Publié le 31 Janvier 2016

Escapade à Londres : King & country

Pour célébrer cette année "Shakespeare" (on commémore cette année les 400 ans de la mort du Bard of Avon) et la démarrer en beauté, j'ai cédé à une petite folie... et j'ai entrainé une amie bloggeuse avec moi! Avec Christine (Théâtre côté coeur), nous avons investi le Barbican Center trois jours de suite, pour le cycle "King & country" de la Royal Shakespeare Company. Environ 11h de Shakespeare, en anglais élisabéthain, sur 48h... Pas forcément très raisonnable (y compris financièrement, quand même!), un peu (...) fatigant, mais quelle magnifique expérience que d'assister à d'aussi belles performances!

Y'a pas à dire, la qualité de jeu de tous les comédiens de la RSC est au top, y compris dans les "petits" rôles! Pour ceux qui interprètent plusieurs personnages par pièce, et qui intervenaient dans les 4 pièces, quel marathon cela a dû être! Et pour ceux qui gardaient le même rôle dans plusieurs pièces aussi d'ailleurs! Mais quelle joie de suivre l'évolution des personnages. C'est fou, alors que sur papier cela semblait énorme, à quel point ces 3 jours ont filé! On n'a pas vu le temps passer, on était complètement dans l'histoire, et puis je dois dire qu'avec ce rythme, on s'attache aux personnages, on prend l'habitude de 'retrouver' les comédiens d'un jour à l'autre... Ce qui nous a rendues un peu nostalgiques le dernier jour, et m'a laissé une sorte de vide le lendemain. Dit comme ça, on dirait que j'exagère, mais ça m'a vraiment fait bizarre quand c'était fini, et malgré la fatigue, j'aurais signé à deux mains pour continuer pour 3 jours de plus avec les mêmes!

Ce billet ne sera pas vraiment une critique des 4 pièces, plutôt une tentative de vous faire partager un peu du plaisir et de l'enthousiasme que j'ai pu ressentir. Puisque ce blog est en français, je garde cette langue pour écrire aujourd'hui (sorry - mais ça serait étrange de subitement passer en anglais sur ce blog, et puis même si je me débrouille, je ne suis pas sûre de maîtriser toutes les expressions typiquement 'théâtrales' dans cette langue!).
Je peux difficilement vous encourager à aller voir ce cycle de pièces, à moins de vous envoyer à New-York en avril! (ou en Asie en février/mars, mais vous louperez Richard II dans ce cas... Eh oui la RSC fait une belle tournée cette année!). Au pire, et même si ce n'est pas pareil (et que les distributions ont légèrement changé, j'y reviendrai) il vous reste les DVD (ou Blu-Ray) pour vous faire une idée de la qualité de ces productions. La dernière pièce du cycle, Henry V, sortira le 1er avril prochain, et un coffret des 4 DVD est prévu également (voyez le site de la RSC pour plus d'infos).

Quelques remarques générales sur l'ensemble du cycle (composé donc de Richard II, Henry IV part 1 & 2, et Henry V) : les quatre pièces ont été mises en scène par Gregory Doran (directeur artistique de la RSC), et j'aime beaucoup la relative simplicité (et la grande cohérence) de ces mises en scène : c'est soigné, avec quelques petites trouvailles, mais sans grands tralala ni effets inutiles : la mise en scène est vraiment au service de l'histoire et de la compréhension du texte, et c'est le jeu des acteurs qui est au centre. Tous les éléments m'ont donné l'impression de voyager dans le temps et de me plonger vraiment dans l'histoire d'Angleterre, avec quelques touches de modernité par-ci par-là (essentiellement autour de Harry - le futur Henry V, qui semble se profiler comme un roi plus 'moderne', plus 'démocrate' que ses prédécesseurs... une sorte de synthèse qui aurait pris le positif de Richard II et d'Henry IV).

Cette mise en scène "réaliste" rend toute cette histoire plus concrète, et l'on peut vraiment apprécier avant tout les évolutions des personnages - c'est cela, pour moi, qui est au centre de ce cycle : la relation au pouvoir et à la royauté, bien sûr, mais via le ressenti concret de personnages de chair et de sang, pas des idées ou des concepts. Je trouve que Gregory Doran a particulièrement bien dirigé les membres de sa troupe, afin de nous faire passer toutes ces émotions. D'abord, Richard II, roi 'de droit divin' (God's deputy on Earth), tellement sûr de lui et de sa légitimité, qu'il ne mesure pas bien les limites de sa charge (et confond un peu finances de l'état et fortune personnelle, disons...), et qui perdra tout, son trône, ses certitudes, sa vie... Magnifique peinture extrêmement touchante d'un destin qui s'écrase en flèche... Ensuite, il y a Bollingbrook, Henry IV si vous préférez, ambitieux, proche du peuple, qui parvient à contraindre Richard de lui laisser le trône... Mais qui paiera cet affront à Dieu avec un règne troublé de guerres civiles et de traitrises et de complots pour le renverser, qui n'accomplira jamais son voeu de croisade en Terre Sainte pour expier. Et enfin, Hal, ou Harry, càd le futur Henry V, fils d'Henry IV, héritier malgré lui d'une responsabilité qui n'aurait pas dû lui incomber sans la prise de pouvoir de son père... Et qui fuit d'abord ce futur dans la débauche et les beuveries avec Falstaff, sorte de père de substitution, et sa bande de voleurs. Mais qui devra assumer la charge de roi en amendant sa conduite, même si cela lui est difficile, et tentera d'être un roi exemplaire, faisant oublier le péché de son père, menant bravement ses soldats à la bataille en France (mais pleurant les morts) et mesurant la solitude et les responsabilités de sa position de roi. Trois personnages finalement très humains... avec en ce qui me concerne un vrai coup de coeur pour Henry V, j'ai vraiment trouvé le personnage très intéressant et son évolution superbement suggérée et interprétée au fil des 2 parties d'Henry IV et de Henry V. Pour ce personnage en particulier, voir les pièces d'affilée, c'était un vrai 'plus' (et un grand bonheur!)

L'autre grande qualité des mises en scène de Greg Doran, c'est qu'il ne néglige pas les aspects comiques des pièces de Shakespeare, au contraire. C'est une des choses que j'adore chez Shakespeare, ce mélange permanent de comédie et de tragédie, et les pièces historiques n'échappent pas à la règle! Dans Richard II, les éléments comiques sont de petites respirations dans une histoire franchement tragique, et ça fait du bien. La première partie d'Henry IV est plutôt une comédie, même s'il y a la trahison et la rébellion menée essentiellement par Hotspur... Le personnage de Falstaff amène une sacrée dose d'humour, parfois grivois, parfois potache, mais l'équilibre est parfaitement réussi! Dans la 2ème partie, on retrouve aussi des éléments extrêmement drôles, et des scènes beaucoup plus sombres et graves. Enfin, Henry V m'a surprise par sa relative légèreté, on a énormément ri aussi, et pour le reste, on est dans une aventure plus que dans un drame: même si Henry doit encore apprendre à porter sur ses épaules sa charge royale, globalement il s'en sort bien, donc la pièce m'a semblé plus légère!

J'ai mentionné la qualité des comédiens, je devrais souligner aussi leur nombre: à peu près 25 dans chaque spectacle! De telles troupes, c'est de plus en plus rare chez nous, et ça fait plaisir à voir! N'oublions pas qu'il y a aussi - et c'est un vrai plus dans la mise en scène, je trouve - les musiciens et chanteurs qui interprètent la bande son des pièces en live! Chants angéliques venus du ciel et trompettes pour Richard II, musiques légères à tendance celtique pour Henry IV, et un mélange de tout ça (sauf que ce sont des voix d'hommes et pas de femmes) pour Henry V. Chapeau d'ailleurs à ces musiciens et chanteurs qui ont accompagné ce marathon théâtral!

Je me suis promise de ne pas être trop longue dans ce billet (qui a dit "c'est mal barré!" ??)... Je dirai encore quelques mots pour chaque pièce (parce que je n'ai cité que le metteur en scène jusqu'à présent! Et les comédiens, alors?!)

  • Richard II : j'avais déjà vu la pièce en 2014 et vous en avais parlé assez longuement sur ce blog. Je ne parlerai donc que des différences (pas besoin de répéter que David Tennant est exceptionnel... Il l'est toujours, même si la charge émotionnelle de la dernière - de 85 dates!- que j'avais vue l'autre fois n'y était pas, je me suis à nouveau trouvée tremblante à l'entracte, et profondément triste lors de la scène de 'déposition' lorsque la douleur du roi parait derrière le masque ...). Au niveau de la distribution : Julian Glover remplace Michael Pennington dans le rôle de John of Gaunt (et il est excellent), et surtout, Jasper Britton a repris le rôle de Bollingbrook, puisque c'est lui qui joue ensuite Henry IV (c'est le même personnage qui change de nom en devenant roi, pour ceux qui n'ont pas suivi! ;) ). Avec brio! Quelle superbe performance, il a la carrure et l'ambition du personnage qui fait moins 'bourrin' (passez-moi le terme) que dans la version d'il y a 2 ans! Un vrai coup de coeur!
    Par contre, même si Sam Marks se débrouille bien, Oliver Rix m'a manqué dans le rôle d'Aumerle! Oui, bon, j'avais assez bien craqué pour son interprétation et cette alchimie entre lui et Tennant l'autre fois, alors, ça m'a manqué! Ca tient peut-être aussi à de légères différences de mise en scène, Aumerle étant plus girouette et semblant moins dévoué à Richard. D'autres éléments ont été modifiés, juste pour souligner les moments "importants pour la suite" - enfin, souligner... les renforcer un peu, Greg Doran ne nous prend pas pour des idiots en insistant lourdement, mais on sent, en fond, les vibrations, les arrières-pensées, les éléments des caractères qui se révèleront dans la suite, les 'prophéties' qui deviendront réalité... Joliment adapté pour consolider ce cycle, et toujours une pièce très intense!
  • Henry IV part 1 : j'avais un peu peur des deux Henry IV, parce que "les scènes de taverne" en anglais d'époque ne sont pas des plus évidentes à comprendre. Mais finalement, ça a été! Joli moment en ouverture, très solennel. Falstaff plus sympathique que son personnage d'ivrogne menteur et lâche ne le laissait supposer ;) Belle performance d'Antony Sher, qui rend le personnage vraiment drôle! A souligner surtout pour moi, l'impeccable prestation de Matthew Needham dans le rôle de Hotspur (mais POURQUOI ce n'est pas lui sur le DVD?! :'( ) : il est fougueux, dans toute la spontanéité (et la confiance en soi) de sa jeunesse, il ne sait pas se contenir, n'écoute pas, fonce et réfléchit ensuite... On a presque l'impression qu'il est constamment prêt à bondir sur le premier cheval qui passera pour partir à la guerre, peu importe contre qui si la cause lui semble juste! Cela le rend par moments plutôt marrant d'ailleurs, et en même temps, même si c'est un traitre et un rebelle, on sent ses intentions tellement pures, qu'on aurait presque envie qu'il gagne! Antony Byrne, aussi, dans le rôle de l'oncle de Hotspur (Worcester), est plus posé, plus fourbe, mais livre une brillante interprétation (j'avoue, j'aime beaucoup ce comédien qui a une sacrée présence. Il reprend d'autres rôles dans les pièces suivantes et chaque fois, fait mouche!)
  • Henry IV part 2 : c'est sans doute la pièce qui m'a le moins embarquée parce qu'elle comporte quelques longueurs. A croire que l'histoire d'Henry IV était trop longue pour tenir en une pièce, mais un peu courte pour s'étirer sur deux. En gros, on retrouve des éléments qu'on avait déjà vus et compris dans la première partie, le roi doit s'occuper de l'autre partie des rebelles, on retrouve Falstaff dans toute sa splendeur... Ce qui est intéressant, c'est surtout le dernier acte : la grande explication entre Henry IV mourant et son fils aîné, et la scène où Hal, devenu Henry V, doit renier Falstaff (la performance d'Alex Hassel est parfaite d'émotion contenue et m'a profondément touchée. Et Antony Sher en Falstaff KO par cette nouvelle et qui tente de ne pas y croire était très juste aussi!)
    Au rayon 'idée sympa de mise en scène' on trouve "la rumeur" (dans une version moderne, #rumeur?) qui intervient au début de la pièce. Et la scène la plus hilarante des 4 pièces sans doute est le recrutement de soldats par Falstaff : Oliver Ford Davies (le juge de paix Shallow) et Jim Hooper (son cousin Silence) sont ... impayables!
  • Henry V : J'ai trouvé cette pièce vraiment très équilibrée et avec un petit côté épique! Alex Hassell continue à rayonner de talent en faisant encore évoluer son personnage de Harry, enfin, Henry, bref appelez-le comme vous voudrez! Disons que la confiance en lui nécessaire à assumer sa fonction ne lui est pas miraculeusement tombée dessus et qu'il doute, on ressent bien que tout ça ne va pas de soi pour lui, et en même temps il sait être ferme ou encourageant quand il le faut. Les monologues 'célèbres' de cette pièce sont assumés et très bien interprétés, on aurait presque envie de le suivre sur le champ de bataille, et en tout cas, de lui faire confiance et de croire en la droiture de ses intentions! Il parvient à jouer un roi conquérant avec beaucoup d'humilité! Et d'humour dans la dernière scène où il tente de draguer maladroitement Catherine de France (beau fou rire de la princesse d'ailleurs, mais il a plutôt bien géré!). Au passage, les morceaux en français (ouais, bon, plus ou moins!) de cette pièce sont doublement drôles quand on est francophone! Bonne interprétation aussi de Joshua Richards, dans le rôle de Fluellen, officier gallois parfaitement raseur et attaché aux disciplines de la guerre... Et je ne verrai plus un poireau sans penser à lui! (et à Antony Byrne, alias Pistol).
    La bonne idée de mise en scène, c'est d'avoir rendu le 'choeur' (Oliver Ford Davies, forcément excellent - nan mais je l'adore lui!), qui intervient normalement au début de chaque acte pour nous résumer les déplacements et ce qu'on ne voit pas, visible aux comédiens. Du coup, ils n'interagissent pas vraiment avec lui, mais on voit ce qu'ils pensent de la version "officielle" qu'il raconte, et j'ai trouvé ces passages vraiment dynamiques! Il y a d'ailleurs pas mal de moments dans cette pièce où les comédiens interpellent directement le public, c'est assez inattendu parfois et bien réussi!

Voilà, je pense que j'ai tout dit... Si vous passez par New-York en avril, vous savez ce qu'il vous reste à faire! ;) Sinon... Achetez les DVD, ce sera moins bien qu'en live, mais déjà ça!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #London, #Shakespeare, #Coup de coeur

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Publié le 10 Janvier 2016

Sois belge... et va te faire voir!

Cette saison, j'ai dérogé à mes habitudes: au lieu d'aller voir l'épisode 2015/2016 de 'Sois belge et tais-toi' à Bruxelles en décembre, j'y suis allée début janvier à Mons. Je suis donc un peu en retard pour vous recommander de ne pas rater cet épisode XVIII, particulièrement réussi! Heureusement il reste beaucoup de dates de tournée, à Bruxelles et partout en Belgique. Vous trouverez les dates sur www.soisbelge.be (surveillez régulièrement, je crois que toutes les dates n'y sont pas encore - pas vu Bierges en avril par exemple?)

Alors, que vous dire sur cet opus 2015/2016 sans vous raconter tout le spectacle? ;)
Déjà, pour les distraits qui n'auraient jamais entendu parler de ce spectacle, "Sois belge et tais-toi" (rebaptisé cette année "Sois belge ... et va te faire voir" (chez les Grecs, bien sûr) ) est une revue politico-satirique qui s'amuse à passer à la moulinette ce qui a fait l'actualité belge et internationale de l'année écoulée, avec sketchs, imitations et chansons parodiées. C'est André Remy et son fils Baudouin qui sont aux commandes de l'écriture et ils interprètent le spectacle accompagnés de Stéphanie Coerten, Elsa Erroyaux, Joël Riguelle et Philippe Peters (pas de changement dans la distribution cette année, on retrouve toute la bande avec plaisir!). Cette année, comme l'année dernière, c'est Alexis Goslain qui assure la mise en scène, assisté de François Dumortier.

Je devrais peut-être commencer mon article par là. L'an dernier, j'avais regretté le départ de Thibaut Nève qui avait mis en scène les précédents Sois belge, et je trouvais que la mise en scène laissait trop d'espaces vides, que les écrans, malgré de bonnes idées d'utilisation, étaient trop petits. Cette année, rien à dire à ce sujet sinon : waouw! J'ai retrouvé ce que j'avais aimé dans la mise en scène d'il y a 2 ans, en 'encore mieux'! L'occupation de l'espace est bien gérée, les lumières toujours aussi belles, et le retour de grands écrans modulables permet de multiples utilisations de la vidéo! Tantôt, l'écran permet de projeter un décor, tantôt il assure les transitions entre saynètes pendant les changements de décors et costumes avec des petites vidéos et un fil conducteur marrant assuré par des ... moutons (qui font aussi les messages aux spectateurs) - ça permet de maintenir le rythme. Mais les écrans permettent surtout aux comédiens de se dédoubler, augmentant le nombre de personnages par scènes et amenant quelques dialogues bien drôles (et un "mélange" personnage-voix qui m'a valu un fou rire et me permettra de rire désormais quand un certain politicien du Nord du pays, président du 1er parti flamand, sera interviewé en télé... mais je ne vous en dis pas plus pour garder la surprise!). Cerise sur le gâteau, dans les vidéos, deux vrais politiciens belges interviennent... Et il y en a surtout une (devinez qui!) qui a vraiment joué le jeu!

L'écriture du spectacle de cette année est comme toujours pleine de finesse et d'intelligence, l'oeil aiguisé du journaliste qu'est Baudouin Remy n'est jamais loin, les jeux de mots fusent (et là où ils en recyclent parfois certains d'une année à l'autre, j'ai l'impression de pas mal d'inédits cette année, notamment lors du 'cours de rien'). Il m'a semblé qu'il y avait plus d'humour noir que d'habitude, peut-être à cause des sujets... L'actualité n'a pas été très drôle, c'est le moins qu'on puisse dire, et si l'on creuse, la réalité derrière certains sketchs fait vraiment froid dans le dos. Mais entre le recul et, donc, une dose d'humour noir, ils sont parvenus à me faire rire même des sujets graves, et c'était pas gagné!
Au niveau de l'interprétation, les imitations sont toujours aussi bluffantes et réussies (tout comme les costumes et perruques... En allant au théâtre j'ai croisé Elio Di Rupo qui remontait la rue, j'ai regardé à deux fois pour m'assurer que ce n'était pas Baudouin Remy qui s'amusait avant le spectacle!), les comédiens se donnent à fond, les chansons sont très réussies (merci à Stéphanie Coerten de m'avoir confirmé que c'est juste la voix Louane que je ne supporte pas ;) - mais bon Stéphanie elle chante super bien c'est pas une découverte). Et il y a quelques chorégraphies assez compliquées cette année .. bravo pour la coordination!!

Parlons finalement du contenu, en essayant de ne pas trop en dire.... Parmi les thèmes, on retrouve la politique européenne avec la crise grecque (et un Hollande plus vrai que nature), Bart et la NVA (brrr...), les soins de santé, le gouvernement Michel (fou rire garanti désormais lorsque j'entendrai Charles Michel répondre aux journalistes et placer une certaine phrase qu'il dit tout le temps!), le contrôle de chômeurs, le fameux cours de "religion"/rien/EPA.
L'intro est bien trouvée et met directement dans l'ambiance... ;) En plus des moutons, un autre fil rouge (comme le sabre laser...) de circonstance distille plein de clins d'oeil à Star Wars dans tout le spectacle (attention au roi Philippe, l'Empire le surveille... Et Chewbacca a... bien changé!)... Elio n'est pas une cruche mais fait l'autruche (je la sentais venir cette chanson pour Elio en plus!)... Le sketch sur les réfugiés est particulièrement fort avec un choix de chanson plutôt touchant, qui rappelle en quelque sorte que le problème n'est pas neuf... Le terrorisme est évoqué, en tournant les djihadistes en dérision... Dans un registre plus léger on retrouve les Martine et une 9de les qui reprend quelques éléments déjà évoqués dans une des premières leçons mais rajoute une couche animalière aux expressions idiomatiques. Et finalement, un dessin inédit de Pierre Kroll est plus parlant qu'un discours et marquera certainement les spectateurs...

Bref (oui c'est une figure de style, je n'ai évidemment pas pu être brève, mais je suis toujours tellement enthousiaste sur ce spectacle, en particulier quand il est aussi réussi que cette année!)... Comme Baudouin Remy l'a dit hier à la fin du spectacle (et Michel Kacelenbogen l'avait dit en décembre, cf mon article sur "Deux hommes tout nus"), vider les théâtres c'est facile, les re-remplir l'est moins. Plus que jamais, je vous encourage à aller voir des spectacles vivants sur scène, où vous voulez, dans les genres qui vous plaisent, dans la mesure de vos moyens (oui y'a des spectacles pas plus chers qu'un cinéma à Bruxelles), mais n'ayez pas peur et sortez! La culture ça ne peut faire que du bien, 'Sois belge' ça vous fera rire de façon intelligente en plus, alors foncez!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #humour, #Belgique, #Coup de coeur

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Publié le 8 Janvier 2016

Alive

Quelle meilleure façon de finir l'année au théâtre (j'ai vu le spectacle le 30/12) et de la commencer sur ce blog qu'en étant "Alive!" ?
Pourtant, je dois commencer cet article par une mauvaise nouvelle : pour le moment, ce spectacle ne se joue plus... Alive était joué au théâtre de la place des Martyrs du 16/12 au 3/1, donc l'ayant vu en fin de période, j'arrive un peu tard pour vous recommander d'y aller. Néanmoins, j'ai cru entendre, dans la file d'attente, qu'ils étaient motivés et en recherche d'une tournée avec cette pièce, donc j'espère bien qu'elle sera à nouveau programmée très bientôt! Sinon vous pourrez toujours lire mon article et regretter de l'avoir loupée! ;)

Alive, création de et interprétée par Emmanuel Dekoninck, Gilles Masson et Benoît Verhaert, était qualifiée de 'western musical', ce qui m'avait assez bien intriguée! Mais résumer l'intrigue n'est pas forcément évident sans en dire trop, car 'Alive' est avant tout... une histoire vraie! D'ailleurs Emmanuel Dekoninck prévient les spectateurs d'emblée : ce soir, ni lui, ni son ami musicien Gilles Masson (qui est quand même un peu acteur aussi!) ne joueront de rôle. Seul Benoît Verhaert interprètera un personnage. 'Alive' s'emploie à jouer avec les codes du théâtre et à briser ce fameux 4ème mur, en s'adressant au public, qui est réellement là et pourrait même intervenir d'une manière inattendue dans l'histoire...

L'histoire, c'est celle de Black, un cow-boy meurtri, chasseur de primes, fine gâchette à la recherche du meurtrier de son père adoptif. Une rencontre et une révélation au sujet de sa mère dans un saloon vont marquer un tournant dans cette quête... qui pourrait s'avérer fatale pour Black. En effet, si Black est donc ce personnage interprété par Benoît Verhaert, il n'est qu'un personnage, sorti de l'imagination d'Emmanuel Dekoninck, notre narrateur. Il a créé Black lorsqu'il était enfant, solitaire dans un internat, et cet être imaginaire est devenu son meilleur ami. Mais il est temps de grandir et de mettre un point final à cette création...

'Alive', c'est donc à la fois une réflexion sur la nécessité et la place à accorder à l'imaginaire dans nos vies, un jeu avec les codes du théâtre, de la belle musique et des chansons, et de vrais morceaux de western, avec tous les éléments du genre : saloon, prostituées, indiens, combats, ...

Alors, bien sûr, ce jeu avec le public et cette dualité réalité/personnage ne sont pas neufs et ont déjà été utilisés dans d'autres spectacles, mais je trouve qu'Alive réussit particulièrement bien cet exercice, avec une certaine originalité, un côté assez jubilatoire, beaucoup d'humour (on rit beaucoup pendant le spectacle!), et d'à propos : par exemple, on est particulièrement bien plongés dans les ambiances et décors qu'il nous est demandé d'imaginer (grâce aux images évocatrices, aux jolies lumières et au fond musical). La mise en scène est d'ailleurs soignée et nous emmène loin avec un décor pourtant simple, le rythme est bien maintenu tout au long du spectacle, et Gilles Masson et Emmanuel Dekoninck jouent et chantent très bien, rendant les passages musicaux très agréables!

Ajoutez à cela le jeu très juste des 3 comédiens (sans oublier Juan Borrego, qui en plus de s'occuper du son et des lumières, se retrouve - avec plein d'enthousiasme... - à faire de la figuration dans certaines scènes): Emmanuel Dekoninck déborde de sincérité et de générosité, Gilles Masson amène un certain recul parfois moqueur ou un brin cynique (mais pas que), Benoît Verhaert est parfait en mode cow boy froid et désabusé, devenant touchant ou hilarant selon les scènes (et particulièrement sexy en pantalon de cuir assez moulant... ).

En résumé, j'ai vraiment passé une belle soirée avec ce spectacle qui m'a fait l'effet d'une bouffée d'air (presque) frais (bah oui dans les saloons y'a toujours un peu de fumée! ;) ), un moment drôle et touchant, avec du fond sans être prise de tête... Bref, j'espère vraiment que 'Alive' sera bientôt repris quelque part et que je pourrai vous encourager à aller le voir! (pourquoi pas à Avignon? C'est pour moi tout à fait le genre de spectacle qui aurait sa place et pourrait faire un beau petit succès au Off!)

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur

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