Publié le 21 Décembre 2014

Studio Impro spécial IMAX

Je vous ai déjà parlé sur ce blog de mon spectacle d'impro préféré, "Studio Impro" (et si vous avez été distraits vous pouvez retrouver les explications de ce que c'est et pourquoi c'est génial, ici!).

Mais ce samedi 20/12/2014, c'était spécial... C'était la première des 3 représentations de cette saison labellisées "IMAX", une nouvelle déclinaison du concept de Studio Impro... en grand format!
Je ne vous cache pas que j'étais curieuse de découvrir ça, depuis que j'en avais entendu parler (... en juillet) sans trop savoir à quoi ce Studio Impro en plus grand, dans une plus grande salle mais au même endroit (?), pouvait correspondre. Eh bien, le moins que l'on puisse dire c'est que je n'ai pas été déçue! Pas plus que les 3 personnes qui m'accompagnaient/// et pour l'un d'eux j'avais quand même un peu peur, parce qu'il m'avait confié ne pas avoir été voir un "spectacle vivant" - comme on dit - depuis au moins 15 ans... Eh bien il a aimé et il reviendra! Si ça, ce n'est pas la preuve que Studio Impro, c'est trop génial et que même les gens qui pensent détester le théâtre peuvent y aller sans crainte!

Petit compte rendu de la soirée et explications du concept IMAX :

D'abord, le concept: ça veut dire quoi, Studio Impro en plus grand ?
Ca veut dire avant tout qu'il y a une 2ème salle à l'Os à Moelle, plus grand puisqu'on devait être à peu près 200 hier soir... Bon par contre rêvez pas ce sont les mêmes chaises! ;) Mais on peut un peu plus les éloigner et éviter ainsi de s'asseoir sur les genoux de son voisin. Donc, la salle est sensiblement plus grande, plus haute aussi, la scène est plus grande, et avec les poêles à bois chauffant à plein régime dans la salle, on avait vraiment l'impression d'être une armée de farfadets dans les flammes de l'enfer... (oui, en s'éloignant du milieu de la salle, il faisait peut-être un peu chaud!)

Ce qui est plus grand aussi, pour l'IMAX, c'est le papier qu'on vous donne à l'entrée. En plus d'un titre de film qui n'existe pas, il y a d'autres choses à remplir:

  • si l'on veut des morts dans le film
  • un événement heureux qui pourrait se passer dans le film (ma copine/ex-collègue et sa fille ont indiqué "un meurtre", vous pensez que je dois les dénoncer comme psychopathes potentielles?)
  • un événement malheureux qui pourrait se passer dans le film
  • Si l'on veut plus d'amour, de cascades,...ou autre à préciser (soyez créatifs, franchement, "plus de cacahuètes" au milieu d'une comédie romantique, ça marche bien!)
  • une fin possible pour le film

Evidemment, ensuite, c'est le réalisateur qui décidera ce qu'il exploitera de votre papier, le titre c'est sûr, pour le reste, ça dépend de son humeur, c'est lui qui réalise les films après tout, et qui a vendu son âme, donc il fait ce qu'il veut!

Enfin, la dernière chose qui est plus grande que d'habitude (sauf les dernières), c'est l'équipe de comédiens sur scène, puisque le diable, en plus de 4 acteurs, met aussi un "guest" à disposition du réalisateur. Cela, plus l'absence de rideau à fermer à la fin, amène à quelques changements dans les scènes habituelles de début et de fin du spectacle...

Pour cette première, l'équipe était composée de :

  • Réalisateur : Vincent Doms. Et, bien que j'adore Kévin Ecobecq dans ce rôle et Vincent en improvisateur, j'avoue que j'aime énormément sa version de réalisateur froid, légèrement prétentieux, diabolique et sans coeur et franchement moqueur avec le public!
  • Improvisateurs : Marie-Sylvie Hubot, Mathilde Rault (oui, je sais, c'est une bonne comédienne, mais c'est fou comme elle était différente dans "Je mens, tu mens!"), Alban Schuiten et Arnaud Van Parys
  • Guest : Jérémie Petrus. L'idée de l'invité c'est d'amener un improvisateur qui ne fait pas partie de la troupe habituelle dans l'équipe, et... waouw, quelle bonne idée et quel bon choix! Enorme coup de coeur pour ce comédien (que je ne connaissais pas en impro, honte à moi), il s'est donné à fond, y est allé sans hésiter , a amené un paquet d'idées géniales et de rebondissements originaux, j'ai l'impression qu'il s'est éclaté! (du coup, on peut pas voter pour qu'il intègre la troupe de Studio Impro? Nan parce que là il m'a juste donné très envie de le revoir dans ce spectacle!)
    [Edit 23/12 : lu sur la page facebook de Studio Impro : "Suite à la prestation de notre "Guest" Jérémie Petrus (professionnel) l'équipe a décidé de l'intégrer de manière permanente dans la troupe Studio Impro! " \o/ ]

Et à quels films improbables avons-nous assisté pour cette première? Grâce à mes 3 comparses et leur mémoire (pour pallier mes trous de mémoire, on retient mieux à 4 qu'à 1!), voici la liste des films. Je ne vais pas essayer de vous les raconter parce que de toute façon, à lire sans avoir vu ça n'aurait juste pas de sens... Je me suis juste amusée à relever quelques éléments marquants pour certains films.

  • Western : "A deux dans mes chaussettes" : de cette histoire de vol, d'enlèvement, de poursuites sur 30 mètres (mais qui manquait de meurtre selon les valeurs du charmant réalisateur), on peut surtout retenir la manière dont le cow boy Arnaud roule ses cigarettes (ou lèche le tabac je sais pas), et la technique 'chatouilles' de désarmement de Shériffette Marie-Sylvie alors que Jérémie a déjà récupéré les armes!
  • Film d'horreur : "Tout n'est pas rose dans la maison hantée" : ils étaient pas mal inspirés sur ce film qui fut assez long, finissant dans une paranoïa du rose, avec un mannequin tueur (tiens ça me rappelle un épisode de Doctor Who ça... rien à voir pourtant!), et donc, chouette, un meurtre!
  • Comédie romantique : "Le maître-court" : oui, ce titre a laissé le réalisateur perplexe, il nous a précisé qu'il y avait un tiret, par contre j'aurais tendance à penser que c'était 'mètre' et pas 'maître', mais puisque l'histoire se passait dans une école j'ai choisi l'orthographe appropriée. Un film avec des profs, donc, dont un nouveau qui s'appelle Court et qui est petit (pauvre Jérémie, c'est vrai qu'il n'est pas très grand), un école avec une façade, et de l'amour (mais pas tout de suite, heureusement le réalisateur leur a rappelé que c'était une comédie romantique au bout d'un moment, avec calme et délicatesse et sans gueuler - ou pas!)
  • Film d'action : "Il y a des (gens) qui meurent de faim" : le mot entre parenthèses, c'est parce que le réalisateur, décidément sympa et pas racusette, nous a confié qu'un mot avait été ajouté dans le titre, avec un petit v, enfin le truc qu'on fait quand on a oublié un mot et que je ne peux pas dessiner avec un PC, évidemment! Parmi les grands moments de ce film d'action déjanté (ou le président des Etats Unis envoie des gens voler 3 poulets, et c'est tout!), une course poursuite entre un cuistax-hélicoptère (...) et des rollers à sticks (...); un face à face (imposé par le réalisateur) entre un voleur et le fils des fermiers à qui appartenaient les poulets (Arnaud jouant les 2 rôles, il aura bien couru et enlevé/remis son pull rouge, sur cette impro!); et un autre face à face entre le fermier et le président, Alban face à lui même cette fois (mais là, il l'a cherché, il a tendu la perche!)
  • Peplum : "Freud et ses groupies" : avec des cubes, Alban déguisé en peuplier, et les théories fumeuses du philosophe (plus que psychanalyste) Arnaud!
  • Film érotique : "La pendule réglée": no comment pour ce titre associé à ce genre de film, je ne résumerai pas, je me contenterai de dire qu'un film érotique juste la fois où une copine vient avec sa fille de 12 ans, c'est pas sympa!

==== Entracte ====
(au passage, petit mot pour "l'os à moelle", vous en ajoutez quand, une 2ème toilette?)

  • Film social belge : "la mer, ça sent mauvais mais on s'en fout" : disputes sur fond de concours de cerf-volants dans un camping, ce film avec accents m'aura permis d'apprendre qu'il y a des campings près de Paris... (mais ce n'était pas le sujet). Et il parait que vu les fautes, le spectateur ayant écrit ce titre aurait pu jouer dans le film (quand je vous dis qu'il est aimable et pas du tout moqueur, ce réalisateur...)
  • Court métrage : "le barman maudit": après réflexion et une courte histoire de barman qui loupe tout, ça s'est transformé en clip, sur des musiques d'abord genre film muet, puis classique (grand numéro de danse contemporaine) puis film d'horreur (avec une chorégraphe à la thriller de Jérémie et des vampires qui boivent directement le sang du barman...)
  • Comédie musicale : "Le Petit Petit Bonhomme Jaune" : à nouveau les indications d'écritures nous ont été révélées par le réalisateur, et il parait que les majuscules avaient de l'importance dans le film! Une histoire de vol de jouet, avec le petit bonhomme qui devient grand, une chanson en russe d'Arnaud et un final en chinois. Arnaud, qui jouait un grand père en chaise roulante, a effectué une petite chorégraphie mimée en chaise, ce qui m'a évidemment fait marrer et penser à Avignon (... même si j'imagine que lui et Vincent n'ont pas pensé à ce qu'ils ont joué ensemble cet été!)
  • Film de cape et d'épée : "Le massacre au popcorn": là, le réalisateur, qui tenait sans doute à ses épées, avait suggéré que le popcorn pouvait être une région... Finalement c'était une taverne, et l'histoire, un classique du genre, Jérémie montant à Paris venger son père de François le Méchant (Alban)
  • Film d'auteur : pour finir, le réalisateur s'offre toujours un film d'auteur, SON film que personne ne comprend à part lui! Là, Vincent a enchaîné les titres en prenant plein de papiers, on est parti de "la choucroute infernale", avec Alban résolvant des intégrales non définies dans les toilettes, passé par "l'homme qui disait non", pour finir avec "Cold fire", que le spectateur auteur du papier avait traduit (pour le réalisateur) par "Feu gelée", (toujours ce gentil réalisateur qui a précisé que c'était geléE, "un dessert sans doute")... Mais Jérémie a eu une autre idée brillante, nous transportant à l'enterrement de feu (Mme) Gelée.

Prochaines dates? Studio Impro normal le 8/01, IMAX le 3/4
Infos sur leur site, infos et réservations sur le site de l'Os à Moelle

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Impro, #Bruxelles, #Coup de coeur, #Compte rendu

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Publié le 15 Décembre 2014

Swä Belg ët Takgheul!

Cette année, actualité oblige, "Sois belge et tais-toi", la revue politico-satirique (et vice versa) qu'on ne présente plus, se met à l'heure suédoise!
[Pour les Français qui lisent ce blog : la coalition en place au gouvernement fédéral réunissant des partis dont les couleurs sont le jaune (et le noir) et le bleu, on a appelé ça une coalition suédoise]

Dès l'entrée dans la salle, vous êtes dans le bain, puisque avant et après le spectacle (et pendant l'entracte), la bande son qui passe au théâtre St Michel est exclusivement composée de chansons d'ABBA!

Cette édition de Sois belge 2014-2015 est particulièrement bien écrite... Pas simple cette année, encore plus que d'habitude, de faire rire de l'actualité politique de l'année écoulée, sans tomber dans le lynchage, le populisme, la facilité ou le côté moralisateur/donneur de leçons! En effet, il y a quelques dossiers vraiment pas marrants, par exemple évoquer les polémiques (pour le dire gentiment) autour de Jambon et Francken de manière légère (mais pas trop), ce n'est pas évident!

Défi relevé par Baudouin et André Remy, auteurs comme chaque année de ce spectacle! Les textes (et les chansons, mais j'ai l'impression qu'il y en a un peu moins que d'habitude, non?) sont percutants, drôles, pleins de jeux de mots (plus ou moins capillo-tractés), et pleins de finesse, de subtilité (en évoquant certaines choses sans les souligner lourdement) et de second degré. Comme toujours, on sent une certaine analyse politique en filigrane, sans parti pris, juste une mise en perspective des constats que tout le monde peut faire... Pour ces raisons, il est parfois un peu difficile de rire de bon coeur sans arrière pensée... Le sketch sur la NVA, incontournable, est très bien fait, très intelligent, mais la fin fait froid dans le dos, même si on pense à Bourvil et de Funès. Tout comme cette très belle nouvelle fable sur "la grenouille et le scorpion"... Et même la chanson finale, pas particulièrement optimiste (enfin, disons, réaliste quoi!)

Parmi les grands moments du spectacle, il y a une parodie de "Tous les mêmes" de Stromae, avec une performance assez incroyable de Baudouin Remy, mi-Elio di Rupo, mi-Paul Magnette, qui change de profil et de voix toutes les 2 phrases à peu près (ajoutant encore une sacrée difficulté à ce qu'avait fait Stromae)! Le passage au cdH est chouette aussi, avec un choix pas anodin de chanson, à nouveau ('Résiste' de France Gall). JCVD expliquant les raisons du black out et le retour des Martine offrent de beaux fous rires (ah, les Martine... Non mais maintenant quand j'entendrai l'expression "tous gouvernements confondus", je ne pourrai pas m'empêcher de rire, c'est malin!). Les sketchs sur la famille royale sont très réussis, surtout celui chez Vrebos (ah, Joël Riguelle qui reprend Vrebos, toujours un plaisir!). Et sans trop en dévoiler, un personnage qu'on ne pouvait ignorer cette année et qui passe régulièrement donner des conseils m'a bien fait marrer aussi (et puis j'aime cette évocation, sans en rajouter avec un sketch centré sur lui).

Je voudrais aussi souligner l'intro du spectacle, que j'ai énormément appréciée, et qui évoque les inquiétudes (c'est peu de le dire) sur la disparition du statut d'artiste en Belgique. OK, "nos" artistes ont fait moins de bruit que les intermittents du spectacle en France et leur mouvement de grève en juin/juillet, mais la culture souffre beaucoup en Belgique aussi, et c'est bien qu'un spectacle comme Sois belge en parle dès le début, histoire de sensibiliser les spectateurs (qui ne sont pas forcément tous des habitués de salles de théâtre donc pas forcément au courant), et évidemment les politiciens qui sont nombreux à venir voir le spectacle! Bravo !

A part ça, le spectacle (qui dure 2h10 cette année) parle aussi des vols de nuit, de la formation du gouvernement fédéral, avec des passages au CD&V et au MR (évidemment, et la suite d'il y a quelques années, Charles Michel étant à nouveau le Rodrigue du Cid, mais cette fois, plus au moment où il promet de venger son père, mais lorsqu'il se trouve face à un choix... cornélien), du PS et des syndicats, de Laurette qui insulte Charles (ah, elle est toujours aussi géniale, Elsa Erroyaux, en Laurette en colère!), des pensions et du chômage, de Maggie de Block. Et on retrouve les incontournables café du commerce et achtste les (visiblement toujours très attendue du public. Je trouve que ça commence à devenir un peu répétitif, mais il en faut pour tout le monde!).

Au niveau de l'équipe sur scène, ils ne sont que 6 cette année, sans Dimitri Oosterlynck (snif, je l'aimais bien moi!), à reprendre leurs personnages habituels et quelques nouveaux : Stéphanie Coerten (qui incarne en plus une Jacqueline Galant impayable - et vu ses difficultés sur le survol de 1 ou de 1000 personnes, les fans d'un certains film de Les Nuls ne pourront s'empêcher d'avoir envie de lui dire "prenez un chewing-gum, Jacqueline!"), Elsa Erroyaux (pas de nouvelle personnalité pour elle mais sa Laurette et sa Martine restent hilarantes!), Baudouin Remy (qui hérite donc des personnages de Charles Michel - épatant, surtout sur la gestuelle!! - et de Bart de Wever), André Remy (qui incarne comme nouveau personnage Marc Goblet, le nouveau patron de la FGTB), Joël Riguelle (qui ajoute à sa panoplie son président de parti Benoît Lutgen et Jan Jambon) et Philippe Peeters (qui récupère Siegfried Bracke)

Le metteur en scène aussi a changé, c'est Alexis Goslain qui est aux commandes cette année... Et c'est sans doute le seul bémol que je mettrais : pourquoi les écrans vidéos ont-ils autant rétréci? J'avais adoré l'utilisation faite de la vidéo dans l'édition 2013-2014, notamment pour les transitions entre sketchs, et je trouve qu'on est un peu revenu en arrière là dessus cette année. Il y a encore des utilisations très intéressantes de la vidéo, notamment avec Reynders qui cherche désespérément un poste en vue, mais pas entre 2 sketchs, et je trouve ça un peu dommage. Bon, comme ils sont rapides sur les changements, ça ne fait pas vraiment de temps morts, mais ça fait des noirs et une impression de vide sur scène, surtout que les écrans sont petits, ça occupe moins l'espace! Ca reste un avis personnel, mais j'avais été tellement séduite par la mise en scène l'an dernier que cela m'a un peu manqué cette année!

En résumé, "Swä Belg ët takgheul!" (à part que c'est compliqué à écrire...) est un très bon cru, plein de subtilité, qui fait mouche et vous fera rire sur une actualité pourtant de moins en moins comique! A ne pas manquer!

Infos, dates de tournée et réservations : www.soisbelge.be

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Rédigé par Emelle

Publié dans #humour, #Théâtre, #Bruxelles

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Publié le 14 Décembre 2014

La fin du monde est pour dimanche

Désolée de vous l’annoncer comme cela, mais la fin du monde est pour dimanche… Bon, rassurez-vous, peut-être pas ce dimanche… ;)

Cela faisait longtemps que j’avais envie de voir François Morel sur scène parce que c’est un comédien à part pour lequel j’ai beaucoup de tendresse, qui porte un univers décalé et un style qui n’appartient qu’à lui, que j’aime beaucoup. Je n’ai donc pas hésité à aller à Wolubilis puisqu’il y passait avec son spectacle « La fin du monde est pour dimanche ».

Dans ce spectacle, François Morel nous invite à vieillir avec lui pendant 1h20 environ… A profiter de la vie, parce qu’on peut faire plein de choses, dans la vie ! Et que même la mort, ce n’est pas si grave. Cela commence avec des images, extraites du film « Pierrot le fou » : Anna Karina répète en boucle « j’sais pas quoi faire ? Qu’est-ce que je peux faire ? »… François Morel surgit pour lui répondre et lui suggérer plein de choses à faire ! Elle reviendra en clin d’œil de temps en temps au cours du spectacle, énervant au passage notre narrateur…

« La fin du monde est pour dimanche » est une succession de saynètes, de petites histoires racontées et interprétées par François Morel (il est parfois narrateur, parfois acteur) : on démarre et on termine par un grand père et son petit-fils, qui se construisent des souvenirs, observant le monde, la nuit. Le grand-père a une vision particulière de la vie, pour lui c’est une semaine. Si son petit-fils est encore à lundi et a l’impression que le temps n’avance pas, à partir de mercredi, tout s’accélère. Mais jusqu’à dimanche, on a le temps, alors profitons ! Et contentons-nous de ce que nous pouvons avoir, (comme le chante Aldebert, « le bonheur c’est d’arriver à désirer ce qu’on a déjà » !) la richesse ne doit pas forcément se traduire en possessions tangibles.

Entre ces 2 moments, on croisera pêle-mêle un petit garçon qui n’aimait pas le cirque, une caissière fan de Sheila, un envoyé spécial survolté commentant une naissance à Bethléem, un type plus tout jeune qui croise le regard d’une femme dans le métro, le bonheur trainé au tribunal, un amoureux qui nous parle de sa passion pour Claire, une huitre (…), un comédien qui joue les utilités et exprime en alexandrins sa passion et sa déception de ne pas être dans la lumière pour de grands rôles, et en final, une chanson et le public qui joue avec notre planète bleue….

Autant d’histoires décalées, absurdes ou carrément surréalistes, pleines d’humour et de poésie, auxquelles François Morel donne vie avec sa malice caractéristique, et cette bonhommie, cette espèce de douceur un peu nostalgique, un peu philosophe. Avec en point commun le temps qui passe et le fait de vivre et de profiter des petits moments de bonheur, qui réchauffent le cœur. Ajoutez à cela des rappels (une chanson, des histoires) en conversation directe avec le public, en complicité un peu improvisée, et vous avez tous les ingrédients d'un très bon spectacle!

On n’est pas face à un one-man show d’humoriste, mais un spectacle drôle, tendre, décalé, à savourer… Les transitions entre chaque histoire sont très travaillées, très bien pensées, il n’y a pas de temps morts mais une certaine lenteur… Un peu comme la ‘slow food’ en réaction au fast food et à la malbouffe, vous voyez ? Oui, voilà, c’est ça ! Le spectacle de François Morel se savoure comme un repas slow food, en prenant son temps, avec de bons ingrédients, naturels et sans chichis inutiles !

La mise en scène de Benjamin Guillard et la scénographie, les effets de lumière et les vidéos de Thierry Vareille, contribuent aussi à faire de ce spectacle un petit bijou visuel ! L’utilisation de la vidéo est hyper maîtrisée et intelligente (et drôle !), les décors qui apparaissent sont superbes et créent des univers très solides, qui nous amènent directement dans chacune des histoires ! Et les éléments qui tombent du ciel, paillettes ou petites bulles, amènent une touche féérique, un peu enfantine et hors du temps.

Bref, j’ai vraiment passé un agréable moment en allant voir « la fin du monde est pour dimanche », une parenthèse agréable, un moment à part, exactement ce que j’attendais, ce que j’espérais de François Morel !

Alors si vous aussi vous aimez l’univers de ce comédien-auteur-chanteur, et que vous avez envie d’entrer dans son mode et de faire un petit voyage et vieillir avec lui le temps d’une soirée, ne le ratez pas ! A Wolubilis c’est trop tard il n’y avait que 2 dates, à Namur aussi c’était ce week end, mais soyez à l’affût d’autres dates en Belgique ! Et pour les Français, il sera à Paris au théâtre du Rond-Point du 28/1 au 28/2/2015.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #humour, #Bruxelles, #France

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Publié le 14 Décembre 2014

La famille du collectionneur

Franchement, j'ai hésité à écrire ce billet et à vous parler de cette pièce, parce que je n'ai vraiment pas aimé. Ce m'arrive rarement, bien sûr il y a des déceptions parfois, ou bien je n'accroche pas au texte, ou à la mise en scène ou au jeu des acteurs... Mais là, je n'ai apprécié aucun de ces 3 éléments! Du coup, un peu par manque de temps aussi, je l'avoue, je comptais passer ce spectacle sous silence. Mais quelques échanges avec d'autres bloggeurs sur twitter m'ont convaincue que j'avais tort : après tout, l'intérêt de blogger ses avis et opinions sur ce qu'on va voir, c'est aussi de pouvoir dire ce qu'on n'a pas aimé, et pourquoi. Sinon les lecteurs vont finir par croire que je suis complaisante en n'écrivant que du positif, ou que j'aime tout sans nuances (bon, je pense que ça, vous avez déjà compris que ce n'était pas le cas, vu qu'il m'arrive d'être mitigée ou déçue et de le dire ! Mais admettons que dans l'intérêt d'une démarche de bloggeuse "théâtre", cela vaut la peine d'écrire pour dire "j'ai vraiment, vraiment pas aimé"!)

Donc, "la famille du collectionneur" est une pièce de Goldoni. Je dois reconnaître que ce n'est pas mon auteur préféré ni le style d'intrigue que j'affectionne le plus, mais les pièces de Goldoni que j'ai vues jusqu'à présent étaient légères, rythmées, avec une touche marquée de commedia dell'arte, bref divertissantes, enjouées et sympathiques.

L'intrigue de "la famille du collectionneur" n'est pas sans rappeler "le bourgeois gentilhomme" de Molière. Anselme, noble crédule, est passionné par les médailles et autres antiquités et voudrait faire la jalousie de toute la ville grâce à la beauté et la rareté de ses collections. Il se pique de s'y connaître en antiquités, mais bien entendu, ce n'est pas le cas, et des marchands malhonnêtes (notamment son serviteur) profitent de sa naïveté pour lui vendre des babioles à prix d'or. L'argent manquant, notre Anselme s'est résolu à marier son fils unique à une jeune roturière, Dorothée, fille d'un riche commerçant, afin de récupérer la dot. Mais la belle-mère (la femme d'Anselme donc, Isabella) n'est pas prête à apprécier sa bru, et la haine est réciproque, attisée par une dame de compagnie langue de vipère et les amis et conseillers de ces dames.

Apparemment, la pièce originale dure 3h, le texte a été adapté ici pour tenir en 1h50... Bon, pour moi, c'est encore trop long... Il ne se passe vraiment pas grand chose, et l'histoire m'a paru trainer et se perdre dans des longueurs inutiles...

Le choix de mise en scène de Daniela Bisconti, pour moi, n'aide pas du tout à faire passer ces longueurs, au contraire, j'ai trouvé qu'elle ajoutait de la lourdeur. OK, elle n'a pas voulu partir vers une mise en scène style 'commedia dell'arte', qui aurait pourtant pu rendre la pièce plus bondissante, plus enlevée... Là, l'intrigue est placée dans les années 50, et mise en scène, comme un bon vieux Molière bien classique, je dirais! Honnêtement, désolée de dire ça, mais j'ai trouvé l'ensemble très vieillot, poussiéreux, j'ai l'impression que c'est une mise en scène hyper classique, comme on montait Molière, Labiche ou Feydeau il y a plusieurs (dizaines) d'années, avec des comédiens qui font leurs apartés face public pour lui expliquer leurs tours (que tout le monde a compris)... Comment dire? Ca m'a semblé une mise en scène très 'premier degré'! Oui, voilà, 'premier degré', sans décalage, sans un grain de folie qui aurait fait prendre la sauce. Ca manque de complicité réelle avec le public, de liberté, d'audace. Les personnages sont excessifs et un peu caricaturaux, c'est vrai, mais ce n'est pas assez mis en avant, comme si l'ensemble devait à la fois être crédible et exagéré.

Du coup, je trouve que le jeu des comédiens s'en ressent, puisqu'ils ne sont pas clairement dans un genre. Je ferai 2 exceptions : John Dobrynine, qui joue le père de la mariée, est impeccable, et Frédéric Lepers, dans le rôle du fils jeune marié, a un vrai talent comique et des mimiques assez irrésistibles. A part eux... bof... Alexandre Von Sivers n'est pas mauvais en Anselme, il apporte tendresse et naïveté à ce personnage dans un style très 'Mr Jourdain', mais j'ai l'habitude de le voir capable de tellement plus de nuances... Cécile Van Snick, qui joue sa femme, c'est pareil, je l'ai connue plus inspirée. Et pour certains autres comédiens, c'est pire, j'ai vraiment eu l'impression qu'ils récitaient sans beaucoup de conviction, en tout cas j'ai trouvé le jeu de certains pénible, désolée...

La seule chose positive que je peux dire de cette pièce, c'est que le décor et la scénographie sont très réussis! Un grand mur blanc, 2 escaliers et des plate-formes en hauteur, une porte centrale, et plein de trappes, portes dérobées et petites caches d'où surgissent des éléments de décor, des accessoires... C'est très ingénieux et cela amène des effets sympa dans la mise en scène.

Voilà, ce n'est pas dans mon habitude d'être à ce point négative sur un spectacle, je le répète, mais c'est mon ressenti. Une vraie déception.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre

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Publié le 7 Décembre 2014

Juke Box

Avez-vous déjà joué, quand vous étiez enfant, à composer une phrase à plusieurs, le premier écrivant le sujet sur un papier, qu’il plie ensuite pour cacher ce qu’il a écrit, le second ajoutant un verbe, etc ? Cette technique des cadavres exquis était chère aux poètes surréalistes, mais on peut imaginer de la décliner et la transformer pour composer une histoire à plusieurs mains. Comme me l’a rappelé l’amie d’enfance avec qui je suis allée voir Juke Box au TTO, notre prof de français de 4èmesecondaire nous avait demandé de nous livrer à ce genre d’exercice, pour la rédaction d’une histoire de quelques pages, sachant que celui qui démarrait devait aussi terminer, et ce n’était pas facile d’intégrer les divagations de nos condisciples !

C’est au même genre d’exercice que Nathalie Uffner a convié 8 auteurs. Sauf qu’il ne s’agissait pas d’écrire une petite histoire, mais bien une pièce de théâtre (avec un début, un milieu, et une fin) : chaque auteur devait écrire 10 minutes de spectacle, continuant le travail des précédents et faisant avancer l’intrigue (pour éviter la suite de sketchs sans fil rouge). C’est Dominique Breda qui démarrait (et supervisait avec Nathalie Uffner, par ailleurs metteur en scène, histoire d’assurer une cohérence générale !). Marie-Paule Kumps avait apparemment accepté le défi de terminer l’intrigue, et entre les 2, Laurence Bibot, Sébastien Ministru, Myriam Leroy, Riton Liebman, Alex Vizorek et Delphine Ysaye se sont succédé dans un ordre déterminé par le hasard. Les personnages étaient déterminés dès le départ, chaque auteur ayant également tiré au sort un comédien et rédigé une fiche décrivant le personnage qu’il interprèterait.

Vous serez d’accord avec moi, sur papier, on se dit que la possibilité que ça parte totalement en sucette est grande, que les différences de style d’écriture pourraient être trop marquées. Eh bien, pas du tout ! Franchement, le résultat est bien plus cohérent que ce à quoi je m’attendais ! Et même si l’histoire est délicieusement surréaliste, elle est construite et avance, entrecoupée de moments de chansons et play-back avec chorégraphies, qui illustrent la personnalité d’un personnage (un peu dans le style du film « Huit femmes » de François Ozon – enfin pour le procédé, pour les chansons c’est plus festif et gai(y) ;-) ).

Le point de départ est simple : une nuit de nouvel an, 7 personnages bien différents et assez (stéréo)typés (on joue avec les clichés, surtout au début, mais cela renforce les personnages et a sans doute aidé à les garder consistants en cours d’écriture) sont coincés dans une rame de métro, qui s’est détachée et est restée bloquée entre Louise et Porte de Namur… Personne ne semble répondre à leurs appels, il y a une odeur atroce dans le métro, et très vite, l’angoisse monte, entre la confrontation de 7 caractères différents et les prédictions terrifiantes formulées par l’une des occupantes du métro…

Je ne vous en dévoilerai pas plus sur l’intrigue pour ménager le suspense, mais disons que les personnages hauts en couleurs permettent des moments très drôles et des chorégraphies extravagantes, que certains rebondissements improbables (et donc inattendus) sont franchement marrants, qu’il y a quelques répliques magnifiques, cinglantes ou décalées, de vraies trouvailles hilarantes, bref, que les éclats de rire sont nombreux. Et j’ai beaucoup aimé la fin, ça fonctionne bien, Marie-Paule Kumps a eu une chouette idée ! Pas révolutionnaire mais originale et très bien amenée ! Sans doute ses années de pratique d’impro l’ont-elles aidée et habituée à trouver des chutes à des histoires où chacun a amené des éléments à réconcilier ?

Si, du côté des personnages, il y a quelques inégalités et que certains me semblent avoir été un peu plus développés que d’autres, un peu plus en profondeur, du côté des comédiens, rien à redire ! Ils sont tous au niveau et se démènent avec énergie pour provoquer les rires, par une intonation, un accent, une mimique…

Bon, si je suis un peu tatillonne, je dirais qu’il y a quelques petites baisses de rythmes à certains moments, mais ce n’était que la 2ème représentation je pense, et puis ce n’est pas ce que j’en retiens, globalement j’ai pris beaucoup de plaisir à voir jouer cette chouette troupe, complémentaire et sympathique ! Mention spéciale à Emmanuelle Matthieu, qui interprète Fortunata, l’inquiétante medium (enfin… vous verrez) qui semble en savoir beaucoup trop sur ses compagnons d’infortune : entre son accent bruxellois et ses mimiques (qui rappelleraient presque la Madame Chapeau de Jean Hayet) elle est géniale et vraiment très drôle. Julie Duroisin excelle aussi dans le rôle d’une comédienne … euh… expérimentale ? et légèrement frustrée… Et je ne sais pas lequel des auteurs a rédigé sa tirade où elle raconte son rêve, mais quel fou rire !! Pour compléter la distribution, il y a Myriem Akheddiou (en fliquette bourrue aux antipodes de la comtesse hyper féminine qu’elle jouait récemment dans ‘le portrait de Dorian Gray), Stéphane Fenocchi (parfaitement angoissé, en chercheur de l’ULB qui perd pied), Aurelio Mergola (en « grande folle » excessive(ment drôle), du genre à son personnage de veuf éploré dans « Ciao Ciao Bambino » si ma mémoire est bonne), Bwanga Pilipili (j’ai moins accroché à son personnage un peu effacé pendant une partie de la pièce, mais elle danse très bien !) et Pierre Poucet (en fêtard flamand qui drague tout ce qui bouge, qu’est-ce qu’il est drôle lui aussi !).

Enfin, j’ai aimé l’idée originale pour faire patienter les spectateurs en attendant le début : une demoiselle chante en s’accompagnant à la guitare, et fait la manche (bah oui on est dans le métro !).

En résumé, « Juke Box » est une très bonne comédie (un peu) musicale, pleine d’énergie, de surprises, originale, avec un procédé d’écriture inédit et qui a certainement amené un plus dans la créativité sans nuire à la cohérence (et rien que pour ça, chapeau !). Un spectacle que je vous recommande pour rire ensemble en cette période de fêtes de fin d’année ! (bon par contre pour les non-Bruxellois, j’admets qu’il y a quelques gags ou allusions qui risquent de vous échapper, mais ce n’est pas grave !)

Infos et réservations (et photos et vidéos) :http://www.ttotheatre.com/programme/jukebox

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles

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Publié le 4 Décembre 2014

La Vénus à la fourrure

Petite confidence en préambule de cette critique : il m’est arrivé plusieurs fois (heureusement !) d’être complètement bluffée, enthousiaste et sous le charme du jeu et de la performance d’un comédien… Mais je dois bien l’avouer, en y réfléchissant, les comédiens auxquels je pense sont tous des hommes… J’ai toujours plus ou moins supposé qu’il devait y avoir une part de charme/magnétisme/attirance là-dedans, me rendant moins sensible peut-être au jeu des comédiennes ? Eh bien non ! Depuis mardi, grâce à Marie Gillain, je peux ajouter une comédienne à la liste des personnes qui m’ont subjuguée sur scène ! Mais avant de vous en parler plus en détail, parlons de la pièce (qui a de nombreux autres atouts !)

D’après les critiques (et notamment ma bloggeuse française de référence que j’ai eu le plaisir de rencontrer 2 fois et dont je vous conseille le blog au passage !), « La Vénus à la fourrure » semblait être LA pièce à ne pas manquer en cette première moitié de saison parisienne. C’est donc avec un plaisir mêlé de curiosité et d’impatience que j’ai profité d’un séjour boulot (de plus d’un jour) à Paris pour aller la voir…

Et là… Gros, gros coup de cœur pour cette pièce ! (Ou coup de foudre. Ou même coupS de foudre ? ;) ). Vraiment, je trouve les bons échos et critiques positives amplement mérités ! Pourtant, l’histoire peut faire peur, quand on la raconte (au vu de la tête de mes collègues parisiens à qui je me suis empressée d’en parler !)…

Un soir d’orage, dans un théâtre un peu délabré… Thomas Novachek, metteur en scène, vient de terminer une infructueuse journée de casting. Il cherche LA comédienne idéale pour incarner Vanda, héroïne d’un roman allemand du 19ème, dont il a écrit l’adaptation théâtrale et qu’il veut à tout prix monter. Ce roman, écrit par un certain Sacher-Masoch, parle de relations de domination et pose les bases du masochisme (Masoch, Masochisme, vous aviez fait le rapprochement ?). Alors qu’il s’apprête à partir, une comédienne déboule dans le théâtre. Elle s’appelle Wanda Jordan, est très en retard mais veut postuler pour le rôle. Malgré son côté, genre, provoc, et genre, pas très futée, et plutôt vulgaire (putain !), elle parvient à convaincre (ou forcer ?) Thomas à tenter une lecture, et puisque le comédien est parti, c’est lui qui lui donnera la réplique. Et comme elle s’avère très douée, ils continuent à jouer ensemble, mélangeant répliques et conversation, fiction et réalité, entrant dans des rôles de dominant/dominé, échangeant ces rôles dans un jeu de plus en plus ambivalent (ambigu !!) et dangereux… D’autant plus dangereux que les cartes ne sont pas toutes sur la table, cette jeune comédienne connaissant un peu trop bien le texte pour avoir choisi ce casting juste pour du boulot…

Même si Marie Gillain porte par moments une tenue très sexy, cette pièce n’est (évidemment !) pas un porno SM ! Sans trop en dévoiler, disons que c’est une réflexion sur les relations et jeux de ‘pouvoir’ et de domination et sur ce qu’ils impliquent, qui domine réellement qui, qui dirige qui, un affrontement psychologique plus que physique (OK il y a quelques claques mais ils ne se fouettent pas sur scène), doublé d’une réflexion sur l’art et ce qui pousse un auteur à écrire, un metteur en scène à choisir tel texte plutôt qu’un autre…

C’est une pièce d’ambiance, portée par le face à face des comédiens et leur talent à passer d’une émotion à l’autre, d’une personnalité à l’autre, instaurant une tension entre les 2 personnages ou provoquant les rires du public, car oui cette pièce est drôle et l’on s’amuse beaucoup ! Marie Gillain, qui interprète donc Vanda, est absolument époustouflante, de justesse, de naturel, de grâce… Elle se métamorphose en un clin d’œil, passant de la comédienne écervelée au personnage de Vanda, sensuelle, maîtresse d’elle-même et très classe. Elle est tour à tour exaspérante, froide, sensuelle, séductrice, en colère, provocante, perverse, machiavélique, puis soudain à nouveau très premier degré pas très maligne… De plus je trouve qu’elle a une présence très forte sur scène, tout en simplicité mais rayonnante ! Je ne vous dévoilerai pas la fin mais son expression finale est juste parfaite… Bref elle m’a épatée, et je vous jure que je ne dis pas ça parce qu’elle est belge ! ;)

Face à elle, Nicolas Briançon est totalement génial aussi ! (oui j’ai l’air d’insister sur Marie Gillain qui m’a bluffée, sans doute aussi parce que le personnage féminin m'a plus 'parlé' que le masculin... C'est un très beau rôle féminin, c'est rare au théâtre des personnages féminin aussi riches! Mais c’est un duo sur scène et Nicolas Briançon est parfaitement à la hauteur ! ) Je l’ai déjà vu quelques fois sur scène et c’est toujours un plaisir de le voir jouer. Lui aussi offre de nombreuses facettes à son personnage et les interprète avec beaucoup de finesse, il est dépassé par les événements, puis reprend la main, est sûr de lui, puis se perd à nouveau… Et il est vraiment très drôle dans certaines scènes. Leur duo fonctionne très bien, sans perte de rythme, c’est une vraie performance de comédiens et un pur plaisir à savourer !

Un mot sur la mise en scène de Jérémie Lippmann : outre une direction d’acteurs visiblement très réussie, la mise en scène exploite parfaitement l’espace théâtral et se joue des codes. Le premier rang est inoccupé car il sert de scène pour tout le début de la pièce, assez logiquement puisqu’il est question d’auditions dans un théâtre. Le décor est minimaliste, un étai qui soutient le plafond au-dessus de la scène, quelques bâches de plastique (suspendues), une vieille chaise… Seul élément un peu coloré, l’ottomane verte sur lequel Vanda s’installe lascivement, élément de décor prévu pour le casting. Mais cet espace brut prend vie, et combiné à de superbes lumières, contribue aux ambiances de la pièce, tout en offrant la place au jeu des comédiens qui est décidément au centre et ne se cache pas derrière un décor chic ou sophistiqué.

J’ai vraiment adoré les jeux de lumières, je dois le dire, ils habillent parfaitement l'espace… et je me demande si c’est mon imagination qui est trop fertile ou bien si les petites lumières qui jaillissent à un moment derrière Marie Gillain lors d’une certaine scène figurent un coquillage… Suis-je la seule à avoir pensé à Botticelli ?

Bref, l’heure et demi que dure ce spectacle passe en un éclair (ou plusieurs éclairs, pour aller avec les coups de foudre que je mentionnais plus haut dans ce billet) et l’ovation prolongée du public aux deux comédiens ce mardi semble confirmer que je ne suis pas la seule à avoir apprécié… Je ne peux donc que vous conseiller de ne pas manquer cette pièce, qui est prolongée et se joue jusque fin février 2015 au théâtre Tristan Bernard à Paris (et espérer une petite tournée passant par Bruxelles la saison prochaine, que je puisse aussi en parler autour de moi en rentrant en Belgique !)

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #France, #Paris, #Coup de coeur

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