Publié le 24 Juillet 2015

Zigzag

Zigzag, c'est une sorte de conférence sur le théâtre et l'art et l'histoire de la mise en scène, illustrée par l'exemple. Dit comme ça, cela pourrait sembler pompeux ou rébarbatif, mais ça n'est rien de tout ça, c'est dynamique, drôle et intéressant!

Xavier Lemaire (qui pour une fois, est vraiment lui-même) nous rappelle avec passion et clarté l'enjeu du théâtre, depuis quand il est important pour l'être humain (car l'imaginaire et la conceptualisation sont sans doute les choses qui nous différencient le plus de l'animal). Il nous explique le rôle du metteur en scène, agrémentant son propos de quelques citations bien choisies, et nous offre une démonstration via la première scène du Médecin malgré lui, de Molière, présentée dans 3 versions radicalement différentes : la version 'classique', celle qu'on joue habituellement, insistant sur la farce; la version contemporaine symbolique, avec son jeu face public, centrée sur le texte, la presque atonie, les silences; et enfin, la version réaliste politique qui transpose Sganarelle et sa femme Martine dans un no man's land urbain et les transforme en sdf (et aborde la violence faite aux femmes). Même si le trait est un peu forcé pour illustrer chaque mise en scène, on n'est pas non plus dans une caricature complète et il est amusant de voir que chaque proposition peut finalement avoir un sens... en tout cas sur cette scène précise, cela a plus de sens que certaines mises en scène que j'ai déjà pu voir, soit dit en passant.... même si évidemment on a plutôt tendance à rire de ces versions pour le moins inattendues!

En clin d'oeil, on aura aussi droit à un petit casting, et une présentation des régisseurs (en mode clown), qui sont d'ailleurs déjà à l'oeuvre quand le public s'installe... Sympa de mettre cette profession dans la lumière pour une fois. Pour incarner tous ces personnages, régisseurs, aspirants lors du casting et interpréter Martine et Sganarelle dans les 3 versions, Isabelle Andréani et Franck Jouglas donnent tout et font preuve d'une énergie inébranlable (et d'une belle présence et d'un grand talent comique). Coup de chapeau en particulier à Isabelle Andréani qui joue quand même dans 3 spectacles chaque jour depuis le début du festival et parvient encore à donner autant. Et puis, je sais que c'est normal et que ce sont de très bons comédiens, mais la voir dans Zigzag tellement drôle et lumineuse, et voir Xavier Lemaire parler de mise en scène, et repenser à leurs personnages complètement aux antipodes de ça dans "Qui es-tu Fritz Haber?"... J'aurais presque eu du mal à les reconnaître tant ils incarnent des personnages différents et font passer des émotions diamétralement opposées!

En bref, ce spectacle de Xavier Lemaire est avant tout une déclaration d'amour au théâtre et au public, et nous montre un peu l'envers du décor et les coulisses avec beaucoup d'humour et de pédagogie! Encore une très belle création de cette compagnie!

"Zigzag", tous les jours à la Luna à 11h01. Durée : 1h20; 20 euros, 14 avec carte Off. Infos ici.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #avignonOff2015, #Théâtre

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Publié le 24 Juillet 2015

Avignon 2015 : en bref (2ème partie)Avignon 2015 : en bref (2ème partie)

Finalement, ça ne marche pas si mal que ça de regrouper certains spectacles en un seul article (je n'ai pas toujours tant de choses à dire ;) )... Je pense que ça n'empêche pas les gens qui cherchent un petit avis sur un spectacle de tomber dessus, et ça va plus vite à écrire et à publier pour moi. So, here we go again!

  • Paradis d'enfer : Ce nouveau spectacle des Toizémoi m'a donné l'occasion de découvrir un texte d'Alain Chapuis, alias le tavernier dans Kaamelott (je vous ai déjà dit que je suis fan de Kaamelott, non?), et de le voir sur scène en compagnie de sa femme, Marie Blanche.
    L'histoire de Paradis d'enfer se passe sur une île, sur laquelle un skipper concourant pour le Vendée Globe s'échoue malencontreusement. Il y rencontre une femme un peu étrange, riche dirigeante d'une entreprise, apparemment exilée volontaire... La cohabitation sera difficile, tant leurs points de vue et modes de vie sont éloignés, mais ils finiront par se rapprocher.
    La pièce est une comédie sympathique, avec quelques bons jeux de mots, beaucoup de rebondissements, et de jolis fous rires quand les comédiens se permettent de sortir un peu du texte et d'improviser en se taquinant mutuellement. Alain Chapuis campe un personnage un peu dans la lignée du tavernier, légèrement dépassé. Et Marie Blanche a un bel abattage, elle impose la personnalité forte de son personnage avec aisance (tiens, pour rester dans les références kaamelottiennes, elle ne ferait pas tache à Tintagel!)
    Bref, c'est un honnête divertissement qui vous fera passer un bon moment de détente!
    Au Rouge-Gorge à 16h.

     
  • Gutenberg! Le musical : une comédie musicale 'pour rire' qui se joue des codes du genre et amasse les clichés avec bonheur (styles de musiques, phrases-types, chorégraphies, morale, ajout d'un sujet "sérieux" qui n'a qu'un lien léger avec le thème) : Max et Sam avaient un rêve, réaliser une comédie musicale, et ils l'ont fait! Avec plein de bonne volonté et une bonne dose de naïveté, ces deux sympathiques artistes (très "premier degré") ont écrit un spectacle sur Gutenberg et l'invention de l'imprimerie. Enfin ils l'ont un peu romancé, parce qu'on n'a pas beaucoup d'infos et qu'il ne se serait pas passé grand chose sinon, et ils ne sont pas à un anachronisme près, évidemment. Dans ce spectacle, ils proposent, un peu mal à l'aise, une lecture de leur oeuvre, sans décor ni costumes et dans laquelle ils interprèteront à eux 2 tous les rôles, en changeant de casquette pour ne pas perdre le spectateur et les producteurs forcément présents dans la salle et qui les amèneront à Mogador!
    Le spectacle est plein de fraîcheur et d'énergie, assez marrant par son côté parodie, et Philippe d'Avilla et Sébastien Valter (sans oublier Sébastien Menard aux claviers) se donnent à fond et mouillent leur chemise (dans cette petite salle non climatisée, pas l'idéal pour apprécier le spectacle d'ailleurs on étouffe un peu...). Mention spéciale à Philippe d'Avilla pour ses performances vocales et son personnage de méchant moine!
    Bref un bon divertissement, une histoire rocambolesque et des chansons entrainantes très 'musicals'
    A 16h30 au théâtre des Brunes
     
  • La nuit des dupes : Cette pièce de Michel Heim est dans la lignée de "la nuit des reines" (et de "l'émule du pape" même si j'avais moins aimé cette dernière pièce): cette fois, c'est au tour de la fameuse histoire des ferrets de la reine d'être revue et corrigée avec une certaine gayté! ;) Louis XIII, Anne d'Autriche, le Cardinal de Richelieu, Marie de Medicis, le duc de Buckingham et D'Artagnan sont les personnages de cet imbroglio politico-humoristique où tout le monde complote dans son intérêt pour pousser la reine dans les bras du duc anglais. Evidemment, les choses ne se passeront pas comme prévu...
    Le texte est toujours en alexandrins (plus ou moins classiques), rempli de jeux de mots, de références incongrues et anachroniques (essentiellement à des chansons) et s'amuse (comme les deux autres créations de Michel Heim que je citais) à des allusions grivoises en mode 'devinez la rime' (où évidemment le mot que l'on attend n'est pas celui qui vient, histoire qu'on se dise qu'on a décidément l'esprit mal tourné!).
    C'est léger, agréable, bien interprété, on "revisite" l'histoire de France (oui bon, à peu près!) en riant beaucoup, donc ne boudons pas notre plaisir, on passe un bon moment sans prise de tête et ça fait du bien!
    Au théâtre de l'Etincelle, les jours pairs, à 15h45
     
  • Etat de siège : Ce qui m'a attirée à aller voir cette pièce de Camus, c'est le nom de la metteur en scène : Charlotte Rondelez, dont j'avais beaucoup aimé le travail sur 'To be Hamlet or not". Et effectivement, sa mise en scène d' "état de siège" regorge d'idées, de choix intéressants (notamment sur... comment dire... la taille des personnages!), ne manque pas de rythme et amène des effets burlesques (notamment en caricaturant certains personnages) qui aident à alléger le propos.
    Néanmoins, ce texte de Camus est dense et pas forcément toujours limpide (volontairement d'ailleurs), ce n'était donc pas forcément le meilleur spectacle à voir quand on a accumulé pas mal de fatigue. L'idée, symbolique, est que "la peste" débarque dans une ville occidentale et prend le pouvoir par la menace et la peur (et la mort, dans un premier temps, pour démontrer sa force de frappe et terroriser les autres), et impose un régime totalitaire noyant les gens dans les rouages de la logique, de la statistique et de l'administration. Mais le texte parle aussi de révolte, de liberté, et il suffit qu'une seule personne résiste pour faire de grandes choses. Malgré tout, la fin ne m'a pas semblé très optimiste...
    Bref, de belles idées de mise en scène, des comédiens impeccables, mais un propos un peu trop sombre que j'ai eu du mal à bien intégrer... Mais ça tient sans doute aussi à mon état d'esprit du moment.
    Aux 3 soleils à 19h.

 

Avignon 2015 : en bref (2ème partie)Avignon 2015 : en bref (2ème partie)

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Rédigé par Emelle

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Publié le 23 Juillet 2015

Le marchand de Venise

J'avais hâte de voir cette pièce (de Shakespeare, pour les 2 distraits du fond!) dans sa version avignonnaise, ne pouvant me rendre à Stratford-upon-Avon pour voir celle de la Royal Shakespeare Company (et puisqu'aucun cinéma belge ou français n'est repris dans les diffusions 'live from Stratford' malheureusement - bref!).

J'ai été un petit peu déçue de la mise en scène de Pascal Faber dans le sens où elle privilégie le côté dramatique de la pièce, or c'est quand même une comédie de Shakespeare (bah si, y'a pas de mort!). Bien sûr le Bard avait compris qu'il y a du tragique dans la comédie et inversément (la vie, quoi!) mais dans cette version du marchand de Venise, la comédie, il faut vraiment la chercher! Du coup ça alourdit la pièce qui pour moi manque de respirations comiques.

Pour rappel, l'intrigue (pas simple à résumer) est la suivante : Bassanio, un jeune homme désargenté souhaite faire la cour à une riche héritière (qui n'aura de toute façon le droit d'épouser que l'homme qui trouvera le bon coffret parmi 3, en or, argent et plomb). Pour l'aider, Antonio, un ami plus riche mais dont l'argent est engagé en mer, se porte garant afin que Shylock, usurier juif de Venise, prête de l'argent au dit jeune homme. Shylock, qui voue une haine féroce à Antonio car il l'a toujours rabaissé et considéré comme un sous-homme parce qu'il est juif (et qui accessoirement prête de l'argent sans intérêt, faisant baisser les taux de Shylock), accepte à une condition : si Antonio ne peut rembourser, Shylock pourra se payer en taillant une livre de chair sur Antonio. Alors que Bassanio a choisi le bon coffret et conquis sa belle, Antonio voit ses navires perdus et Shylock réclame son dû devant la justice. Mais la dulcinée, déguisée en homme, va se mêler du procès...

Il est évident que le rejet et la persécution du juif dans cette pièce prennent des échos malheureusement toujours actuels et ne peuvent être mis de côté. L'antisémitisme et la cruauté du traitement de Shylock font mal au coeur, tout autant que l'intransigeante vengeance sanguinaire poursuivie par Shylock envers celui qu'il hait profondément. C'est violent, dur, cruel et triste à souhait, et la tirade de Shylock demandant si les juifs ne sont pas des hommes comme les autres touche au fond du coeur. Chapeau bas à Michel Papineschi qui interprète Shylock avec intensité et sobriété et émeut profondément, malgré la cruauté du personnage, on ressent surtout à quel point le rejet et la haine peuvent engendrer la haine.

Néanmoins, et malgré le reste de la distribution globalement à la hauteur, je trouve dommage que la pièce soit autant tournée sur l'antisémitisme. Bien sûr c'est un élément important qui complexifie la mise en scène de cette pièce aujourd'hui mais... les chants en hébreux à la fin, c'est touchant mais ça plombe complètement la scène précédente qui devrait pourtant être joyeuse!

Bref, une magnifique interprétation de Michel Papineschi surtout, un beau travail des autres comédiens, une réussite sur les aspects tragiques et la manière de faire passer l’ambiguïté du personnage de Shylock, la cruauté des deux 'camps', mais un manque flagrant de légèreté et d'humour qui me dérange car le mélange du comique et du tragique c'est une des choses que j'aime le plus chez Shakespeare!

"Le marchand de Venise", à 13h au théâtre de l'Oulle. Durée : 1h30, 21,5 euros, 15 avec carte Off. Infos ici.

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Rédigé par Emelle

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Publié le 23 Juillet 2015

La patiente

Bon autant vous le dire en préambule de cet article, je ne suis pas très 'fan' des psys. Enfin je ne dis pas qu'ils ne servent à rien, mais bon, certains ont parfois trop tendance à penser détenir la vérité et à vouloir mettre les gens dans des cases. Du coup, un spectacle se déroulant chez un psychanalyste, j'y allais par curiosité mais peut-être avec quelques a priori sur le personnage....

Eh bien finalement j'ai été très séduite par cette pièce intelligente et touchante, et même si le texte (d'Anca Visdéi) est drôle et s'amuse avec les clichés (tous les psys sont névrosés), le fond est plein de (bon) sens et propose d'oser vivre, simplement, pour soi, sans céder à la peur ou accepter des compromis qui ennuient. Et ma part d'enfance ne peut qu'apprécier la fin...

L'histoire suit, pendant une année, une patiente assez rebelle et forte tête, au fil de ses rendez-vous chez un psychanalyste. Elle ne l'a pas vraiment choisi, c'est son docteur qui le lui a recommandé, parce qu'elle va mal. Mais dès le départ, elle refuse de s'étendre sur le divan, elle a du mal à lâcher prise, elle veut tout diriger et garder le pouvoir. Pourtant elle revient, pourtant il semble s'attacher à elle, pourtant ils s'aiment... bien!, ils s'apprivoisent petit à petit et évoluent au contact l'un de l'autre, pour aller mieux, au fil d'une thérapie sans doute pas très classique mais par laquelle un vrai contact finira par se nouer.

Les dialogues sont plein d'humour, le ping-pong des échanges verbaux est bien rythmé, la patiente, écrivain de séries télés débiles, ne manquant pas de répartie et de verve, et le psy, un peu rigide et strict au début, maniant finalement le sarcasme avec aisance. Sabine Laurent et Yoann Loiret jouent juste, elle avec caractère et dynamisme, lui avec bienveillance, calme et un côté effectivement un peu névrosé (dont il est parfaitement conscient) qui rend le personnage attachant.

Il se dégage de ce spectacle une belle énergie positive, et une certaine tendresse, car malgré leurs échanges parfois houleux (surtout de la part de la patiente, le psy faisant preuve d'une grande zénitude, au moins en apparence) on ressent la complicité qui se construit entre les personnages.
Franchement, ça donnerait presque envie de se lancer dans une psychanalyse (enfin avec le thérapeute de la pièce en tout cas, je me retrouverais assez bien dans le comportement de la patiente de la pièce moi - pas dans ses problèmes, mais dans son comportement, oui!)

Et puis, il y a une grande vérité dans le texte : un homme en chemise blanche c'est le summum de la virilité (et de la "sexiness" - non non je ne pense à aucun acteur britannique tellement craquant en chemise blanche dans Much ado about nothing... En plus il est question de Shakespeare dans "La patiente", je ne vois pas comment j'aurais pu ne pas y penser...)

"La patiente", tous les jours à 15h15 à l'Alibi. Durée : 1h20, 15 euros, 10 avec carte Off. Infos ici.

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Rédigé par Emelle

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Publié le 23 Juillet 2015

Swing Heil!

"Swing Heil!" est un cri de révolte et de résistance, un cri de liberté face à l'Allemagne nazie.
L'histoire se passe à Hambourg, et démarre dans les décombres du Heinze Café.... Richard y raconte ses souvenirs: en 1938, il avait 17 ans et faisait partie des swingueurs, ces jeunes écoutant une musique considérée comme dégénérée par le pouvoir en place. Insouciant, avec ses 2 amis, Joseph et Karl, il ne vivait que pour le swing, la musique, la danse, et se moquait bien des jeunesses hitlériennes et de ceux qui marchaient au pas sur des chants patriotiques. Mais lorsque les jeunesses hitlériennes deviennent obligatoires, les amis devront faire des choix: Résister? Participer en faisant semblant? Rentrer dans le rang et croire à la grandeur du IIIème Reich? Dénoncer? Chacun choisira à sa manière, abandonnant ou pas ses convictions et son amour de la liberté et du swing!

Le texte de Romuald Borys (qui assure aussi la mise en scène) est très fort, sans concessions, et touche les spectateurs au plus profond.... Evidemment les discours de propagande écoeurent, et en même temps, des jeunes sans repères, maléables, à qui l'on répète qu'ils sont les meilleurs et à qui on accorde une petite part de lumière, de responsabilité... Faut-il s'étonner que certains y aient cru? Il faut surtout se réjouir que certains aient résisté, que la musique leur ait ouvert l'esprit suffisamment (on ne redira jamais assez l'importance de la culture...).

Bastien Lecomte interprète Richard, et à peu près tous les autres rôles puisqu'il raconte ses souvenirs. Il danse également, chante et joue du piano. Il met toute son énergie et son coeur dans ce spectacle et l'on sent à quel point le message qu'il fait passer lui tient à coeur. Très bel engagement, à défaut d'être toujours juste au niveau du jeu (je pinaille un peu, mais au début les différents personnages ont parfois tendance à se ressembler et être un peu trop caricaturés... mais au fur et à mesure que l'intensité dramatique augmente, son jeu se précise et il est très juste dans les scènes plus émouvantes.
Olivier Defays l'accompagne parfaitement au saxophone (le spectacle est bien sûr émaillé de morceaux de jazz) et est convaincant lorsqu'il joue les instructeurs des jeunesses hitlériennes.

En bref, un spectacle fort qui, pour reprendre le sous-titre, éveille les consciences et rappelle l'importance de se révolter pour ne pas être complice des exactions commises par le pouvoir en place.

"Swing Heil", tous les soirs à 20h20 à la chapelle ND de la Conversion. Durée : 1h15, 18 euros, 12 avec carte Off. Infos ici.

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Rédigé par Emelle

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Publié le 22 Juillet 2015

America, America

Que vous dire sur cette comédie survoltée écrite et mise en scène par Carlo Boso, sans gâcher l'effet de surprise? Disons que l'idée de départ, c'est un couple de comédiens qui va partir à la conquête des Etats-Unis en y organisant une grande tournée, Ils ont loué un théâtre pour leurs répétitions et choisir les pièces du répertoire (a priori français) qu'ils emmèneront dans leurs bagages pour séduire les USA. Seulement voilà, tout ne va pas se passer comme prévu, d'abord parce que la salle n'est pas vide (ben non, on est là nous!), et puis parce que la dame a un peu tendance à s'évanouir et cache peut-être un secret....

Au début, on assiste simplement aux répétitions d'extraits de pièces (Molière, Feydeau, puis Strindberg pour ne pas se limiter à la France) et même une opérette de Scribe... Mais petit à petit, entre le personnel du théâtre qui se mêle des répétitions et les idées un peu loufoques qui surgissent, ça commence à partir un peu en vrille, avec Britannicus joué en anglais (évidemment pour les Américains!) à l'improvisade ou une version de Hernani qui s'adapte aux errances de la TSF. Pour finir en... chut, n'en disons pas plus...

Le spectacle est très enlevé, très dynamique, se joue des codes du théâtre et brise sans hésiter le fameux 4ème mur... Le rythme, déjà bon au début, s'accélère et s'emballe, et l'on est pris dans le tourbillon final avec beaucoup de plaisir. Les comédiens sont très bons et polyvalents, ils jouent, chantent, dansent, se battent, se poursuivent... On ne peut pas vraiment parler de Commedia dell'arte (même si Carlo Boso met en scène), en tout cas pas au sens classique, mais il se dégage de la pièce la même énergie et le même mélange des genres. Et le même enthousiasme des comédiens qui se donnent à fond sur scène!

En bref, une bonne comédie mixant des extraits de pièces à une vraie intrigue (pour le coup il y a un vrai liant entre les scènes et on n'a pas juste des bouts de pièces mis ensemble), des comédiens plein d'énergie, une fin rocambolesque à souhait... un très bon moment de théâtre et de plaisir! A voir!

"America, America", tous les soirs à 20h au Fabrik' Théâtre. Durée : 1h25, 16 euros, 11 avec carte Off. Infos ici.

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Rédigé par Emelle

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Publié le 21 Juillet 2015

Oui!

Je pense l'avoir déjà écrit plusieurs fois ici, je ne suis pas forcément friande des "comédies de boulevard classiques" à base de couples qui s'engueulent. Mais "Oui!" n'est pas tout à fait une comédie de ce genre, et puis surtout, elle est signée Pascal Rocher. Et j'aime énormément l'écriture de Pascal Rocher (j'avais absolument adoré "Comme ils disent" et je suis assez fan des Kicékafessa). Donc, forcément, "Oui!" était sur ma liste pour Avignon. Et je confirme : j'aime vraiment bien Pascal Rocher! :)

L'histoire démarre avec un couple, a priori très amoureux, et qui va bientôt de marier (enfin dans 8 - 9 mois, quoi). Du coup, sur les conseils de la maman de madame, ils vont faire appel à un "wedding planner" qui va se charger d'organiser pour eux "le plus beau jour de leur vie"... enfin il va faire ce qu'il peut vu qu'il est plutôt spécialisé dans les mariages entre hommes, et que le couple n'a pas un gros budget! On assiste donc à plusieurs scènes de préparatifs à mesure que le jour J approche, que la nervosité augmente (voire l'hystérie), que les points de vues et les choix divergent, que Walter (le wedding planner) dubite, qu'il reçoit les confidences des futurs époux, que le pote relou et la (belle-)mère s'en mêlent... "Chaton" et "lapin" finiront-ils par se dire oui?

Comme les précédents, le texte de Pascal Rocher fait la part belle à l'humour vache: les vannes fusent, les remarques assassines s'enchainent : ça pique et ça fait rire! Il ne tombe jamais dans la vulgarité, malgré les sous-entendus grivois, et surtout, l'écriture est très rythmée: pas de temps mort, pas de moments où l'énergie baisse, pas de passages en trop qui alourdissent : ça claque, on ne s'ennuie pas, on rit très très souvent! Et la chute est soignée, ce qui fait toujours plaisir parce que les "comédies romantiques" ont trop souvent tendance à finir en queue de poisson.

Au niveau du jeu, les 3 comédiens (Ariane Zantain, Laurent Hugny et Pascal Rocher, donc) sont très complices et très complémentaires, ne tombent pas dans le surjeu (oui, la future mariée est un peu hystérique mais c'est drôle et bien joué sans taper sur les nerfs pour de vrai) et sont crédibles dans leurs personnages. La mise en scène de Rodolphe Sand fonctionne bien, et l'idée du tableau pour indiquer où on en est niveau temps est simple et efficace.

En bref, 'Oui!' est un très bon divertissement, efficace, rythmé, bien interprété, qui vous fera passer un agréable moment de détente! Si vous voulez une bonne comédie dans votre programme d'Avignon, je vous la conseille vivement!

"Oui!", tous les jours à 13h30 au Palace. Durée 1h15, 17 euros, 11 avec carte Off. Infos ici.

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Rédigé par Emelle

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Publié le 21 Juillet 2015

Pianistologie

Pour certains, Simon Fache, c'est le mec avec des cheveux longs qui joue pour accompagner les invités des émissions "Ce soir tout est permis" d'Arthur (et le pauvre, c'est pas évident vu comment ils chantent ;) ).
Pour moi, Simon Fache, c'était surtout le mec (avec des cheveux longs) qui accompagnait les matchs d'impro de la LMI à la Cigale! Et qui le faisait très bien sinon j'aurais pas retenu son nom ! ;) (oui, pour info, en match d'impro, le musicien ne se contente pas de jouer quelque chose pour les impros chantées, il s'amuse aussi à créer des ambiances musicales en réagissant en fonction de ce que les comédiens improvisent dans leurs scènes!)

Désormais, Simon Fache sera aussi pour moi un grand artiste (aux longs cheveux) avec une chouette présence scénique, et un très bon pianiste, capable de jouer tout et même n'importe quoi, avec une grande aisance, et de passer d'un genre à l'autre sans transition... ou parfois, sis justement, en faisant évoluer un morceau pour parfois passer à tout autre chose, créant du coup de belles transitions.

"Pianistologie" est un spectacle d'humour musical (ou un spectacle musical humoristique?) débordant d'idées et d'énergie, et positivement enthousiasmant! Pas une seconde de répit, pas un temps mort! Et en plus on apprend des trucs! (vous savez, vous, ce que c'est que le Fluxus?). En fil rouge, Simon Fache nous raconte son histoire, et passe en revue de nombreux genres musicaux, du classique (lorsqu'il voulait devenir concertiste) à la variété (dans les piano-bars) en passant par exemple par une variation jazzy de Mike Brant, l'utilisation d'un petit synthé Casio pour enfants (non, je n'ai pas du tout pensé à une scène de Much ado about nothing avec un certain David Tennant...) ou une version originale de Blanche Neige (émaillée de plein de petits extraits musicaux judicieusement choisis dont certains ont bien fait marrer la fan de 'la cité de la peur' que je suis.... )!
Et en plus ce spectacle est interactif! Mais vraiment, pas juste en mode interpellation d'une pauvre victime dans le public, non, on participe, on crée ensemble, on joue (j'ai trouvé un nain, j'suis trop contente!), on parle de Bray-Dunes (oui moi aussi je connais c'est pas loin de la Belgique et c'est bien plus joli que Blankenberge!). Et à la fin, il y a même un petit moment 'juke box' où on peut demander à Simon le morceau qu'on veut (j'ai hésité, j'avais envie de demander les Joyeux Urbains mais je me sentais pas trop de devoir fredonner un extrait....)

Bref, je vous recommande ce spectacle entrainant dont on ressort avec la pêche et la banane, et je me prends à espérer que cet homme du Nord vienne un jour jouer à Bruxelles, je me ferais un plaisir d'amener des gens le voir!

"Pianistologie", tous les jours à 21h au Magasin. Durée : 1h15, 15 euros, 10 avec carte Off. Infos ici.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #avignonOff2015, #musique, #Coup de coeur Off 2015

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Publié le 20 Juillet 2015

Les pieds tanqués

Alors là, gros coup de coeur pour ce spectacle, peut-être mon plus gros de ce festival pour l'instant, ce spectacle a tout ce qu'il faut pour séduire: intelligence, finesse, propos intense, émotions, réflexion, humour pour alléger, bons comédiens, et ce petit plus qui vous touche au coeur et vous entraine dans l'histoire et oublier tout le reste. Ah oui, et une petite dose de soleil et d'optimisme qui réchauffe.

Ce spectacle parle d'un sujet souvent passé sous silence en France: la guerre d'Algérie. Ou "les événements" d'Algérie, si vous préférez?
Une place de Provence, un accordéoniste joue et chante son amour de la vie dans cette région. Puis un homme arrive avec une radio, dont toutes les stations parlent de la même chose: les attentats dans le métro à Paris. Nous sommes en 1995... Sur cette place, 3 amis vont entamer leur habituelle partie de pétanque. Il y a Loule, le Provençal, Yaya, l'arabe (né en France mais immigré d'Algérie) et Zé, le pied-noir (qui considère encore l'Algérie comme son pays, où il a vécu sa jeunesse). Yaya et Zé se chamaillent, 'se taquinent', à propos de l'Algérie. Mais ce jour-là un étranger, un "parisien" qui vient d'acheter dans la région, survient et se propose de partager leur partie de pétanque. Le sujet de l'Algérie revient sur le tapis, et comme le nouvel arrivant a également un passé lié à cette guerre, les échanges vont prendre une tournure plus violente, chacun vidant son sac de ce non-dit, de ce ressenti et de cette impression d'injustice. Et confessant aux autres ce qu'il ne leur a jamais dit. Evidemment chacun pense détenir la vérité, chacun pense que son 'camp' aurait dû gagner, que le sens de l'histoire aurait pu être différent...

Les paroles se confrontent, le jeu de pétanque continue, avec mauvaise foi comme il se doit, et l'accordéoniste amène des respirations par de petites chansons en lien avec la scène précédente et chaque protagoniste.

Le texte de Philippe Chuyen, qui interprète également le 'parisien' (et a mis en scène la pièce si j'ai bien compris), est extrêmement juste car il ne juge pas et ne prend pas parti. Chaque personnage raconte son histoire, donne sa version ou sa compréhension de la guerre d'Algérie, et il n'y a pas de bonne ou de mauvaise version, pas de morale à 2 balles non plus, juste une fin qui fait (momentanément?) oublier les querelles, preuve que pour vivre ensemble il faut d'abord s'écouter et essayer de comprendre le point de vue de l'autre, sans se braquer. De nombreuses pointes d'humour émaillent le texte et permettent de rire et de relâcher la tension, ce qui rend le spectacle agréable à suivre et en renforce encore le propos, puisqu'on n'est pas KO dès le départ on écoute mieux. Les chansons de Jean-Louis Todisco amènent aussi des moments de calme et de soleil où la pression retombe. Les 3 autres comédiens, Sofiane Belmouden, Gérard Dubouche et Thierry Paul, sont également excellents, plein de naturel et de gouaille, avec des accents qui sentent bon le soleil et le sud (et ne sonnent pas forcés). Et puis l'air de rien, ils se débrouillent aux boules, parce que ça doit rester un élément un peu aléatoire dans le spectacle quand même!

En bref, un sujet important sur lequel la France se tait trop souvent, traité avec intelligence, sans dogme ni parti pris, de l'humour et de la chanson qui allègent l'atmosphère, et beaucoup d'émotions. Foncez-y! (et réservez, c'était complet dimanche!)

"Les pieds tanqués", tous les jours à 14h25 au Présence Pasteur. Durée : 1h05, 15 euros, 10 avec carte Off. Infos ici.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #avignonOff2015, #Théâtre, #Coup de coeur Off 2015

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Publié le 20 Juillet 2015

Tutu

La compagnie des Chicos Mambo présente un spectacle de danse franchement original et plein d'humour! Six danseurs (oui, oui, uniquement des hommes) proposent une vingtaine de tableaux qui parcourent la danse dans tous les sens, en se jouant des codes, en n'hésitant pas à caricaturer pour faire rire, mais avec une incroyable et impeccable maîtrise technique!

On commence avec la danse classique et de drôles de ballets (et d'étranges tutus comme sur l'affiche), une version revisitée du Lac des cygnes notamment, un danseur étoile qui se la joue danseuse étoile, et fait des pointes pendant tout son solo (chapeau!). Il y a ensuite du tango, et d'autres danses de salon dans une parodie hilarante de 'Danse avec les stars', un numéro plus proche du cirque où le danseur s'accroche à une corde qui pend des cintres. Puis vient la danse contemporaine, qui en prend un peu pour son grade, avec des tableaux qui se moquent gentiment de certains excès ou certains 'réflexes' qu'on retrouve dans la danse contemporaine parfois sans trop comprendre pourquoi (sauf qu'ici le danseur gardera son slip... Parce qu'il y a des enfants dans la salle?). Même la GRS n'est pas oubliée avec un numéro alliant rubans, cerceaux et balle.

Tous les tableaux sont esthétiquement très réussis, techniquement superbes, et en plus globalement très drôles! De la danse exécutée avec beaucoup de sérieux mais qui ne se prend pas du tout au sérieux et montre "un peu de tout" dans la joie et la bonne humeur! Les danseurs ont une énergie et un plaisir communicatifs, ils se donnent à fond et mouillent le maillot (et leurs collègues aussi parfois, volontairement!).

Bref, un spectacle enthousiasmant qui fera sourire les amateurs de danse et ravira aussi ceux qui généralement n'aiment pas ça: une bonne occasion d'amener des personnes habituellement récalcitrantes à voir de la danse, dans toute sa diversité!

"Tutu", tous les jours sauf les dimanches au Collège de la Salle à 19h. Durée 1h15; 25 euros, 15 avec la carte Off. Infos ici.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #avignonOff2015, #Coup de coeur Off 2015, #danse

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