Publié le 21 Février 2016

Escapade à Londres : The dazzle

Je vous en ai parlé il y a deux billets (hm... drôle de formulation non?), en janvier, j'étais à Londres pour un superbe cycle Shakespearien par la Royal Shakespeare Company. Ca, c'était le projet de départ, planifié depuis avril 2015. Et puis... il y a eu une cerise sur ce gâteau déjà bien garni! J'ai lu (j'ai toujours pensé que suivre "What's on stage" sur twitter et m'abonner à leur newsletter était une bonne idée) qu'Andrew Scott serait sur une scène londonienne pour la pièce "The dazzle", de mi-décembre à fin janvier! Andrew Scott, c'est notamment Jim Moriarty dans la série Sherlock... Mais c'est surtout un acteur très talentueux, qui vient du monde du théâtre, et au palmarès de prix théâtraux assez impressionnant. Bref, quelqu'un que je rêvais de voir sur une scène! Alors imaginez, en plus, dans un lieu insolite et intimiste (130 places)... l'occasion de vraiment bien observer son jeu d'acteur!

Bilan? C'est vraiment un acteur exceptionnel! Et pas que lui! J'y reviendrai...
Je voulais vous parler un peu de cette pièce, même si elle ne se joue plus et qu'il n'y a pas de DVD, ne serait-ce que pour souligner le magnifique travail de toute l'équipe et vous encourager à retenir les noms, et pourquoi pas, faire un petit tour à Londres pour le prochain projet théâtral de l'un ou l'autre?

The dazzle est un texte contemporain : la pièce a été écrite en 2002 par l'auteur américain Richard Greenberg et a rencontré un énorme succès à sa création aux Etats-Unis. Cette version était la première création britannique de la pièce. L'histoire se passe au début du 20ème siècle à New York et est très vaguement basée sur une histoire vraie... Ou en tout cas sur des personnages qui ont existé, les frères Collyers, marginaux retrouvés morts dans leur maison encombrée d'un bric-à-brac inimaginable. La pièce imagine le quotidien de ces frères : Lang(ley), pianiste, artiste, souffrant sans doute d'une forme de trouble autistique, incapable de faire face au monde, submergé par les émotions et les stimuli extérieurs, il peut passer une journée à observer une épine de pin pour en identifier toutes les nuances. Son frère Homer, ancien avocat en droit maritime, ne travaille plus et veille sur son frère. Au milieu de cette relation d'amour fraternel complexe, une jeune femme, sous le charme de Langley, viendra peut-être bouleverser les équilibres déjà fragiles.

Le texte est assez brillamment écrit car les échanges sont vifs, fluides et bien rythmés. Par contre, en terme d'action, c'est une histoire difficile à résumer, et je dirais que le texte et l'interprétation des personnages passe avant l'intrigue proprement dite.

La mise en scène de Simon Evans met assez bien cela en avant, soulignant beaucoup l'humour du texte, et dirigeant parfaitement les comédiens dans des rôles complexes et riches de beaucoup d'émotions diverses. La scénographie de Ben Stones et les lumières de Neil Austin rendent bien l'ambiance 'claustrophobique' (oui je sais ce mot n'existe pas) de la pièce, l'espace de plus en plus encombré, avec ce piano en élément central qui offre pas mal de possibilités de jeu, et puis la légèreté et la lumière qui diminuent au fil de la pièce, qui devient de plus en plus lugubre... Le lieu insolite, théâtre temporaire ("Found 111" sur Charing Cross Road n'est pas un théâtre mais une sorte de lieu presque industriel désaffecté - c'était une école d'art mais je trouve que les murs en béton et l'escalier étroit donnent l'impression d'un lieu industriel), n'est pas très confortable - les chaises aussi sont de bric et de broc - ni accessible (un peu plus de 70 marches à monter, et, bonne blague, les toilettes sont en bas!). Mais pour cette pièce étrange, le lieu est un parfait écrin, on a vraiment l'impression de jouer les voyeurs dans la tanière des frères Collyers.

L'atout majeur de cette pièce, son élément central pour moi, ce sont les prestations absolument épatantes des comédiens... J'ai lu beaucoup de commentaires qualifiant ce spectacle d'une masterclass in acting, je suis tout à fait d'accord! Joanna Vanderham amène beaucup de fraîcheur et de nuances au personnage féminin de Milly, mais ce sont les frères qui fascinent... Andrew Scott, dans le rôle de Lang, dégage un charisme un peu inquiétant, il est parfait dans le style très imprévisible de son personnage et son regard, d'une profondeur intense, semble receler un monde intérieur auquel nous n'avons pas accès, et qui déborde et projette ses images de temps en temps. Sa diction est très particulière, il parle en liant de plus en plus les mots au fur et à mesure de la pièce, avec des pauses assez incongrues (sur la fin, c'est un peu difficile à comprendre pour un non native speaker). Il parvient aussi à avoir un côté enfantin assez désarmant, et fait magistralement ressortir l'évolution de son personnage, qui s'enfonce de plus en plus dans son monde intérieur, et supporte de moins en moins tout ce qui le sort de ses habitudes.

Et en face... Je ne connaissais pas du tout David Dawson, et il m'a subjuguée... je compte bien m'intéresser à son travail et si j'ai l'occasion de le revoir sur scène, je foncerai. Son interprétation d'Homer est magnifique de nuances. Il doit veiller sur son frère, tel est le rôle que leur mère lui a donné, et gère ce fardeau avec énormément d'amour fraternel mais aussi parfois de la colère, de la lassitude, du découragement... Il parvient à donner l'impression d'une relation complice parfois avec Lang, tout en étant tenu à l'écart par sa 'particularité', il souffre que son frère ne lui rende pas l'amour qu'il lui porte, mais le protège, tout en étant très agacé et parfois presque cruel. S'il est un peu effacé derrière Lang dans la première partie, Homer se révèle dans la deuxième, avec quelques sublimes monologues, un jeu sur les ruptures de ton incroyable (et qui n'est pas sans rappeler celui d'un autre David dont je suis fan... ;) ). Finalement, son personnage se révèle aussi ambigu et marginal que celui de son frère, dans un autre style... Et il est extrêmement touchant, du coup. Bref, si Andrew Scott excelle dans une partition décalée dès le départ, David Dawson brouille les pistes sur plusieurs registres, avec lui aussi beaucoup de charisme... Au final, je serais bien incapable de vous dire lequel des deux m'a le plus impressionnée!

Bref... Puisque je ne peux pas vous conseiller d'aller voir cette pièce qui ne se joue plus, je me contenterai de vous rappeler ces deux noms, David Dawson et Andrew Scott, et vous conseiller de sauter sur l'occasion d'aller les voir sur scène, la prochaine fois que l'un ou l'autre montera sur les planches!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur, #London

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Publié le 12 Février 2016

Le paradoxe de Schrödinger

Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de "L'os à moelle", le plus vieux cabaret de Bruxelles. Une fois de plus, je voudrais saluer leur programmation originale! Ils osent proposer des pièces de théâtre de qualité et qui sortent vraiment de l'ordinaire, avec des thèmes, des histoires, un ton souvent décalé, comme on n'en voit... quasi nulle part ailleurs, malheureusement. Des pièces qui devraient amener au théâtre des gens qui n'ont pas forcément l'habitude d'y aller, des pièces qui font rire mais pas que, avec du fond, du suspense, dont on ne devine pas le scénario dès le début... Un vrai plaisir!

"Le paradoxe de Schrödinger" ne déroge pas à cette règle. Bonne idée de l'avoir repris cette saison (je l'avais loupé l'an dernier, déjà prise la semaine où ça se jouait)... dommage qu'il ne reste qu'une représentation demain samedi pour vous encourager à foncer voir ce spectacle!

Comment vous parler du paradoxe de Schrödinger sans trop vous en dévoiler? ... Il s'agit, comme l'annonce le site de l'Os à Moelle, du premier seul en scène post-apocalyptique! Le 30 septembre 2016, il s'est passé un truc sur Terre (oui je sais je parle au passé d'une date dans le futur mais l'histoire se passe en 2018...). L'apocalypse? Plus ou moins, en tout cas, "dehors", c'est devenu dangereux, et ça pullule de zombies (ou de Renés, comme les appelle notre héros). Ce héros, c'est Erwin Hawking, un jeune homme qui a survécu aux "événements", et qui résiste toujours dans la petite ville de Noisy Fields. Seul, et un peu désespéré. Mais courageusement, tous les jours, il anime une émission de radio, donnant des nouvelles de la situation dans la ville, l'état des stocks des magasins... Et lançant, inlassablement, le même appel à d'éventuels autres survivants, de venir le rejoindre...

Difficile de vous en dire plus sans 'spoiler' des éléments de l'intrigue! Je pourrais ajouter des questions philosophiques du genre "si un arbre tombe dans la forêt et qu'il n'y a personne pour l'entendre, est-ce qu'il fait du bruit?", vous parler de paradoxes du genre "cette phrase est fausse" (non, ce n'est pas cet exemple-là qui est cité dans la pièce, mais une réflexion du même style qui boucle sur elle-même), mais ça ne ferait que vous embrouiller! Disons que Le paradoxe de Schrödinger sort vraiment de ce qu'on voit d'habitude sur une scène de théâtre, qu'on rit beaucoup, qu'il y a du fond, de la réflexion, beaucoup de finesse, et aussi de l'action, de l'aventure, de la décapitation de zombies (hors scène ;) ), du sang, une remise de prix et de la chanson! Oui, bon, d'accord, comme ça on dirait que c'est un mélange improbable... mais il tient extrêmement bien la route!

Le texte, co-écrit par Xavier Elsen et Victor Scheffer, est brillant! Comme je le disais, il est rempli de trouvailles humoristiques décalées et parfois absurdes (du genre qui fusent parfois en impro, quand les comédiens sont en pleine forme... Je ne sais pas comment ils se sont organisés pour écrire, mais il y a à la fois beaucoup de profondeur et une impression de grande spontanéité, avec des vannes qui sortent de nulle part, pas des trucs déjà ressassés 20 fois, et des réflexions qui triturent le cerveau). Bref, j'ai adoré l'écriture, vraiment! Un parfait mélange équilibré et vraiment l'impression d'un texte qui sort de l'ordinaire.

Par contre, j'ai lu ailleurs qu'il y avait pas mal de clins d'oeil aux films, séries et jeux vidéos tournant autour des zombies dans la pièce... J'avoue, j'y connais rien de rien, donc je suis passée à côté! Mais ce n'est pas du tout gênant pour apprécier la pièce, en fait! (et s'il y a des films de zombies aussi intelligents et drôles que ce spectacle, je vais peut-être finir par m'y mettre!). Par contre, le paradoxe de Schrödinger, celui d'origine, je veux dire (si vous ne savez pas ce que c'est, allez voir la pièce c'est bien expliqué) m'a toujours fascinée (beaucoup plus que son équation, à laquelle, désolée pour mon prof de physique moderne de 2ème candi, je n'ai jamais rien compris! Mais comme le disait Alexandre Astier dans un sketch, personne ne comprend rien à la physique quantique, même pas ceux qui en font! Bref...). Donc, l'idée de la superposition des deux états quantiques du chat tant qu'on n'ouvre pas la boîte, c'est assez intrigant. Et j'aime beaucoup la manière dont ce paradoxe est repris et envisagé dans la pièce! (n'empêche, ils ont un truc contre les rongeurs à L'os à moelle? Après les souris de la Tour Mortame, ici on retrouve des hamsters...)

La mise en scène de Victor Scheffer, assisté de Matthieu Meunier, permet aux différentes ambiances du spectacles de bien s'installer, et la bande-son qui accompagne les transitions de scènes est superbe! Et puis surtout, Xavier Elsen livre une performance franchement épatante dans ce seul en scène! Quel engagement! Il se donne à fond, fait vivre son personnage à merveille, on en oublierait presque qu'il est seul (même si à un moment il a un peu le syndrome de Tom Hanks dans "Seul au monde", mais pas avec un ballon). Ses mimiques et grimaces dans les moments drôles sont impayables, mais il passe très bien aussi d'une émotion à l'autre. Et il chante plutôt pas mal, en plus! Bon, je ne viens pas de découvrir qu'il est bon comédien, mais il est particulièrement convaincant dans Le paradoxe de Schrödinger!

En résumé... j'espère que le spectacle sera repris à nouveau un jour, histoire d'y envoyer quelques amis qui d'habitude n'osent pas trop aller au théâtre et qui devraient aimer ce spectacle... et surtout, si vous lisez cet article... ne venez pas me rejoindre chez moi ni à Noisy Fields, mais foncez à l'Os à Moelle samedi 13/02 pour la dernière!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles

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