Publié le 28 Novembre 2021

Vous est-il déjà arrivé, à la fin d'un spectacle, d'avoir envie de monter sur scène et de serrer les comédiens dans vos bras, pour les remercier de la justesse de leur performance et de tout ce qu'ils ont donné aux spectateurs? Moi, cela m'arrive parfois. Notamment hier, à la fin de "Love letters", au théâtre Le Public! Quel magnifique moment de théâtre nous offrent Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen!

Pourtant, il faut que je vous avoue une chose... J'avais déjà vu "Love letters" au théâtre, il y a une quinzaine d'années, et je n'en avais pas gardé un souvenir incroyable... Pour être franche, je n'en avais pas vraiment gardé de souvenir, sinon d'un spectacle trop long, de personnages insipides et d'un ennui certain, malgré une distribution supposée renommée. En fait, j'avais choisi ce spectacle à l'époque dans l'espoir de revoir Philippe Noiret sur scène. Malheureusement, sa santé l'avait empêché d'assurer la tournée (et il nous avait d'ailleurs quittés peu après...). C'était donc Jacques Wéber qui avait repris le rôle au pied levé pour assurer la tournée, et qui donnait la réplique à Anouk Aimée. Mais la sauce n'avait pas pris pour moi...

Néanmoins, quand j'ai vu que "Love letters" était au programme du Public cette saison, interprété par les "patrons" du théâtre, j'ai eu envie de leur faire confiance et de redonner une chance à ce texte, en misant sur le talent de ces deux comédiens que j'apprécie beaucoup.
Confiance bien placée! Je ne regrette pas une seconde, j'ai passé une superbe soirée, j'ai adoré!

Bon, au niveau de l'histoire, ça reste "pas trop ma tasse de thé"... "Love letters" est une pièce épistolaire, retraçant deux vies, celles d'Andrew et de Melissa, qui entretiendront durant plus de 50 ans une correspondance parfois poussée, parfois brève et espacée, mais ne perdront jamais le lien. Depuis les invitations aux goûters d'anniversaire et les petits mots échangés en douce en classe de l'enfance, jusqu'aux confidences et aux regrets de la fin de la vie, en passant par les émois de l'adolescence chacun dans son pensionnat ou par les cartes de voeux sans âme échangées machinalement... Chaque comédien lit les mots écrits par son personnage, chronologiquement, d'une époque à l'autre, et dessine en filigrane pour les spectateurs la vie de Mélissa et celle d'Andrew.
Le texte de A.R. Gurney est bien écrit, agréable à suivre, l'évolution des personnages qui grandissent est bien rendue, il y a des événements durs qui sont évoqués avec beaucoup de pudeur et qui permettent de rendre réels ces deux êtres de papier... Mais bon, le côté "je t'aime moi non plus", le fait qu'ils ne soient quasi jamais sur la même longueur d'onde au même moment, et les rendez-vous manqués qui s'accumulent... Ce n'est pas ma tasse de thé, j'ai envie de secouer les personnages par moments!  Enfin, ça, c'est juste ma sensibilité personnelle, et justement, même si ce genre d'histoire vous rend plutôt allergique, le texte contient assez d'humour et surtout, le spectacle est suffisamment réussi pour que ça ne soit pas dérangeant, et j'ai réussi à me prendre au jeu et oublier que je n'aime pas ce genre d'histoires ! :)

L'énorme point positif de ce spectacle, ce qui le rend, selon moi, incontournable, qui fait que vous ne devriez pas le rater, c'est l'interprétation des comédiens! Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen sont parfaits (même quand les cartes postales sont un peu mélangées et qu'ils doivent en sauter une pour y revenir ensuite ;) )! Ils parviennent à rendre leurs personnages réels, alors même qu'ils ne s'adressent jamais directement la parole, ni ne se regardent, puisque chacun se contente de "lire" les lettres. Enfin, "lire"... interpréter, bien plus que lire. Les regards et les postures disent tout, de l'ironie des sous-entendus à la réelle détresse ressentie par chacun. Michel Kacenelenbogen est un Andy un peu facétieux, enfant, qui devient ensuite un jeune homme sérieux, droit, cédant peu à ses émotions, pour finir en sénateur un peu trop rigide et soucieux de son image. Quant à Patricia Ide... sa Melissa est extrêmement touchante, enfant rebelle cherchant sa place dans une famille séparée, artiste non conformiste oscillant entre périodes d'euphorie et dépression profonde...
Leur complicité évidente permet de rendre crédible le lien entre ces personnages qui n'interagissent jamais (pour les distraits qui ne le sauraient pas, Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen, en plus d'être les directeurs du théâtre Le Public, sont en couple depuis de très nombreuses années).

La mise en scène d'Anne Sylvain, tout en sobriété (les personnages sont assis côte à côté à un bureau, et tournent les pages, égrènent les cartes, sans jamais se tourner l'un vers l'autre), laisse toute la place au jeu des comédiens, et il est d'une justesse parfaite! Les émotions et l'humour passent, les moments de tension, d'attente de réponse qui n'arrive pas, sont soulignés par les lumières de Laurent Kaye et la musique de Pascal Charpentier.

Pour conclure, j'ai une bonne nouvelle pour vous : "Love letters" se joue au théâtre le Public jusqu'au 31/12 ! Alors dépêchez-vous de prendre votre place, car ce serait dommage de vous priver d'un petit moment de bonheur théâtral et, je le répète, d'une performance d'acteurs aussi épatante! D'ailleurs, même s'il me semble qu'il manque quelques spectacles dans les titres évoqués dans cette interview (j'ai au moins le souvenir de "Pensées secrètes" et "Finement joué", au Public!), c'est vrai qu'ils ne jouent pas souvent ensemble, Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen... Du coup il faut en profiter quand c'est le cas!
Infos et réservations sur le site du Public

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Rédigé par Emelle

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