Publié le 15 Février 2015

Dernier coup de ciseaux

Le TTO, parmi les spectacles de cette saison, reprend un spectacle américain qui figure au Guiness des records pour sa longévité et qui a un gros succès à Paris depuis de nombreuses années : "Dernier coup de ciseaux".

Attention à bien comprendre le concept ! (je le dis d'emblée, ça n'était pas mon cas, et du coup je suis obligée d'avouer une grosse frustration à l'issue du spectacle). Je vous explique : l'histoire se passe dans un salon de coiffure, tout ce qu'il y a de plus "cliché". Les clients et le personnel vont et viennent, la voisine du dessus, par ailleurs propriétaire de l'immeuble, joue du piano au grand dam du coiffeur... Et soudain, un hurlement de la shampouineuse : un meurtre a été commis! Un capitaine de police et son assistant vont dès lors prendre les choses en main, et le public sera amené à les aider dans leur enquête...

Moi, j'avais donc compris que c'était une pièce interactive, improvisée en grande partie, et dans laquelle nous public devions être très attentifs aux détails, relever les indices, les contradictions dans les déclarations, bref mener véritablement l'enquête et démasquer le, la ou pourquoi pas les coupables! Et la lectrice assidue de Dame Agatha, disciple d'Hercule Poirot que je suis se faisait une joie de voir ce spectacle! Eh bien il faut quand même que je mette un gros bémol et que je vous signale ce que je n'avais lu nulle part : il n'y a pas une vérité à la fin de ce spectacle! Le public, au terme des échanges avec le capitaine, vote à main levée pour son coupable (oubliez les complots, les associations de malfaiteurs, vous ne pourrez en désigner qu'un), et celui qui "l'emporte" sera le coupable que l'inspecteur découvrira dans la dernière scène! C'est en tout cas ce que j'ai compris du message final de l'inspecteur. D'où, je vous le disais, une grande frustration! Franchement, dans ce genre là (intrigue policière déjantée et le public choisit la fin en votant pour le suspect de son choix) j'avais préféré "Requiem pour un crime" vu l'an dernier au café-théâtre du TTO! C'était plus court et plus dynamique, et puis on ne vous faisait pas miroiter une enquête et le plaisir de découvrir si vous aviez deviné juste ou non à la fin!

J'ai aussi un léger doute sur le fait qu'une grande partie de la pièce soit vraiment improvisée... Toute la première partie ne l'est évidemment pas, mais ensuite, quand l'inspecteur intervient, je dirais qu'on est plutôt comme dans un one-man show où un humoriste peut "improviser" en jouant avec le public, en le vannant plus ou moins gentiment et en interagissant avec lui. Avant l'entracte, en effet, et près la découverte du crime, le capitaine va procéder à une reconstitution des faits, et nous devrons l'aider en réagissant dès que quelque chose n'est pas conforme à nos souvenirs. C'est très marrant comme moment et on s'amuse à crier et agiter la main régulièrement puisque bien sûr, il y a plein de moments où ces vilains petits protagonistes vont mentir et tenter de passer sous silence leurs déplacements ou actions... Et forcément, nos interventions rétabliront la vérité, et on peut considérer que là, les comédiens improviseront un peu pour justifier pourquoi ils ont oublié d'évoquer tel élément... Mais bon, comme la version initiale ne change pas d'un soir à l'autre, je pense que globalement ça doit être à peu près la même chose qui revient tous les soirs.

Ensuite, pendant l'entracte, les suspects sont consignés sur scène et le capitaine rejoint les spectateurs au bar pour récolter des questions et surtout des indices qui lui auraient échappés. Bizarrement, ensuite, lorsque la pièce reprend, le capitaine ne résume pas lui-même ce qu'il a appris pendant l'entracte mais propose au public de poser lui-même ses questions. Là encore, j'ai eu l'impression que c'était très "cadré"! Il y a une liste limitée de choses que l'on peut avoir observées, de questions légitimes à se poser, pour lesquelles les personnages ont probablement déjà les justifications. Et lorsque certains posent des questions qui n'ont finalement rien à voir, ou un peu plus farfelues, ou sortant un peu trop de l'histoire, le capitaine botte en touche et ça s'arrête là, on passe à une autre question... Evidemment je comprends bien qu'il faut faire avancer l'enquête et qu'ils n'ont pas le temps de s'attarder sur des questions décalées, mais bon, on m'annonce de l'impro, je m'attendais à pouvoir diverger du sujet un peu quand même... Cela m'a donc déjà un peu déçue... Et bien sûr, après avoir passé en revue les questions et fait surgir les éléments préparés en coulisse, bah on passe au vote, et à la scène finale qui verra notre suspect(e) se dénoncer face aux preuves flagrantes finalement découvertes!

Au-delà de cette petite déception et de, je le répète, une grosse frustration, je dois par contre vous dire qu'on rit beaucoup pendant la pièce! Les personnages sont ultra typés et clichés, mais franchement, globalement, ça passe! Il y a des vannes cruelles et de l'humour noir, de plus graveleux aussi bien sûr, mais c'est très drôle! Mention spéciale à Jean-François Breuer, coiffeur über gay (et pas cliché mais vintage!) absolument hilarant (toutes ses interventions sont réussies, chapeau!) et à Catherine Decrolier, l'assistante sexy et sans cervelle du coiffeur, elle aussi parfaite sans que ça soit too much, et qui provoque de nombreux fous rires aussi! Pierre Lafleur se débrouille bien en capitaine de police qui joue avec le public, mais je l'aurais préféré un peu moins sérieux. Thomas Demarez en flic assistant un peu effacé et Frédéric Nyssen, l'un des clients du salon de coiffure et producteur de séries montois, s'en sortent correctement... Par contre, obligée de dire que Nathalie Uffner ne m'a pas du tout convaincue en bourge riche, snob et m'as-tu-vu à tendance bobo...

L'adaptation du texte à la sauce belge par Sébastien Azzopardi et Sacha Danino est réussie, le décor flash de Thibaut De Coster et Charly Kleinermann aussi, et je suis contente de ne pas être la seule à avoir repéré les sabres laser sur le mur du fond! ;)

En bref, "dernier coup de ciseaux" est une expérience sympa, une pièce drôle, mais ne pensez pas pouvoir y jouer au fin limier jusqu'au bout... Un peu dommage selon moi!

Au TTO jusqu'au 28 février, infos ici.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles, #humour

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Publié le 11 Février 2015

Macbeth, ou la comédie des sorcières

Les fidèles lecteurs de ce blog le savent, je suis « un peu » fan de Shakespeare ;) Même si j’ai parfois du mal avec la VF et que je n’avais pas été très convaincue par la version de Macbeth mise en scène par Anne-Laure Liégeois vue il y a un an, le titre de cette adaptation a attisé ma curiosité. La comédie des sorcières ! Déjà, associer comédie à Macbeth n’est pas forcément évident et ce n’est pas la tragédie de Shakespeare dans laquelle l’humour est le plus présent, quand même… Et puis comme les sorcières m’avaient manqué dans la version d’ Anne-Laure Liégeois je voulais me rattraper !

Eh bien pas de regret, j’ai beaucoup aimé cette version de « la pièce écossaise ». Même si j’ai un petit bémol (j’y reviendrai), je trouve la mise en scène extrêmement cohérente et l’angle d’attaque original et pertinent. C’est en tout cas une relecture intéressante de la pièce, qui diverge un peu de mon interprétation « habituelle » de l’histoire mais qui a le mérite de tenir la route de bout en bout et d’ouvrir des perspectives.

Est-il besoin de rappeler l’histoire de Macbeth ? En quelques mots, Macbeth, qui s’est illustré dans une guerre en défendant l’Ecosse, a rencontré des sorcières qui lui ont prédit une montée en grade, et ensuite, un destin de roi ! Lorsque le roi Duncan lui accorde le titre correspondant à la première prédiction, il s’emballe, et se met à rêver (et sa femme, plus encore) à devenir souverain d’Ecosse… C’est si simple, il suffit de tuer le roi à qui il offre l’hospitalité pour la nuit, et de faire accuser les gardes, ou le fils du roi, pour se débarrasser de l’héritier du même coup! Mais cet acte sanglant en entrainera d’autres, Macbeth devenu roi étant inquiet de perdre son titre, et sombrant petit à petit dans la folie et la perte de contrôle…

Bien sûr, les sorcières qui apparaissent à Macbeth sont l’élément déclencheur de l’histoire, puisqu’elles le poussent au crime…. Et en le réconfortant plus tard par d’ambigües prédictions, elles le maintiennent dans la voie du meurtre car il se croit hors d’atteinte de toutes représailles. Mais pour moi, ensuite, ça a toujours été Lady Macbeth, le ‘vrai’ moteur de l’assassinat du roi, c’est elle qui par sa séduction et son chantage, va convaincre son mari de commettre l’irréparable, par ambition. Je l’ai toujours vue comme la manipulatrice machiavélique, bien plus elle que les sorcières (même si ces dernières font naitre le ver dans le fruit).

Ici, l’adaptation de Pierre Foviau (qui réalise aussi la mise en scène et la scénographie, assisté de Béatrice Doyen) prend le parti de tout mettre sur le dos des sorcières, faisant de Lady Macbeth un personnage plus inquiet, et que la folie semble déjà guetter dès le premier acte. C’est le bémol dont je parlais plus haut : même si je comprends la raison de ce choix, je n’ai pas accroché au jeu de la comédienne interprétant Lady Macbeth avant la dernière partie, et je ne suis pas convaincue par ce côté moins affirmé et plus dérangé du personnage…

Pour le reste, ça fonctionne très bien ! Deux comédiens (un homme et une femme) incarnent principalement les sorcières, et aussi d’autres rôles moins principaux dans la pièce…. Et là où c’est vraiment intelligent, c’est qu’en fait on peut se dire que tous les moments où ils interviennent, ce sont des « serviteurs du mal » qui parlent et qui ajoutent de la noirceur à l’intrigue (par exemple, le portier « du diable » au château de Macbeth après le meurtre du roi, ou l’assassin engagé pour tuer Banquo…). Du coup, on a l’impression d’une présence quasi permanente de ces sorcières, qui murmurent ou crient et distillent leur venin, petit à petit. L’idée de rajouter une scène à la fin, en écho au début, est absolument géniale aussi ! Ce goût du pouvoir peut-il être attisé en chaque personne ? Ajoutez à cela un décor qui évoque franchement la porte des enfers, une musique live à la guitare électrique pour soutenir l’ambiance et même un chant et une chorégraphie des sorcières (rejointes par d’autres « sœurs fatales » encapuchonnées), et vous n’aurez encore qu’une idée partielle de toutes les trouvailles de mise en scène qui contribuent à rendre l’ensemble diaboliquement cohérent, rock ‘n roll, sombre, inquiétant, un peu sanglant, dynamique et pas du tout ennuyeux ou long !

Mais ne vous y trompez pas, dans le programme, le metteur en scène met en exergue cette phrase de Jung : "Tant que les forces sombres de l'inconscient ne sont pas assumées dans la clarté de la connaissance, des sentiments et de l'action, la sorcière continue de vivre en nous"… Alors, sorcières, Lady Macbeth ou entourage, pression sociale… Finalement, le murmure insidieux du « mal » est en Macbeth, en chacun de nous… Et basculer dans l’ambition démesurée et cette soif sanglante de pouvoir entraine toujours de funestes conséquences.

Au niveau des comédiens, je soulignerai particulièrement le jeu de Nicolas Postillon qui offre un Macbeth saisissant de doute, d’espoir, d’ambition, de folie, de brutalité et de charme, et des « sorcières » : Patricia Pekmezian, inquiétante, pleine de noirceur et de charisme (et qui joue beaucoup en anglais, car oui certaines répliques sont jouées en VO, et souvent traduites par un autre comédien. Je n’ai pas trop compris ce qui a guidé le choix de prendre telle réplique en anglais plutôt que telle autre, mais j’ai aimé l’effet, forcément !) et Bruno Buffoli, facétieux, et qui n’hésite pas à s’adresser directement au public, et amène des effets comiques qui font respirer dans cette ambiance tendue.

Bref, même si j’ai eu un peu de mal avec Lady Macbeth, j’ai trouvé ce spectacle et cette vision de Macbeth absolument enthousiasmants !

Apparemment la création du spectacle remonte à 2012, donc j’ignore s’il se jouera encore après son passage d’une semaine en Belgique à l’Atelier 210. Mais si vous avez l’occasion, je vous le recommande !

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Shakespeare, #Coup de coeur

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Publié le 2 Février 2015

Le dîner d'adieu

Bon j'avoue, j'avais lu des critiques franchement mitigées. Mais j'avais tellement aimé "le prénom"... Et j'aime beaucoup Guillaume de Tonquédec, aussi. Alors je suis quand même allée voir "Le dîner d'adieu" à Paris. Mais je partage malheureusement la déception de beaucoup (d'après ce que j'ai lu sur le net)! Franchement, les auteurs, Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte, ne se sont pas beaucoup foulés!

Pourtant l'idée de départ de l'histoire est plutôt originale et prometteuse, sur papier : on n'a pas beaucoup de temps libre, et de soirées à consacrer à ses amis, alors pourquoi continuer à en voir certains qu'on ne supporte plus, ou en tout cas avec qui on s'ennuie? Plutôt que de laisser l'amitié s'étioler, et de gaspiller du temps de soirée disponible, autant couper net ces branches mortes, en organisant un "dîner d'adieu", une dernière soirée où on fera tout pour faire plaisir à l'ami ou aux amis en question (musique qu'il(s) aime(nt), plats préférés, on ressort les cadeaux, etc...). Et ensuite, fini, on leur dit adieu! Evidemment la beauté du concept c'est que l'ami ne sait pas qu'il s'agit d'un dîner d'adieu, donc cela doit permettre de passer une (dernière) bonne soirée ensemble. Dans la pièce, c'est un couple, Pierre et Clotilde, qui va mettre cette idée en pratique, mais en choisissant comme première victime Antoine (venu sans sa femme Béa, qui "a théâtre"), les choses vont s'avérer plus compliquées que prévu, et le dîner va tourner à la thérapie de "couple amical" (si je puis dire), avec inversion des rôles pour se comprendre et tout le tra la la!

Cynique et cruel à souhait, ce concept promettait donc de belles vacheries et de grands règlements de compte, ainsi que de jolis quiproquos. Malheureusement, cela retombe très vite et l'intrigue s'essouffle! La pièce dure 2 heures, et même si cela ne m'a pas semblé une éternité, n'exagérons pas, il y a clairement des passages qui trainent en longueur et le texte aurait mérité quelques coupes! De plus, s'il y a quelques réparties bien senties et inattendues, on est loin du niveau de texte du prénom! Ca manque de rythme, c'est finalement trop gentil, et surtout, il y a trop de monologues: les personnages s'écoutent parler plus qu'ils ne communiquent, alors au bout d'un moment, c'est long! Idem pour l'intrigue, je pensais que le dîner d'adieu serait un prétexte pour tout faire voler en éclats, qu'on aurait des révélations et des surprises... Mais non, l'intrigue est franchement creuse, pas beaucoup de rebondissements, et la fin, relativement prévisible, ne boucle pas vraiment l'intrigue. Bref, grosse déception au niveau du texte!

Vous me direz (en tout cas moi, c'est ce que je croyais!), que du coup l'humour est plus visuel, que les situations sont comiques par elles-mêmes plutôt que le texte, et que donc, le comique de la pièce repose sur le jeu des comédiens... Mouais... Le sur-jeu des comédiens, alors! Là aussi, je suis mitigée. Je ne les ai pas trouvés mauvais, non, mais en sur jeu quasi constant. Guillaume de Tonquédec, dans le rôle de l'ami largué, dépressif et égocentrique, en fait des tonnes tout le temps! J'imagine que c'est un choix du metteur en scène (Bernard Murat), pour rendre le personnage plutôt agaçant et qu'on comprenne le choix de ses amis de lui dire adieu, pour légitimer la cruauté du concept de dîner d'adieu? Je sais pas, mais je suis déçue, de Tonquédec vaut mieux que ça.... Et puis il est vraiment trop tout le temps dans les aigus, quoi! Par moments c'est drôle, par moments c'est insupportable. En face, Eric Elmosnino s'en sort un peu mieux (son personnage est un peu moins caricatural), mais là aussi, le côté "je ne m'en sors pas dans mes justifications, j'hésite, je bafouille, au fond je suis gentil donc j'ose pas dire du mal même si je le pense" est parfois lassant. Finalement, la bonne surprise vient de Lysiane Meis! Elle reprend tout juste le rôle pour les prolongations de la pièce, remplaçant Audrey Fleurot (que j'aurais aimé voir parce que je suis toujours curieuse de voir des acteurs de Kaamelott sur scène, mais que je n'imagine pas du tout dans le rôle de Clotilde!). Lysiane Meis est très bien, rendant le personnage de Clotilde franchement drôle, avec un jeu plus naturel que les 2 autres, moins dans la surenchère, grâce à une belle présence et des mimiques et un pouvoir comique certains! Et vu comment le personnage n'est pas non plus hyper bien écrit, j'ai envie de dire, chapeau!

Bien sûr, tout n'est pas mauvais dans cette pièce! Il y a des répliques qui font mouche (mais trop peu!), des scènes réussies et des moments où on se marre de bon coeur (un jeu de 'marabout' entre les garçons, leur échange de "rôle" - à nouveau on mise sur le visuel et leurs grimaces mais là j'ai trouvé que ça passait bien! - et tout le début de l'inversion des rôles justement, certains échanges entre le mari et la femme avant que l'invité arrive, le moment où on se demande si/quand Antoine va se rendre compte de ce qui se trame...). Mais par rapport au prénom, ça reste très en-dessous, comme si les auteurs avaient voulu réutiliser les mêmes recettes sans y parvenir, ou s'étaient reposé sur leurs lauriers. Bref, ça reste un divertissement honnête et l'occasion de rire un peu, mais ça ne vaut pas le prix des places (55 euros en 1ère catégorie) à mon humble avis!!

Prolongations au moins jusque fin mars au théâtre Edouard VII, infos et réservation sur leur site.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #France, #Paris

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