Publié le 31 Octobre 2021

Enfin! J'ai ENFIN réussi à voir le spectacle L.U.C.A. ! Après plus de 2 ans d'attente. Hé oui, j'avais repéré ce spectacle il y a un moment déjà, en suivant l'actualité d'Hervé Guerrisi (dont j'ai adoré les spectacles "Cincali!" et "La turnàta"). Mais un peu trop tard pour réserver pour les premières dates à Bruxelles, zut. Et pas d'Avignon au programme en 2019, alors, je guette un retour dans notre capitale... Oui! Fin de saison 19-20, au National! Je réserve avec impatience. Mais... un foutu virus passe par là. Représentations annulées. Snif. Heureusement, Wolubilis le programme pour la saison 20-21, enfin, on croise les doigts... les accueils français tombent, mais ouf, L.U.C.A. est toujours là! Ce sera pour début 2021.
Ou pas. Nouvelle fermeture des théâtres, nouveau confinement, spectacle reporté.
Au 28/10/21. Et là, enfin, j'ai pu voir L.U.C.A. !

Vous l'avez compris, après toutes ces péripéties, j'attendais le spectacle avec impatience... et il fut encore mieux que ce que j'espérais! J'ai eu un énorme coup de coeur pour "L.U.C.A.", je ne peux que vous conseiller mille fois de foncer si vous ne l'avez pas encore vu!

Quoi? Que j'en dise un peu plus? D'accord...
Après "Da Solo" dont je vous ai parlé dans mon billet précédent, voici un autre spectacle qui évoque l'immigration italienne. Ou plutôt, un spectacle dont c'est le point de départ, car c'est une rencontre entre Hervé Guerrisi et un spectateur à l'issue d'une représentation de "Cincali!" qui lancera la réflexion de celui-ci et de son complice Grégory Carnoli.
Les deux comédiens sont petits-fils de mineurs italiens, et l'un et l'autre ont un nom de famille qui ne leur permet pas vraiment de le cacher (... contrairement à moi, qui suis aussi petite-fille de mineur venu d'Italie, mais du côté de ma maman!). Pourtant, sur base de leur physique, on leur a déjà prêté d'autres origines, ainsi qu'ils le confient dans le spectacle: arabe pour Grégory Carnoli, un peu de tout avec une tendance brésilo-portugaise pour Hervé Guerrisi. Alors, comment répondre à cette question lancinante : "D'où tu viens?" ? En remontant la piste de leurs origines, de leur arbre généalogique, de leur ADN, jusqu'à rencontrer la fameuse cellule "L.U.C.A.", notre Last Universal Common Ancestor, celui qui est au départ de toute forme de vie, même improbable, sur Terre.

Ce sont ces recherches et leurs résultats qu'ils partagent avec nous dans le spectacle, ainsi que les réactions de leurs familles. Et leur incompréhension : pour eux, c'est évident, l'immigration italienne des années 1950 et les migrants qui tentent de rejoindre l'Europe aujourd'hui, c'est la même histoire. Alors pourquoi tant de véhémence de la part de leurs familles à nier cela, pourquoi un tel rejet, une telle certitude que ça n'a rien à voir ?

Le programme de Wolubilis qualifie "L.U.C.A." de "objet scénique original, entre théâtre documentaire, conférence caustique et espace de résistance". J'ajouterais road-movie, pour le rythme et le fil conducteur à la recherche de leurs origines. Voilà pour la forme du spectacle, qui oscille entre projections et moments plus poétiques, témoignages audios et scènes familiales rejouées, et interactions avec le public (ouf, je n'ai pas les yeux bleus! :D ). Tout ça file à 100 à l'heure, ça pourrait sembler décousu mais non, tout se tient, et on passe des éclats de rire à l'émotion ou à la colère en un changement de lumière.

Hervé Guerrisi et Grégory Carnoli sont d'une sincérité totale sur scène, en partageant leur histoire et leurs émotions. Ils sont aussi courageux, d'une certaine façon, vis à vis des proches qu'ils ont interrogés et dont on entend les avis parfois très tranchés dans leur rejet des migrants actuels. Leur naturel et leur évidente complicité ne peuvent que séduire les spectateurs, et l'on passe un bon moment en leur compagnie, entre rires et tendresse, et réflexions plus profondes.

Vous l'avez compris, j'ai adoré ce spectacle, qui a fait écho en moi... Pourtant, je dois avoir l'air "locale" (?), parce qu'en Belgique ou en France, on ne me demande jamais d'où je viens! (En bonne fan de Kaamelott, je serais d'ailleurs tentée de répondre, comme Arturus dans le livre VI, "Ben... du dortoir", juste pour rire!). Mais en vrai, comme on ne me le demande pas, je ne me pose pas la question. En France, quand je dis que je suis Belge, on me répond que ce n'est pas possible, je n'ai pas l'accent belge. Il n'y a que dans les pays anglophones qu'on me demande "where are you from?", et là je réponds "Belgium". Donc, on va dire que je me sens Belge. Ou pas. Terrienne, je dirais. Encore que, des fois, j'aimerais venir d'une autre planète...

Bref... Ce qui m'a "parlé" dans ce spectacle, c'est que je partage l'avis des comédiens. Pour moi, même si la société est différente, l'histoire de l'immigration italienne vers les charbonnages, et celle des migrants actuels, c'est la même, c'est le même moteur en tout cas qui pousse de jeunes hommes à tout quitter et à tenter leur chance ailleurs, où on leur a promis un monde meilleur et un travail, alors que chez eux, il n'y a rien à part crever (de faim ou tout court pour ceux qui fuient aujourd'hui la guerre). Alors entendre les anciens immigrés italiens dire aujourd'hui des nouveaux immigrés qu'ils viennent profiter du système, cela me choque toujours... ont-ils oublié qu'on disait pareil d'eux à l'époque, qu'ils venaient pour la "moutouelle"? Si c'était faux pour eux, pourquoi cela serait-il vrai pour les autres? Et pourtant... j'entends ça dans ma famille aussi. Alors c'est sans doute pour ça que "L.U.C.A." m'a tellement touchée.

Pour ça, et parce que c'est un spectacle positif, et pas du tout moralisateur. Ils ne prétendent pas avoir raison non plus, ils ne se moquent pas de l'avis des autres, ils cherchent juste à comprendre. Avec la science et l'évolution en outils de secours pour expliquer leur point de vue. Et l'humour, bien sûr. Et quelques joyeux clichés qui n'en sont pas vraiment et qui feront sourire tous les Italiens de Belgique!

Malheureusement, les prochaines dates de "L.U.C.A." sont toutes en France! Alors c'est génial de savoir que ce spectacle tourne aussi chez nos voisins, mais du coup, je ne peux pas vous donner de dates en 2021 pour voir ce super spectacle en Belgique, si ce n'est à Dinant le 21/12 !
Mais il y a des dates prévues en 2022 :

Et je vous invite à suivre le site d'Hervé Guerrisi et celui du théâtre de l'Ancre, pour vous tenir au courant des prochaines escales de la tournée (qui continuera en 2022-2023).

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur

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Publié le 31 Octobre 2021

Afin d'être fidèle au titre, c'est seule que je suis allée voir "Da Solo" à Wolubilis. Ce spectacle est un seul en scène (évidemment) porté par Angelo Bison, et qui évoque l'immigration italienne. Sauf que... contrairement à la plupart des spectacles que j'ai pu voir sur ce thème, il n'est pas question ici de mines ou d'accord "charbon". Non, l'homme qui évoque ses souvenirs dans ce spectacle a quitté sa Toscane natale pour s'établir dans le Nord, certes, mais il a travaillé dans l'hôtellerie, dans de grandes maisons à la belle réputation, il y a grimpé les échelons, il est plutôt fier de sa réussite. On le rencontre dans ce spectacle au crépuscule de sa vie, à ce moment où il n'a plus vraiment d'avenir, et où son présent consiste à se remémorer le passé. Son épouse est morte (après avoir perdu la tête, doucement), il voit leur fille de temps en temps, mais il est seul. Seul face aux souvenirs, aux doutes, aux regrets, et au temps qui continue à défiler, aux jours à venir qu'il faudra bien occuper.

Pour moi ce spectacle parle avant tout de la fin de vie, dans le sens "moment où l'on regarde en arrière et où l'on fait le bilan". C'est le récit d'une vie, de quelqu'un qui n'a pas suivi le chemin tout tracé à sa naissance. L'homme qui se raconte rêvait, dès son plus jeune âge, de quitter sa campagne natale et les collines de Toscane. Il voulait aller à Florence, et puis à Rome, et puis encore plus loin, ailleurs, pour découvrir, pour apprendre d'autres langues, pour réussir. Quand on a de tels rêves, impossible de se contenter de cultiver les vignes et de cueillir les olives. Alors il est parti. Il s'est relevé les manches, il a commencé tout en bas de l'échelle. Il voulait plus, ne pas se contenter d'un peu, de juste assez, quitte à passer à côté de certaines choses. Il était étranger dans les pays où il partait, il était étranger quand il revenait, tellement son horizon s'était élargi... Comment ses anciens amis, ses "paesani", pouvaient-ils imaginer à quoi ressemblait Ostende, la reine des plages, alors qu'ils n'avaient jamais mis les pieds à Florence, si proche de chez eux?

Le texte de Nicole Malinconi se base sur les conversations qu'elle a eues avec son propre père, dans les dernières années de la vie de ce dernier. Il est donc très personnel, et universel aussi. A travers des anecdotes parfois très drôles et savoureuses et des histoires beaucoup plus tristes, tout le monde peut entendre l'écho de son histoire. Ai-je fait le bon choix? Si j'avais su ce que j'ai su après, aurais-je agi différemment? Ai-je suivi mes rêves d'enfant, ou pas? Ce vieil homme ne le sait pas mieux que nous, mais il ne ressasse pas. Pas d'amertume dans ce texte, juste de la nostalgie, de la pudeur, quelques regrets et de la fierté, aussi. Toutes les émotions qui font la vie.

Angelo Bison excelle dans l'art du seul en scène, c'est un conteur hors pair. Il a fait siennes les confessions et les histoires de ce personnage et il les raconte sur scène comme s'il les revivait, avec des larmes qui pointent au coin de l'oeil parfois, avec le sourire de l'enfant malicieux qui se rappelle ses bêtises, avec la joie du vieil homme bon vivant quand il évoque les plaisirs qui lui restent : la cuisine, manger, boire un bon vin... La mise en scène de Lorent Wanson se fait discrète, une table, quelques chaises, des lumières, des postures, et on est transporté. Le talent d'Angelo Bison fait surgir des images devant les yeux des spectateurs, pas besoin de plus pour voyager avec le personnage et ressentir de l'empathie pour lui et pour son histoire de vie!

En résumé, Da Solo est un très joli moment de théâtre, Angelo Bison est une fois de plus excellent (et ici, pas de risque de traumatisme, les images évoquées sont nettement moins dures et violentes que dans "Femme non rééducable", le dernier spectacle que j'avais vu avec Angelo Bison, juste avant le premier confinement, et qui m'avait mise un peu KO). On ne peut qu'être touché par ce spectacle et cette histoire tellement simplement humaine.
Je vous le recommande chaudement, il devrait tourner encore à plusieurs endroits (le covid ayant perturbé la tournée initialement prévue l'an dernier). J'ai au moins repéré les dates suivantes (attention, certaines représentations sont en italien) :

 

Da solo

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Rédigé par Emelle

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