Publié le 31 Mai 2015

Constellations

En lisant le résumé de cette pièce, c'est évidemment le côté wibbly-wobbly timey-wimey de l'intrigue qui m'avait attirée....
OK, je reprends pour ceux qui ne parlent pas le "Doctor Who" couramment... ;)
Constellations est une pièce d'un auteur britannique, Nick Payne, à l'intrigue assez inhabituelle puisqu'elle se base sur la physique quantique et la (les) théorie(s) des cordes, ou plus précisément la théorie du "multiverse" (en anglais, je ne sais pas quelle est la traduction française officielle). Cette théorie suppose qu'il existe un nombre infini d'univers contenant tous les possibles. En gros, à chaque fois que l'on prend une décision (ou pas), un autre univers naît dans lequel nous aurions pris une autre décision (vous voyez, un peu comme une structure d'arbre avec tous les futurs possibles et toutes les ramifications possibles, et là-dedans le chemin que nous prenons réellement et qui serait "notre" Univers, celui que nous connaissons).

Un pièce de théâtre exploitant cette théorie, avouez que ce n'est pas banal. L'idée de départ de la pièce c'est la rencontre d'un homme et d'une femme, et la naissance (ou pas, finalement) d'une histoire d'amour. Au début, et puis à différentes étapes de leur relation (puisque forcément, la 'branche' que l'auteur a choisi d'explorer est celle où ils démarrent une histoire, sinon la pièce durerait 10 minutes), nous voyons donc plusieurs fois la même scène, mais avec un choix différent, une réplique différente de l'un des personnages, et donc, une évolution différente. Pour la lisibilité de l'ensemble, il n'y a qu'une de ces versions qui sera "gardée" pour continuer l'histoire (je veux dire que si par exemple au début on a 10 versions de leur première rencontre on ne verra pas ce qui se serait passé ensuite sur base de chacune des 10 versions, mais uniquement après l'une de ces versions, et c'est comme ça à chaque étape).
Pourtant, puisque le temps est relatif et que ces univers parallèles coexistent, la progression de l'intrigue n'est pas linéaire au niveau du temps, on retrouve entre les "scènes démultipliées" des "flash-forward" vers la fin de l'histoire (une seule version de cette fin, un scène-clé dont on découvre des bribes au fil de l'histoire et qu'on retrouve en entier et dans le bon sens à la fin). Bref, vraiment, je reviens à ma citation de Doctor Who, cette pièce illustre que "from a non linear, non subjective viewpoint, time is a big ball of wibbly-wobbly, timey-wimey stuff".

La mise en scène de Pietro Pizzuti, dépouillée et sans décor, permet heureusement de ne pas se perdre dans cette étrange progression de l'histoire, grâce à des repères sonores et d'habiles (et beaux) jeux de lumières.

Néanmoins, j'avoue avoir été déçue par ce texte. Pas à cause du côté décousu, mais parce qu'en plus de ce jeu expérimental sur les 1001 versions d'une histoire d'amour, il y a un autre sujet en filigrane, également lié au temps qui passe, qui nous échappe, mais qui nous appartient, et les souvenirs et les moments vécus qu'on ne peut effacer. Et étrangement, j'ai trouvé que ces 2 "enjeux" de la pièce se déforcent mutuellement au lieu de se renforcer. Il y a un côté ludique à jouer avec les versions d'une même scène, et un côté très sérieux, tragique, à l'autre histoire. Mais l'un est atténué par l'autre. J'aurais préféré que, soit la pièce joue avec la progression de l'histoire et s'amuse à explorer les univers parallèles sans plus d'ambition que d'illustrer cette théorie, soit qu'elle évoque différentes théories sur le passage du temps et la manière dont on peut le perdre sans jouer plein de versions de l'histoire. Là j'ai l'impression que tout se brouille, et au final, je me suis demandée de quoi le spectacle parlait vraiment, ce qu'il voulait nous dire. Je n'arrive pas à en sortir un élément plus qu'un autre, et je trouve cela dommage. L'élément que j'ai le plus apprécié du texte, par contre, c'est que c'est la femme, la physicienne théoricienne dans l'histoire. C'est assez rare alors... ça fait toujours plaisir! ;)

Heureusement, si je ne suis finalement pas vraiment rentrée dans le propos de la pièce, j'ai adoré le jeu des comédiens! Bernard Cogniaux est impeccable, et alors, Marie-Paul Kumps... bluffante! J'ai déjà parfois déploré qu'on la cantonne à certains rôles types de nana gentille et un peu à l'ouest, alors qu'elle est capable de jouer d'autres choses, et bien là pour le coup elle le prouve avec brio! Sa performance est totalement juste, crédible, drôle mais aussi très très touchante... Bref, elle nous montre qu'elle peut exceller dans plusieurs genres y compris dans des personnages sérieux et fragiles. Evidemment, son duo avec Bernard Cogniaux fonctionne très bien, et on sent toute la complicité et la tendresse qu'il y a entre ce couple (en vrai aussi) de comédiens.

Bref... Je suis assez mitigée, mais je dirais que la pièce vaut le coup d'oeil pour les performances des comédiens (et pour ne plus jamais oublier qu'il y a 3 catégories d'abeilles: les ouvrières, les faux-bourdons, et la reine...). Constellations se joue jusqu'au 27 juin au Public. Infos et réservations sur leur site!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles

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Publié le 31 Mai 2015

Djihad

Ce samedi soir, je suis allée faire le Djihad! Au théâtre des Martyrs en plus, imaginez! (d'ailleurs en cherchant une affiche pour illustrer cet article j'ai bien pensé à ajouter "théâtre" dans ma recherche google, parce que chercher "Djihad Martyrs", c'était risqué! ;) ).

Je vous rassure, il s'agit évidemment de théâtre, "Djihad" étant la dernière création d'Ismaël Saidi. Pour la petite histoire, j'ai découvert et rencontré Ismaël Saidi l'an dernier à Avignon. Oui, pourtant, je sais, il est belge, donc qu'une belge rencontre des comédiens belges pour la première fois à Avignon ça peut sembler étrange mais c'est aussi ça la magie d'Avignon! J'avais adoré sa pièce "Ceci n'est plus un couple" à l'humour ravageur et pleine d'auto-dérision. Depuis, il est dans mes contacts Facebook, ce qui m'a permis de voir qu'en plus d'être drôle c'est un type plein d'intelligence, de bon sens, de sensibilité et de tolérance et d'ouverture d'esprit, qui n'a pas sa langue dans sa poche et n'hésite pas à écrire ce qu'il pense et à débattre et s'expliquer ensuite en commentaires avec d'éventuels détracteurs. Et à agir concrètement pour faire avancer ses idées. Bref un être humain comme on aimerait qu'il y en ait plus sur cette planète (et j'insiste sur "être humain" parce que j'en entends déjà qui pensent "un musulman comme on en voudrait plus", mais la connerie et l'étroitesse d'esprit ne sont pas limités à une religion!). [ceci n'est pas une déclaration d'amour, ceci est un constat! ;) ]

Tout ça pour vous dire que cela fait 6 mois que je cherchais désespérément une date dans mon agenda pour aller voir "Djihad", mais je n'étais pas libre en janvier/février, et ensuite la pièce était en tournée "scolaire", car la Communauté Française a eu l'intelligence de les aider à mettre en place une tournée permettant de présenter ce spectacle, accompagné d'un débat, dans les écoles. Heureusement, une tournée "tout public" a repris ensuite et j'ai pu voir la dernière à Bruxelles ce samedi. Enfin, la dernière de la saison, j'espère qu'ils reprendront ce spectacle brillant et indispensable la saison prochaine!

Djihad, c'est l'histoire de Ben, Reda et Ismaël, 3 musulmans de Belgique qui décident de partir en Syrie aider leurs frères de là-bas et combattre "l'ennemi", le "mécréant". Ils ne sont pas très doués, pas vraiment préparés, pas très malins (enfin, surtout un!), mais ils y croient. Nous suivons leurs préparatifs en Belgique, le passage à la douane et l'attente à l'aéroport, l'étape à Istanbul puis la progression en Syrie... Petit à petit, chacun se confie aux autres, raconte son passé, et nous apprenons leur histoire, comment leur parcours les a menés sur la route du djihad. Ils sont différents, mais au fond le schéma est le même: une passion déçue ou éteinte par l'extérieur, de (supposés) interdits, une déception, la fréquentation plus assidue d'une mosquée pour oublier, compenser ou se "racheter", et là "on" est venu les chercher, leur proposer de mener le djihad en Syrie, alors ils sont partis.
(Ah oui, vu la passion d'un des 3 personnages, je trouve intéressant de souligner que le texte a été écrit avant janvier 2015 et le massacre à Charlie Hebdo!)

Le ton est celui de la comédie, au début surtout, les premières scènes sont vraiment très drôles, notamment grâce au personnage de Reda. Pour les fans de Kaamelott, c'est un personnage "à la Perceval", vous voyez.... Il n'a pas inventé l'eau chaude, il prend tout au premier degré, mettant à rude épreuve les nerfs de ses coéquipiers, il accumule les gaffes, mais il est d'une touchante naïveté, d'une désarmante franchise, d'une grande fidélité, et finalement pas si idiot qu'on le pense, bref on ne peut que l'aimer et s'attacher au personnage!

La pièce est donc une comédie dramatique, on commence par rire beaucoup, puis cela devient de plus en plus sérieux, à mesure qu'on arrive en Syrie, que les personnages prennent conscience de la réalité du terrain, de cette guerre absurde où on ne voit pas l'ennemi, qu'ils réalisent qu'ils ne sont pas partis en colonie de vacances... Il reste heureusement des moments de respiration comiques mais la tension monte au fil de l'avancée des djihadistes en herbe et à mesure que les rafales de tirs se rapprochent... Je ne vous raconterai pas la suite, mais la scène finale est d'une énorme intensité, extrêmement émouvante, et j'ai discrètement essuyé quelques larmes... et si une partie de la salle s'est levée pour applaudir les comédiens, j'avoue être restée assise, submergée par l'émotion et presque tremblante. Le spectacle était suivi d'une séance de questions-réponses, malheureusement je n'ai pas pu y assister je devais rentrer, mais je suis sûre que cela a été très riche et utile pour débriefer et échanger.

Fadila Laanan a déclaré cette pièce "d'utilité publique" et je ne peux que lui donner raison. Je trouve ça génial qu'elle ait été jouée pour les écoles (plus de 25000 élèves ont vu la pièce pour le moment), ce n'est que par la culture et la réflexion qu'on peut faire changer les choses! Car le texte d'Ismaël Saidi a ceci de brillant qu'il n'est pas moralisateur. A aucun moment il ne dit au spectateur ce qu'il doit penser, ce qui est bien ou mal, il se contente de poser des questions, de jeter des bases de réflexion, de proposer, d'ouvrir le débat. Pas de happy end où les djihadistes se diraient miraculeusement que ce qu'ils ont fait c'est "mal" et qu'il faut aimer tout le monde. Juste, un texte et une mise en scène suffisamment subtils pour amener les gens à réfléchir. Toute la construction de la pièce pousse à cela, l'ordre dans lequel les choses se passent amène forcément à réfléchir et réaliser les choses par soi-même (je n'en dirai pas plus... mais certaines réactions dans le public à un certain moment le prouvent, vient un moment où plus personne ne peut rester indifférent). Evidemment la mise en scène et ... comment dire... le choix des costumes dans la dernière scène n'est pas innocent, mais rien n'est imposé, ce qui est toujours important pour des ados, et pour les écoles le spectacle était immédiatement suivi d'un débat, donc vraiment l'occasion d'exprimer les réflexions et de les laisser faire leur chemin dans la tête des gens.

Ce qui est important aussi dans le texte c'est qu'il ne pointe pas un "coupable" mais ose évoquer les failles des 2 côtés, à la fois dans le système belge (mais ça marche pour d'autres pays) qui laisse des quartiers-ghettos se marginaliser et continue à regarder de travers les musulmans en les considérant de base comme "suspects", et dans la communauté musulmane qui peut se replier sur elle-même et laisser la parole à des imams radicaux qui embobinent les jeunes (et les moins jeunes) par une lecture biaisée du Coran et des interdits farfelus.

Je vous ai parlé du texte et de la mise en scène (également signée Ismaël Saidi), parlons brièvement des comédiens. Hier soir il y avait Reda Chebchoubi, Ismaël Saidi, James Deano (qui reprend le rôle de Ben créé au départ par Ben Hamidou) et Shark Carrera (dans un petit rôle néanmoins très important, car il agit comme un déclic pour au moins 2 des autres personnages...). Tous se donnent à fond! J'avoue avoir eu un coup de coeur pour Reda Chebchoubi qui rend son personnage vraiment attachant et joue avec tout son coeur, et l'émotion d'Ismaël Saidi à la fin m'a beaucoup touchée.

En résumé, au-delà de l'aspect purement théâtral, vous aurez compris que je ne peux qu'encourager tout le monde à voir cette pièce qui ouvre les yeux et rappelle que si on veut recevoir il faut aussi donner, que si chacun se regarde en attendant que l'autre fasse un pas, on ne risque pas de bouger beaucoup. Bref, merci et bravo à l'équipe qui a osé monter ce spectacle, merci à ceux qui ont compris qu'il fallait le diffuser, et cela fait plaisir de voir autant de gens différents dans le public. Comme le hashtagge (du verbe hashtagger) Ismaël Saidi, "le djihad c'est vivre ensemble ici", alors longue vie à ce djihad là! (et j'essaierai de mettre cet article à jour si je repère de nouvelles dates la saison prochaine, sinon vous pouvez toujours aimer leur page facebook pour vous tenir au courant).

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur

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Publié le 11 Mai 2015

Bossemans et Coppenolle

"Bossemans et Coppenolle", pièce écrite en 1938 par Paul Van Stalle et Joris d'Hanswyck, est un des grands classiques du théâtre bruxellois, avec "le mariage de Mlle Beulemans". Pourtant, je me suis aperçue qu'en fait, bien qu'ayant vu la pièce à la télé, je ne l'avais jamais vue sur scène! Le théâtre des Galeries l'ayant mise à l'affiche en cette fin de saison, je me devais donc de combler ce manque et d'aller la voir. Surtout avec Daniel Hanssens dans l'un des rôles-titres!

Deux raisons supplémentaires aiguisaient ma curiosité.
D'une part, dans sa brochure de présentation de la saison, les Galeries nous disaient qu'il y a du Shakespeare dans Bossemans et Coppenolle! Après m'être triturée les méninges et avoir rappelé mes souvenirs de la pièce, je cherchais vainement des éléments du style du Bard of Avon présents dans Bossemans et Coppenolle... Non, vraiment, je ne voyais pas de moment où cette comédie vaudevillesque risquait de basculer dans le tragique... Bon, évidemment, plus tard, j'ai compris ce qu'il fallait comprendre : Bossemans et Coppenolle, c'est "un peu" Roméo et Juliette version "foetbalo-bruxelloise"! Mouais... Je ne suis pas tout à fait convaincue, sauf à considérer que toute histoire dans laquelle des jeunes gens amoureux ne peuvent être ensemble parce que les parents refusent est une référence à Roméo et Juliette? Quand je vous dis que Shakespeare est partout! ;)
D'autre part... j'avais repéré un certain Vincent Doms dans la distribution, et je suis sûre qu'il ne m'en voudra pas si je dis qu'il n'a pas forcément le gabarit d'un gardien de but de football? Bref, j'étais curieuse de le voir dans cette pièce.

Mais avant de vous dire ce que j'ai pensé de cette version, laissez-moi vous rafraichir la mémoire sur l'histoire! Bossemans, honnête commerçant, veuf, père de Joseph, et Coppenolle, commerçant aussi, marié à Léontine (véritable tyran domestique, quoi que prétende son mari), père de Georgette, sont amis de longue date. Ils s'apprêtent à célébrer les fiançailles de leurs enfants, et tout va pour le mieux.... Jusqu'à ce que Mme Violette, locataire du couple Coppenolle, dame chic et entretenue, se sépare de son concubin et fasse tourner la tête de ce brave Bossemans! Car Madame Violette est une fervente supporter (comment ça se dit au féminin?) de l'Union St Gilloise et ferait tout pour son club, y compris embrigader Bossemans comme membre donateur, et son fils Joseph comme gardien de but du club... Oui, mais... Léontine, elle, ne jure que par le Daring de Molenbeek, et refuse de donner sa fille à un membre du club ennemi! Ces hommes, menés par le bout du nez par leurs dames, sacrifieront-ils le bonheur de leurs enfants? De quiproquos en stratagèmes, de brouille en réconciliation, l'amour et l'amitié finiront-ils par triompher sur l'amour du "foetbal" ?

Pour la version qu'il met en scène aux Galeries, David Michels a coupé dans le texte, ramenant la pièce à un peu plus de 2h. Il lui a ainsi donné plus de rythme (sans perdre les répliques cultes) ce qui "dépoussière" un peu la pièce (qui doit continuer à se passer dans le Bruxelles des années 30, avec décors et costumes d'époque, puisque les querelles Union - Daring ne sont plus vraiment d'actualité, et que le texte est vraiment ancré dans une époque). Le but du metteur en scène est vraiment de nous faire passer une soirée de rire et de divertissement sans prise de tête, et il y réussit plutôt bien! L'humour et la vivacité des répliques sont mis en valeur, tout est fait pour en rajouter dans le comique, mimiques, intonations, burlesque, ... Ca n'est pas toujours très fin, clairement, mais ça ne prétend pas l'être et on se marre franchement de bon coeur, c'est donc le principal!

Et si l'on rit autant, c'est en grande partie grâce au talent des 2 rôles principaux qui portent la pièce sur leurs épaules! Chapeau bas, bravo messieurs! Daniel Hanssens, d'abord, est éblouissant! Il reprend le rôle qu'il avait déjà tenu il y a 20 ans, il était alors un peu jeune pour le personnage alors, mais se débrouillait déjà bien (c'était cette version que j'avais vue à la télé). Depuis, il a pris de la maturité, de l'ampleur (sans sous-entendu, je parle de son jeu!), il est désormais parfait! Il est Bossemans, tout simplement, il ne joue pas, il est le personnage. Plein d'une touchante naïveté et d'une grande bonhommie, et foncièrement honnête, fidèle, mais fuyant le conflit. Toutes les répliques sonnent naturellement, son accent bruxellois n'est ni forcé ni surjoué, on a l'impression qu'il parle tout le temps comme ça! Je ne dirais pas que je suis surprise, je connais son talent, mais ça n'enlève rien à son mérite. La vraie surprise par contre, je l'ai eue avec Pierre Pigeolet! Difficile de reprendre le rôle de Coppenolle, après d'illustres prédécesseurs, et je ne l'imaginais pas forcément dans ce personnage. J'avais tort, il est également au top, à la hauteur d'Hanssens, il a autant de charisme que son partenaire, leur duo fonctionne très bien (j'ai en tête depuis vendredi "nous faisions sentinelle, pour vous mademoiselle"... c'est malin!) , ses mimiques sont justes, son accent peut-être un peu moins impeccable tout le temps, mais bon, ne tergiversons pas, sa prestation est très réussie!

Le reste de la distribution est également à la hauteur! J'ai envie de souligner la prestation de Catherine Claeys dans le rôle de Léontine Coppenolle, parfaite mégère d'une superbe mauvaise foi, elle est vraiment très drôle! Et Marc De Roy s'en tire honorablement dans le rôle de Madame Chapeau, malgré l'ombre de Jean Hayet qui planera toujours sur ce rôle (même si je ne l'ai vu tenir ce rôle que dans la revue des Galeries, il reste ma référence, et forcément, difficile de l'égaler... Mais si l'on fait abstraction des souvenirs, vraiment, Marc De Roy est très très bon!). Quant à Vincent Doms, puisque je l'évoquais au début je me dois d'en dire un petit mot (même si le rôle de Joseph n'est pas l'un des plus importants de la pièce, qui tourne plus autour des pères que des enfants!)... C'est vrai qu'il est jeune et qu'il a l'air sympa (... ;-) ), mais il est surtout bien drôle aussi, avec son air un peu raide de fils obéissant (on est au début du siècle dernier, n'oubliez pas) au début, ou tout penaud quand il lui arrive des mésaventures, pour finalement s'enflammer vers la fin! J'aime bien ses mimiques, et ses interventions m'ont fait rire, sans aucun parti pris! Par contre, je persiste sur mon idée de départ, il est un peu fin pour un joueur de foot!

En conclusion, je ne peux que vous conseiller, si tout n'est pas encore sold out, de foncer aux Galeries d'ici au 24 mai pour voir ou revoir ce monument du patrimoine théâtral bruxellois, dans une version réussie et avec une belle distribution! Infos et réservations sur le site des Galeries.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles

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Publié le 10 Mai 2015

Maurane, toujours aussi scène

Il y a un certain nombre d'années déjà, Maurane nous affirmait être une fille très scène, et avec le temps, eh bien cela n'a pas changé! Et je vous confirme que même si le Cirque Royal n'est pas la salle la plus confortable au monde (surtout quand on a déjà mal au dos), voir Maurane en live c'est très sain et bon pour le moral et les oreilles!

Bon, faut quand même que je vous avoue une chose... Cela faisait un moment que je n'étais plus allée voir ma compatriote sur scène. Pour vous situer, j'adorais Maurane en mode HLM et pour moi ses meilleurs albums sont "Ami ou ennemi" ou surtout le sublime "Toi du monde", vous voyez... Du coup, j'ai pas vraiment accroché à ses deux derniers albums "Si aujourd'hui" et "Fais-moi une fleur" (je mets les reprises de Nougaro à part)... Je les trouvais un peu trop "linéaires", avec une majorité de chansons dans le même style. J'avais l'impression d'avoir un peu perdu la Maurane que j'aimais, son côté jazzy-métissé-mélancomique et ses variations vocales envoûtantes ou entraînantes. Mais son dernier album, "Ouvre", m'avait séduite, et la revoir sur scène, avec l'impression de la "retrouver" comme avant, m'a fait énormément plaisir!

Mais avant de vous dire quelques mots du concert, parlons... de sa première partie!
Eh oui, par manque total de temps je n'avais pas fureté sur le net avant le spectacle donc j'ignorais qu'il y avait une première partie. Donc, quand Maurane en voix off, l'annonce au début, j'étais pas forcément emballée... Mais elle nous dit que c'est une chanteuse qui va présenter un extrait de son spectacle, "L'aspiratrice" (tiens, il me semblait bien qu'il y avait un aspirateur sur scène... mais avec un titre pareil, ça pourrait être... non?!)... qu'elle a souvent eu le plaisir de partager la scène avec elle (oui ça colle avec mon idée... mais ... non!?) ... et elle nous demande d'accueillir Zoé (yesssss!!!). Eh oui, Zoé qui fut la "choriste ++" de Maurane pendant des années, Zoé que j'avais découverte sur scène en solo en première partie d'Aldebert (et adorée, cf mon billet de l'époque!)... Zoé dont je pensais tristement qu'elle avait arrêté la scène, vu que son site de l'époque avait disparu!

Quel plaisir donc de la retrouver, toujours aussi dynamique, décalée, enjouée, joyeusement folle quand elle interprète "l'aspiratrice" en mode ricanement de sorcière machiavélique, toujours touchante quand elle évoque sa fille ou résume une vie en "associations" (de mots), et pleine d'énergie quand elle fait sa gym sur scène (dommage qu'au Cirque on soit assis, sinon je suis sûre qu'on aurait eu droit à un cours de zumba!). Pour conclure, puisqu'il parait qu'elle n'a pas de tube (mais euh, et "Tout va bien"?) elle s'amuse avec le Boléro de Ravel, toute seule avec ses loops. Zoé n'a rien perdu de sa jolie voix, vraiment reconnaissable et qu'elle maîtrise si bien. Du coup je serai à l'affût pour voir son spectacle en entier et je ne manquerai pas de vous en reparler ici!

Donc, après ce petit plaisir surprise en première partie, place à Maurane! Maurane la traqueuse qui chante 2 (anciennes) chansons pour démarrer, se mettre à l'aise et mettre l'ambiance (avec "Quand les sangs", elle nous fait aussi chanter), avant de s'adresser au public ! Elle semble ensuite tellement chez elle à faire une nouvelle fois son "Cirque", comme à la maison, papotant avec le public, ne se laissant pas démonter quand certains crient et l'interpellent en réponse à ses histoires, entre délires et confidences, tantôt totalement rigolote tantôt tellement touchante, à fleur de coeur, toujours tellement naturelle, la Mô qu'on aime, celle qui est chez elle sur scène loin des plateaux télés. En vrac, elle évoque la difficulté de sélectionner les chansons de son spectacle (mais contrairement à Bruel, pas de medley de ce qu'elle ne chantera pas...), parle (forcément ;) ) de sa fille, nous confie ses goûts en matière de mecs, est émue en rendant hommage à Annie Girardot, et m'a fait très peur en nous confiant qu'elle parle "toute seule", à des gens qui ne sont pas là, en anglais, et qu'au bout d'un moment ils parlent tous ensemble et que c'est la cacophonie de conversations qui se croisent... (non, je n'ai pas eu peur pour sa santé mentale, je me suis demandée si elle était venue faire un tour dans mon mind palace en coloc' avec une copine parce que ça m'a rappelé des choses ... - non non je ne suis pas folle, c'est une longue histoire... bref, ça m'a bien fait marrer ce passage!).

Le concert fait évidemment la part belle au dernier album de Maurane, "Ouvre", dont elle interprète plus de la moitié des titres. Ces nouveaux titres sont entremêlés de titres parfois très anciens (j'ai même pas souvenir de l'avoir entendue chanter "Fais soleil" un jour sur scène), bien sûr on retrouve des classiques (mais pas "Sur un prélude de Bach", il semblerait qu'elle en ait marre de cette chanson!), "Ca casse" en duo avec Zoé (zôli!), mais on sent que Maurane s'est fait plaisir en chantant des titres qu'elle aime. Personnellement, j'ai adoré ses choix, je dirais que mes titres préférés de Maurane, s'il faut en choisir, ceux que j'aimerais tellement arriver à chanter (même de loin) sont "Mentir", "Juste une petite fille", "Ami ou ennemi", "Les yeux fermés", "Modus vivendi" et "La chanson de la pluie", et elle interprète 4 de ces chansons dans ce concert, alors forcément... Enfin, 4... presque jusqu'à la fin (et je vous jure que c'est vrai), je pensais à quel point j'aimerais entendre "la chanson de la pluie", et là en fin de rappels, elle nous annonce une dernière chanson, signée Jean-Claude Vannier... Là, j'ai affiché un grand sourire! En version guitare-voix (donc sans piano), cette chanson reste sublime.

Que vous dire encore? Voix toujours au top, maîtrisée, libre, chaude, grave, tantôt puissante tantôt caressante... Belle complicité aussi avec ses musiciens, avec un moment d'enchainement improbable de chansons a capella qui n'est pas sans faire penser aux Voca People! Complicité avec le public aussi, Maurane gère et s'éclate de manière communicative.
Bref, ce fut un vrai bonheur de la retrouver fidèle à elle-même, pour moi Maurane reste la plus belle voix francophone, et elle assure sur scène! Si vous l'aimez, n'hésitez pas, foncez la voir sur sa tournée! Je n'ai pas trouvé de site avec toutes les dates donc surveillez son twitter ou cette page facebook.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #concert, #Compte rendu

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