Publié le 21 Décembre 2015

Deux hommes tout nus

Le titre de la dernière pièce de Sébastien Thiéry semblait émoustiller certains membres du public du Public... Et la bande enregistrée rappelant notamment aux spectateurs de désactiver leur GSM, avant le début de spectacle, joue avec humour de cette idée : pensez donc, 2 hommes nus sur la scène du théâtre, cela réclame bien quelques consignes supplémentaires!

Car oui, le titre n'est pas une métaphore: au début de la pièce, Maître Kramer, grand avocat, se réveille au milieu de son salon... nu comme un ver. Et à côté de lui, dort encore Nicolas Prioux, avocat fiscaliste, l'un de ses associés, également en tenue d'Adam. Aucun des deux ne se souvient de ce qui s'est passé ni comment ils sont arrivés là! Et lorsque l'épouse de Me Kramer rentre, la situation se complique!

La pièce de Sébastien Thiéry joue donc des codes du vaudeville, avec quiproquos, mensonges et laborieuses explications, à ceci près qu'ici, même le menteur ne connait pas la vérité! On nage donc, comme d'habitude avec cet auteur, en plein dans l'absurde et l'étrange... Sauf que, je dois bien l'avouer, cette fois il ne s'est vraiment pas foulé sur la fin! Je comprends un peu pourquoi un site français avait attribué une tomate de 'pire fin de pièce de théâtre' à ce texte... J'ai un peu l'impression que de pièce en pièce, ça empire, et si au début S. Thiéry essayait de trouver des explications farfelues et surréalistes pour clôturer ses intrigues absurdes, il ne le juge désormais plus vraiment nécessaire... Enfin, je ne vous dirai pas comment ça finit, mais ne vous torturez pas l'esprit à chercher une explication complexe, disons...

Et pourtant... malgré cela, j'ai passé une excellente soirée au théâtre Le Public, j'ai beaucoup ri, et malgré une fin qui m'a laissée sur ma faim, je n'ai pas du tout regretté ma soirée (et ça c'est rare chez moi, d'habitude quand l'intrigue me déçoit c'est rédhibitoire)
Pourquoi? Grâce à l'excellente mise en scène d'Alain Leempoel et aux parfaites prestations des comédiens!

Alain Leempoel parvient, avec une mise en scène rythmée, à maintenir l'intérêt du spectateur tout le long de la pièce, et exploite chaque possibilité, même infime, de faire rire, que ce soit dans le texte ou dans les situations. Et malgré un thème qui pourrait souvent glisser sous la ceinture, il parvient à amener légèreté et finesse souvent, aux éclats de rire qu'il provoque, en jouant sur le ridicule des personnages.

Et surtout, surtout, Nicolas Buysse et Michel Kacenelenbogen sont hilarants ! Même si les rôles féminins (éléments plus 'rationnels' de la pièce) sont bien interprétés par Isabelle Paternotte et Laetitia Salsano, ce sont les deux hommes du titre qui portent la pièce et la rendent aussi drôle, car ils sont constamment dépassés par les événements! Nicolas Buysse est très juste en fiscaliste tour à tour apeuré, perdu, obéissant, et semblant accepter l'impossibilité de la situation plus vite que son patron; il gère très bien les ruptures de ton et ses intonations font beaucoup rire. Quant à Michel Kacenelenbogen, quelle performance! Son Maître Kramer, totalement en perte de contrôle, ridicule, pathétique même, en colère, cherchant désespérément à retrouver une prise sur la situation, est impeccable, et fait mouche pour provoquer les rires! Un rythme, des mimiques, une gestuelle dignes d'un de Funès en grande forme (mais sans caricature, il n'essaie pas de 'faire du de Funès', clairement, mais sur certaines scènes il m'y a fait penser, avec côté grognon plus accentué... Un peu comme Lionnel Astier dans Pouic-Pouic, au point que je me prends à espérer que Michel Kacenelenbogen interprète ce personnage un jour sur scène, je suis sûre qu'il serait parfait - bref, je ferme cette parenthèse).

En résumé, malgré une fin d'histoire un peu décevante, je ne peux que vous conseiller d'aller voir "Deux hommes tout nus" au théâtre Le Public pour passer un bon moment de rire avec cette belle mise en scène et super distribution, n'en déplaise à André Baccichet (directeur du centre culturel d'Auderghem) qui se targuait d'accueillir la "vraie" distribution d'origine! Je n'ai pas vu cette version, je ne me permettrai pas de commentaire (j'aime pas Berléand mais c'est pas une raison pour les dénigrer ;) )... mais de toute façon, je ne vois pas comment ils pourraient être meilleurs que la troupe du Public, alors autant aller voir des comédiens belges, na! (oui je suis chauvine ;) )

"Deux hommes tout nus", au théâtre le Public jusqu'au 31/12; infos et réservations sur le site du Public.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles

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Publié le 10 Décembre 2015

Coming out

Cela fait un moment que Christian Labeau joue ce spectacle seul en scène (il était même à Avignon cet été), mais je n'avais pas encore eu l'occasion de le voir. C'est, aujourd'hui, enfin chose faite!

"Coming out" est construit à partir de 3 textes de Tom Lanoye, adaptés par Alain Van Crugten, traducteur 'officiel' de l'auteur belge néerlandophone. Il assure également la mise en scène du spectacle, et a veillé, dans sa traduction, à maintenir le rythme, le style de la langue et du texte d'origine (et c'est très réussi!).

La pièce raconte donc une partie de l'histoire de Tom Lanoye lui-même, de la découverte de la sexualité et de ses préférences, au fameux moment du coming out, l'annonce de son homosexualité à ses parents, dans une famille où on est boucher de père en fils et où on ne comprend pas forcément facilement cette "différence". Evidemment, le récit ne suit pas la chronologie, et nous promène joyeusement d'une époque à l'autre, d'une anecdote croustillante à une révélation plus personnelle et touchante. Le ton est globalement léger, avec des moments plus intenses et sombres. L'écriture est souvent drôle, mélange de lucidité et de tendresse sur une vie, racontée sans fioritures, d'une manière parfois crue mais jamais vulgaire, avec quelques pointes de cruauté dans les échanges mère-fils notamment, et beaucoup d'humour!

Christian Labeau semble s'amuser énormément sur scène en incarnant ce personnage avec beaucoup de sincérité, une "gouaille" et une bonne humeur assez communicative! Il parvient à faire passer les émotions avec beaucoup de profondeur tout en retrouvant vite ce sourire en coin, l'oeil qui pétille et une sorte de bonhommie qui le rendent agréable à écouter, et font qu'on ne décroche pas! On ne peut pas dire que le rythme du spectacle soit endiablé, mais ce n'est pas dérangeant, le spectacle ne manque pas de rythme, il se déroule simplement sur un rythme plutôt tranquille, sans courses folles (je dois dire que je l'ai vu le lendemain de "Ancien malade des hôpitaux de Paris", donc forcément, c'est un grand contraste!). Ici, on prend le temps de suivre les pensées et les émotions de l'adolescent et puis de l'adulte qui se confie à nous. L'intimité de la petite salle du Public convient bien à ce spectacle qui ressemble à un partage de confidences bourrées d'humanité et d'amour, finalement!

En bref, un très beau moment de théâtre, une très belle adaptation d'Alain Van Crugten, une magnifique performance de Christian Labeau, à ne pas rater! D'ailleurs, Tom Lanoye a 'validé' et apprécié la création, soulignant, comme nous le confie Christian Labeau, que c'est étrange de voir son histoire racontée dans un autre corps!

"Coming out", au théâtre Le Public jusqu'au 31/12/15, en tournée ailleurs en Belgique ensuite (du 12 au 15/1/16 à la Ferme de Martinrou à Fleurus, 22/3 au Palace à La Louvière). Infos et réservations pour le Public sur leur site.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles

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Publié le 7 Décembre 2015

Ancien malade des hôpitaux de Paris

Chaque année, depuis quelques saisons maintenant, Wolubilis a la gentillesse de programmer des spectacles que j'aurais aimé aller voir à Paris et que j'ai loupés (parce que oui même s'il m'arrive d'aller au théâtre ailleurs, je suis Bruxelloise, je vous le rappelle ;) ). Merci aux programmateurs de ce théâtre, donc, d'avoir eu la bonne idée d'accueillir Olivier Saladin cette saison! J'attendais beaucoup de ce spectacle, dont j'avais lu beaucoup de bien, et je n'ai pas été déçue!

L'histoire de ce seul en scène? Une nuit folle aux urgences d'un hôpital parisien. Ou plutôt, les souvenirs du Docteur Galvan, qui 30 ans plus tôt, était un jeune interne, et qui a vécu une nuit qui a changé sa vie... Et figurez-vous qu'il éprouve le besoin de raconter tout cela... A l'époque, ce jeune homme ambitieux enchaînait les gardes aux urgences, quand une nuit, un patient aux symptômes en cascade (c'est le cas de le dire pour l'un d'eux...) et pour le moins déroutants l'a lancé dans une course folle, fait douter, retrouver la vocation, etc, etc...

Je ne vous en dirai pas plus, sinon que le texte de Daniel Pennac (auteur que j'avoue ne pas bien connaître - oui, je sais, c'est pas bien!) est absolument superbe! A la fois d'une précision... chirurgicale, et très poétique par moments... Les détails, les descriptions (qu'on préfère ne pas imaginer parfois, sauf si on a déjà travaillé en hôpital et qu'on n'est pas vite dégoûté), sont extrêmement parlants, et le texte, d'un niveau soutenu (mais compréhensible même quand vous n'y connaissez rien en médecine!), est magnifiquement rythmé, et avec une vraie chute!

La prestation d'Olivier Saladin est elle aussi parfaite! Pas une seconde on ne décroche, on rit de ses mimiques, ses intonations, sa folie douce, on est happé dans les aventures de ce pauvre jeune interne! La mise en scène de Benjamin Guillard accentue cette course folle tout en offrant des pauses pour reprendre son souffle! Un décor somme toute simple : quelques chaises pour figurer la salle d'attente, une table avec un percolateur, les portes de garage typiques des sorties des ambulances aux urgences en guise de fond, une chaise et une table à roulettes, sans oublier des jeux de lumières très maîtrisés (ah, les cartes de visite... élément-clé de l'histoire, en quelque sorte... ) cela suffit pour faire prendre vie à toutes les scènes décrites par le personnage principal.
Et, évidemment, tout cela ne marcherait pas sans le talent d'Olivier Saladin pour incarner tous les personnages de l'histoire, toute son énergie pour personnifier surtout ce médecin haut en couleurs, qui n'exagère pas du tout les aventures rocambolesques gravées dans ses souvenirs (mais combien de kilomètres font ces couloirs d'hôpital, pour y courir aussi longtemps!?!)

Bref, ce spectacle d'1h15 passe en un éclair et on s'amuse vraiment beaucoup! Si vous avez l'occasion de le voir n'hésitez pas (je n'ai pas vu d'autres dates en Belgique, mais s'il y a une autre tournée ou si la pièce est reprise, foncez-y!)

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur

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