la vie la plus pourrie? Dieu est-il un plombier?

Ca peut paraitre décousu évoqué comme ça, mais le texte (de Philippe Blasband, qui signe aussi la mise en scène) est très bien écrit, tout s'enchaine avec une certaine logique, les bons mots fusent, sans vulgarité même si on appelle un chat un chat, les raisonnements du plombier sont souvent très drôles mais pas forcément idiots. On assiste à la fois à une joute verbale parfois violente (surtout du côté de la cliente), non dénuée d'une tension sensuello-sexuelle, une réflexion sans prise de tête sur le désir, la vie et les choix qu'on pose, la solitude... C'est à la fois léger et profond, servi avec un rythme soutenu et vraiment, on rit énormément. J'aime plutôt bien Philippe Blasband en général, et il avait prouvé avec "Une liaison pornographique" qu'il maîtrise l'écriture sensuelle et doucement érotique, mais là, avec une couche humoristique en plus, il a fait très fort!

La mise en scène est axée sur le jeu et les corps des comédiens (rassurez-vous, rien de choquant, mais, dans un décor minimaliste composé de 2 bancs, les mouvements, les poses, la gestuelle prennent plus d'ampleur, c'est un jeu physique, tout en gestion des distances, des regards...montrant parfaitement les variations de tension et d'attirance entre les personnages). On assiste à un face à face sans temps mort et surtout, aux interprétations parfaites de Charlie Dupont et Tania Garbarski! Ils sont incroyables tous les deux! Charlie Dupont déborde de naturel (et de charme, avouons-le) dans le rôle de ce plombier plein de spontanéité et de candeur, pour lequel on ne peut qu'avoir immédiatement beaucoup de tendresse, qui parle trop et se parle à lui même à voix haute au milieu de ses réflexions, philosophe (mais parfois un peu à la JCVD, vous voyez!), doux rêveur par moments. Quant à Tania Garbarski, très sensuelle, elle interprète brillamment une femme désabusée, paumée, persuadée d'avoir raté sa vie, en proie au doute malgré une apparence très sûre, entre colère, désespoir, et amusement face à ce plombier complètement dingue!
Inutile de dire qu'en plus leur duo fonctionne à merveille, il se connaissent bien et prennent visiblement plaisir à jouer ce texte ensemble. Et évidemment, quand la cliente dans la pièce dit qu'elle se verrait bien avec un artiste, par exemple un comédien, on ne peut s'empêcher de sourire, puisque son vrai comédien de mari n'est autre que le plombier en face d'elle!

Bref, ne ratez pas "Tuyauterie", même si c'est trop court, vous passerez un très bon moment de théâtre et rirez beaucoup! Jusqu'au 22/10 au Public, infos ici.

Au festival OFF d'Avignon 2015, au théâtre du Chêne Noir à 21h30, infos ici.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur, #avignonOff2015

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