coup de coeur

Publié le 16 Septembre 2022

Dans la petite salle du théâtre Le Public se joue, jusqu'au 22 octobre, un spectacle à ne pas manquer : "Les passagers".
Pourtant, quand j'ai ajouté cette pièce à mon abonnement, j'avais quelques craintes... le sujet, un attentat dans un bus à Jérusalem, me faisait peur, je craignais des "images" (mentales, hein, je me doutais bien qu'ils n'allaient pas projeter des photos ou vidéos de corps déchiquetés!) difficiles. Je ne prétendrai pas qu'il n'y a pas des moments "durs" dans ce texte, mais il s'en dégage aussi beaucoup d'humanité, de solides réflexions, et donc, ça vaut la peine de passer au-dessus d'éventuelles appréhensions pour aller voir ce spectacle très touchant.

Comme je l'évoquais, l'histoire se passe à Jérusalem. Ouest. Dans les bureaux de la police, un enquêteur juif a convoqué une femme. Jordanienne, dit son passeport, car on ne l'autorise pas à avoir la nationalité palestinienne. Elle vit de l'autre côté du mur, et chaque matin, elle passe les checkpoints pour venir place Tsahal, vendre du poisson et des crustacés (... en Israël, on a dit, pas à Dublin! Ce n'est pas la peine d'essayer de me mettre une chanson en tête, bête cerveau!). Seulement, il y a quelques jours, il y a eu un attentat qui a fait de nombreuses victimes, dans un bus. Le bus qu'elle prend plusieurs fois par semaine. Alors, forcément, la police veut lui parler, c'est un interrogatoire de routine, dit le policier. Mais elle prétend ne rien savoir, elle ne se souvient pas, il y a souvent des attentats...

Est-ce qu'elle ment? Si oui, pourquoi? Et qui a menti en premier (éternelle question, qui a commencé...)? Comment ces deux "ennemis héréditaires" peuvent-ils espérer se comprendre, faire un pas vers l'autre? Ce face à face est brillamment écrit par Frédéric Krivine. Pas de mots inutiles, pas de paroles moralisatrices ni de parti pris, parfois un peu d'humour, du cynisme, mais surtout beaucoup de vérités. Du genre difficile à entendre, car la situation est compliquée là-bas, et une solution pacifique et qui respecterait les 2 camps semble tellement loin... Et en même temps, il y a dans le texte des passages du quotidien, tendres, poétiques, qui équilibrent et offrent des respirations.

J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour ces deux personnages. Il faut dire que les interprétations de Benoît Verhaert et Axelle Maricq sont parfaites de justesse et d'émotion retenue. La tension est palpable lorsqu'ils s'affrontent, surtout au début, et puis autre chose s'installe, la fatigue ou la lassitude de la situation les gagne, leur manière de s'affronter évolue. Je ne vous en dirai pas plus, ce serait dommage de dévoiler la direction que prennent les choses. Je dirai juste que j'ai trouvé la fin poignante. Et vraiment, je le répète, les deux comédiens sont incroyables, ils nous emmènent avec eux et sont totalement crédibles du début à la fin.

La mise en scène de Laurent Capelluto est au service de ce beau texte, assez simple, avec ses jeux de miroirs (qui n'en sont pas toujours). Elle suggère sans tomber dans le "trash", fait ressentir l'enfermement du bureau sans générer de malaise chez les spectateurs, et assure un bon rythme sans temps morts. Mention spéciale pour la musique qui accompagne le spectacle, en particulier le morceau final, très beau et qui convient parfaitement aux derniers mots de Benoît Verhaert...
Le seul éventuel regret que j'aurais, c'est que la pièce se joue dans la petite salle et pas dans la salle des voûtes, plus large (il me semble, en tout cas). L'espace scénique est vraiment étroit, et même avec des lumières basses, on voit bien les spectateurs des premiers rangs en face (la disposition a été modifiée dans la petite salle, et il y a des gradins de chaque côté de la scène, donc face à face). Ce n'est pas très grave parce que la mise en scène et le jeu des comédiens parviennent à nous happer quand même, mais bon, je pense que j'aurais préféré ne pas avoir parfois l'impression qu'il y avait foule dans ce bureau de police!

Il vous reste plus d'un mois pour aller voir ce magnifique spectacle qui fait réfléchir et ressentir, mais ne traînez pas à réserver, il y a déjà quelques représentations complètes en octobre! Infos et réservations sur le site du Public.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur, #Bruxelles

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Publié le 31 Octobre 2021

Enfin! J'ai ENFIN réussi à voir le spectacle L.U.C.A. ! Après plus de 2 ans d'attente. Hé oui, j'avais repéré ce spectacle il y a un moment déjà, en suivant l'actualité d'Hervé Guerrisi (dont j'ai adoré les spectacles "Cincali!" et "La turnàta"). Mais un peu trop tard pour réserver pour les premières dates à Bruxelles, zut. Et pas d'Avignon au programme en 2019, alors, je guette un retour dans notre capitale... Oui! Fin de saison 19-20, au National! Je réserve avec impatience. Mais... un foutu virus passe par là. Représentations annulées. Snif. Heureusement, Wolubilis le programme pour la saison 20-21, enfin, on croise les doigts... les accueils français tombent, mais ouf, L.U.C.A. est toujours là! Ce sera pour début 2021.
Ou pas. Nouvelle fermeture des théâtres, nouveau confinement, spectacle reporté.
Au 28/10/21. Et là, enfin, j'ai pu voir L.U.C.A. !

Vous l'avez compris, après toutes ces péripéties, j'attendais le spectacle avec impatience... et il fut encore mieux que ce que j'espérais! J'ai eu un énorme coup de coeur pour "L.U.C.A.", je ne peux que vous conseiller mille fois de foncer si vous ne l'avez pas encore vu!

Quoi? Que j'en dise un peu plus? D'accord...
Après "Da Solo" dont je vous ai parlé dans mon billet précédent, voici un autre spectacle qui évoque l'immigration italienne. Ou plutôt, un spectacle dont c'est le point de départ, car c'est une rencontre entre Hervé Guerrisi et un spectateur à l'issue d'une représentation de "Cincali!" qui lancera la réflexion de celui-ci et de son complice Grégory Carnoli.
Les deux comédiens sont petits-fils de mineurs italiens, et l'un et l'autre ont un nom de famille qui ne leur permet pas vraiment de le cacher (... contrairement à moi, qui suis aussi petite-fille de mineur venu d'Italie, mais du côté de ma maman!). Pourtant, sur base de leur physique, on leur a déjà prêté d'autres origines, ainsi qu'ils le confient dans le spectacle: arabe pour Grégory Carnoli, un peu de tout avec une tendance brésilo-portugaise pour Hervé Guerrisi. Alors, comment répondre à cette question lancinante : "D'où tu viens?" ? En remontant la piste de leurs origines, de leur arbre généalogique, de leur ADN, jusqu'à rencontrer la fameuse cellule "L.U.C.A.", notre Last Universal Common Ancestor, celui qui est au départ de toute forme de vie, même improbable, sur Terre.

Ce sont ces recherches et leurs résultats qu'ils partagent avec nous dans le spectacle, ainsi que les réactions de leurs familles. Et leur incompréhension : pour eux, c'est évident, l'immigration italienne des années 1950 et les migrants qui tentent de rejoindre l'Europe aujourd'hui, c'est la même histoire. Alors pourquoi tant de véhémence de la part de leurs familles à nier cela, pourquoi un tel rejet, une telle certitude que ça n'a rien à voir ?

Le programme de Wolubilis qualifie "L.U.C.A." de "objet scénique original, entre théâtre documentaire, conférence caustique et espace de résistance". J'ajouterais road-movie, pour le rythme et le fil conducteur à la recherche de leurs origines. Voilà pour la forme du spectacle, qui oscille entre projections et moments plus poétiques, témoignages audios et scènes familiales rejouées, et interactions avec le public (ouf, je n'ai pas les yeux bleus! :D ). Tout ça file à 100 à l'heure, ça pourrait sembler décousu mais non, tout se tient, et on passe des éclats de rire à l'émotion ou à la colère en un changement de lumière.

Hervé Guerrisi et Grégory Carnoli sont d'une sincérité totale sur scène, en partageant leur histoire et leurs émotions. Ils sont aussi courageux, d'une certaine façon, vis à vis des proches qu'ils ont interrogés et dont on entend les avis parfois très tranchés dans leur rejet des migrants actuels. Leur naturel et leur évidente complicité ne peuvent que séduire les spectateurs, et l'on passe un bon moment en leur compagnie, entre rires et tendresse, et réflexions plus profondes.

Vous l'avez compris, j'ai adoré ce spectacle, qui a fait écho en moi... Pourtant, je dois avoir l'air "locale" (?), parce qu'en Belgique ou en France, on ne me demande jamais d'où je viens! (En bonne fan de Kaamelott, je serais d'ailleurs tentée de répondre, comme Arturus dans le livre VI, "Ben... du dortoir", juste pour rire!). Mais en vrai, comme on ne me le demande pas, je ne me pose pas la question. En France, quand je dis que je suis Belge, on me répond que ce n'est pas possible, je n'ai pas l'accent belge. Il n'y a que dans les pays anglophones qu'on me demande "where are you from?", et là je réponds "Belgium". Donc, on va dire que je me sens Belge. Ou pas. Terrienne, je dirais. Encore que, des fois, j'aimerais venir d'une autre planète...

Bref... Ce qui m'a "parlé" dans ce spectacle, c'est que je partage l'avis des comédiens. Pour moi, même si la société est différente, l'histoire de l'immigration italienne vers les charbonnages, et celle des migrants actuels, c'est la même, c'est le même moteur en tout cas qui pousse de jeunes hommes à tout quitter et à tenter leur chance ailleurs, où on leur a promis un monde meilleur et un travail, alors que chez eux, il n'y a rien à part crever (de faim ou tout court pour ceux qui fuient aujourd'hui la guerre). Alors entendre les anciens immigrés italiens dire aujourd'hui des nouveaux immigrés qu'ils viennent profiter du système, cela me choque toujours... ont-ils oublié qu'on disait pareil d'eux à l'époque, qu'ils venaient pour la "moutouelle"? Si c'était faux pour eux, pourquoi cela serait-il vrai pour les autres? Et pourtant... j'entends ça dans ma famille aussi. Alors c'est sans doute pour ça que "L.U.C.A." m'a tellement touchée.

Pour ça, et parce que c'est un spectacle positif, et pas du tout moralisateur. Ils ne prétendent pas avoir raison non plus, ils ne se moquent pas de l'avis des autres, ils cherchent juste à comprendre. Avec la science et l'évolution en outils de secours pour expliquer leur point de vue. Et l'humour, bien sûr. Et quelques joyeux clichés qui n'en sont pas vraiment et qui feront sourire tous les Italiens de Belgique!

Malheureusement, les prochaines dates de "L.U.C.A." sont toutes en France! Alors c'est génial de savoir que ce spectacle tourne aussi chez nos voisins, mais du coup, je ne peux pas vous donner de dates en 2021 pour voir ce super spectacle en Belgique, si ce n'est à Dinant le 21/12 !
Mais il y a des dates prévues en 2022 :

Et je vous invite à suivre le site d'Hervé Guerrisi et celui du théâtre de l'Ancre, pour vous tenir au courant des prochaines escales de la tournée (qui continuera en 2022-2023).

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur

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Publié le 3 Février 2021

Rumeur... Un pièce dont le résumé m'avait interpellée, dans le programme de cette saison au théâtre Le Public, tant il semblait coller à l'actualité. Une pièce que je devais aller voir en décembre dernier, d'ailleurs. Mais la fermeture des lieux culturels en a décidé autrement.

Heureusement, le théâtre Le Public a décidé de créer ce spectacle malgré tout, dans une version filmée destinée à étrenner leur plate-forme de vidéos à la demande. Ce n'est donc pas une captation d'un spectacle, mais bien une création hybride, pas tout à fait film mais plus tout à fait spectacle théâtral, qui est proposée aux internautes et spectateurs empêchés.

Rumeur, c'est un texte écrit par Thierry Janssen sur une idée de départ de Michel Kacenelenbogen, l'un des directeurs du Public. Initialement, il devait d'ailleurs en interpréter le premier rôle masculin, sous la direction de Gérard Gelas, le directeur du théâtre du Chêne Noir à Avignon. Mais les déplacements étant limités, c'est finalement Michel Kacenelenbogen qui assure la mise en scène, et Philippe Résimont qui joue.

L'idée de la pièce remonte à plus de 2 ans... Visionnaire? En tout cas, le texte parle d'un industriel qui a trouvé une alternative révolutionnaire et écologique au pétrole. Malheureusement, les éléments génétiquement modifiés nécessaires à ce biocarburant ont provoqué une épidémie mortelle (...) en Chine (...)
L'industriel est en prison, accusé d'avoir négligé les tests et d'être responsable de l'épidémie. Il clame son innocence, se prétend victime et injustement calomnié, et nie tout lien entre son industrie et l'épidémie.
La pièce se concentre sur le passage dans sa cellule d'une journaliste qui enquête sur l'affaire et va le filmer pendant 2 jours, afin d'en faire le sujet principal d'une de ses émissions. A moins qu'elle soit surtout en quête de sensationnel et d'audience?

Rumeur
Rumeur
Rumeur

Je suis ravie d'avoir eu la possibilité de voir ce spectacle, même à distance. Quelle claque! Le texte sonne incroyablement juste, ça en fait presque froid dans le dos. Il y a un certain cynisme dans ses personnages qui s'affrontent à coups de manipulations, de mensonges, de.. fake news. La manière dont les informations peuvent être manipulées, le pouvoir des insinuations et des rumeurs qui enflent si rapidement de nos jours, sans qu'elles soient vérifiées... Ca fait peur, car le regard est cru et sans illusions sur les dérives de la société. Mais quelle intelligence aussi dans ce texte brillant et cinglant (et drôle, aussi!).

Les comédiens brillent également dans leur interprétation de ces personnages. Philippe Résimont est magistral, et très à l'aise avec la caméra... Quand il la regarde "dans les yeux", on se sent impliqué, concerné, même bien au chaud dans son salon! On doute, son personnage est-il une victime ou le plus grand des salauds? Bénédicte Chabot est insaisissable dans le rôle de la journaliste dont les motivations sont assez floues, bref avec ces deux-là, difficile de se faire une opinion tranchée, les émotions évoluent au fil du spectacle et c'est génial! Les autres acteurs sont très bons aussi, mention spéciale à Aylin Yay que je n'avais vue que dans des rôles comiques jusqu'à présent...

Bref... Ce spectacle devrait être (re) créé sur scène la saison prochaine, et j'espère avoir l'occasion de le (re)voir car partager l'ambiance et les émotions avec le reste du public, ça doit être encore mieux!

Mais en attendant, je ne peux que vous conseiller d'aller regarder "Rumeur" sur la plate-forme VOD du Public ! https://vod.theatrelepublic.be/fr

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Rédigé par Emelle

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Publié le 20 Mars 2016

Le 7ème continent

Attention, ne vous fiez pas au "pitch", cette pièce est vraiment atypique! Atypique et très séduisante, un vrai bon moment de théâtre, avec trois magnifiques comédiennes, à ne louper sous aucun prétexte!

Sur papier, l'intrigue pourrait presque faire penser à un vaudeville classique avec quiproquos et triples vies (allez, j'avoue, à cause de ça et du souvenir justement d'un 'boulevard' que je n'avais pas aimé et qui tournait un peu autour de ça, j'ai failli passer à côté de ce spectacle. Que ça aurait été dommage!). Autour du cercueil d'un homme, trois femmes se rencontrent. Pour la première, Kristin, le 'mort' s'appelait Franck et était son mari, et le père de leur fils. Pour la deuxième, Anaïs, il s'agissait de Jack et c'était son compagnon. Et puis arrive la jeune Lola, qui pense enterrer son fiancé, Mick! Alors... Qui était vraiment cet homme? Et pourquoi ces trois identités? S'agit-il bien du même type? Quel point commun lui trouver, entre ces trois facettes? Et surtout, comment ces trois femmes, extrêmement différentes, parviendront-elles à se parler et à gérer la perte de l'homme qu'elles pensaient connaitre?
Et, comme le dit le résumé du spectacle, "pendant ce temps-là, au large d'Hawaï, tourbillonnent des millions de déchets et se forme le septième continent". Le rapport avec le reste de l'intrigue? Pour le savoir, il faudra que vous alliez voir la pièce!

Car finalement, ce spectacle n'est peut-être pas tout à fait ce qu'il semble être. Et ne va pas forcément aller dans la direction à laquelle vous vous attendiez au départ! En fait, dès l'installation dans la salle, vous vous en rendez compte: ça ne sera pas une pièce classique! Les comédiennes, chacune dans leur personnage bien sûr, viennent parler avec le public et se présentent, se confient à voix basse... Tout le monde n'entendra pas tout, d'ailleurs, mais on est directement pris dans l'ambiance, on fait déjà connaissance, une sorte d'intimité s'installe. Et elles joueront de cette complicité durant tout le spectacle, avec une belle fluidité et beaucoup de naturel. Et un plaisir visible. En voyant le spectacle, j'ai eu l'impression qu'il devait beaucoup tenir à coeur aux comédiennes (qui ont collaboré à l'écriture de ce texte signé Thierry Janssen), et que Michel Kacenelenbogen avait dû énormément s'amuser à les mettre en scène (avec le brio qu'on lui connait). Je ne peux pas trop vous en dire pour ne pas gâcher les surprises, mais cette pièce devrait vous étonner, et c'est le genre d'étonnement qui fait du bien au théâtre! Personnellement j'en suis sortie avec le sourire et "boostée"!

Les 3 comédiennes sont impeccables au niveau du jeu! On est face à trois archétypes féminins plutôt éloignés. Kristin est une présentatrice météo un peu bourgeoise, pas hyper futée, et qui a une tendance au lapsus assez amusante. Bénédicte Chabot lui donne beaucoup de classe et en même temps de naïveté, et est parfaite quand elle part en crise! Anaïs est une rebelle, militante active chez Greepeace, révoltée et à fleur de peau. Kim Leleux l'interprète avec énormément de sincérité, sans concession, et parvient à la rendre très touchante aussi. Enfin, Lola souffre d'un syndrome (proche du syndrome d'Asperger) qui l'empêche de ressentir les émotions, ce qui la rend assez 'robotique', d'autant qu'elle a aussi une mémoire eidétique (et vous livrera un paquet de statistiques si elle passe près de vous avant le début de la pièce). Inès Dubuisson livre une prestation assez incroyable, parvenant à garder cette absence d'émotion assez inquiétante et jouant les réactions inattendues de Lola avec beaucoup de naturel (mais il parait que ça fait des semaines qu'elle répète! ;) ).

Alors, maintenant, qu'est-ce qu'on fait? Et si vous commenciez par aller voir "Le 7ème continent" au Public? Trois super comédiennes vous y attendent et ont des choses à dire!
La pièce se joue jusqu'au 30 avril. Infos et réservations sur le site du Public.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles, #Coup de coeur

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Publié le 21 Février 2016

Escapade à Londres : The dazzle

Je vous en ai parlé il y a deux billets (hm... drôle de formulation non?), en janvier, j'étais à Londres pour un superbe cycle Shakespearien par la Royal Shakespeare Company. Ca, c'était le projet de départ, planifié depuis avril 2015. Et puis... il y a eu une cerise sur ce gâteau déjà bien garni! J'ai lu (j'ai toujours pensé que suivre "What's on stage" sur twitter et m'abonner à leur newsletter était une bonne idée) qu'Andrew Scott serait sur une scène londonienne pour la pièce "The dazzle", de mi-décembre à fin janvier! Andrew Scott, c'est notamment Jim Moriarty dans la série Sherlock... Mais c'est surtout un acteur très talentueux, qui vient du monde du théâtre, et au palmarès de prix théâtraux assez impressionnant. Bref, quelqu'un que je rêvais de voir sur une scène! Alors imaginez, en plus, dans un lieu insolite et intimiste (130 places)... l'occasion de vraiment bien observer son jeu d'acteur!

Bilan? C'est vraiment un acteur exceptionnel! Et pas que lui! J'y reviendrai...
Je voulais vous parler un peu de cette pièce, même si elle ne se joue plus et qu'il n'y a pas de DVD, ne serait-ce que pour souligner le magnifique travail de toute l'équipe et vous encourager à retenir les noms, et pourquoi pas, faire un petit tour à Londres pour le prochain projet théâtral de l'un ou l'autre?

The dazzle est un texte contemporain : la pièce a été écrite en 2002 par l'auteur américain Richard Greenberg et a rencontré un énorme succès à sa création aux Etats-Unis. Cette version était la première création britannique de la pièce. L'histoire se passe au début du 20ème siècle à New York et est très vaguement basée sur une histoire vraie... Ou en tout cas sur des personnages qui ont existé, les frères Collyers, marginaux retrouvés morts dans leur maison encombrée d'un bric-à-brac inimaginable. La pièce imagine le quotidien de ces frères : Lang(ley), pianiste, artiste, souffrant sans doute d'une forme de trouble autistique, incapable de faire face au monde, submergé par les émotions et les stimuli extérieurs, il peut passer une journée à observer une épine de pin pour en identifier toutes les nuances. Son frère Homer, ancien avocat en droit maritime, ne travaille plus et veille sur son frère. Au milieu de cette relation d'amour fraternel complexe, une jeune femme, sous le charme de Langley, viendra peut-être bouleverser les équilibres déjà fragiles.

Le texte est assez brillamment écrit car les échanges sont vifs, fluides et bien rythmés. Par contre, en terme d'action, c'est une histoire difficile à résumer, et je dirais que le texte et l'interprétation des personnages passe avant l'intrigue proprement dite.

La mise en scène de Simon Evans met assez bien cela en avant, soulignant beaucoup l'humour du texte, et dirigeant parfaitement les comédiens dans des rôles complexes et riches de beaucoup d'émotions diverses. La scénographie de Ben Stones et les lumières de Neil Austin rendent bien l'ambiance 'claustrophobique' (oui je sais ce mot n'existe pas) de la pièce, l'espace de plus en plus encombré, avec ce piano en élément central qui offre pas mal de possibilités de jeu, et puis la légèreté et la lumière qui diminuent au fil de la pièce, qui devient de plus en plus lugubre... Le lieu insolite, théâtre temporaire ("Found 111" sur Charing Cross Road n'est pas un théâtre mais une sorte de lieu presque industriel désaffecté - c'était une école d'art mais je trouve que les murs en béton et l'escalier étroit donnent l'impression d'un lieu industriel), n'est pas très confortable - les chaises aussi sont de bric et de broc - ni accessible (un peu plus de 70 marches à monter, et, bonne blague, les toilettes sont en bas!). Mais pour cette pièce étrange, le lieu est un parfait écrin, on a vraiment l'impression de jouer les voyeurs dans la tanière des frères Collyers.

L'atout majeur de cette pièce, son élément central pour moi, ce sont les prestations absolument épatantes des comédiens... J'ai lu beaucoup de commentaires qualifiant ce spectacle d'une masterclass in acting, je suis tout à fait d'accord! Joanna Vanderham amène beaucup de fraîcheur et de nuances au personnage féminin de Milly, mais ce sont les frères qui fascinent... Andrew Scott, dans le rôle de Lang, dégage un charisme un peu inquiétant, il est parfait dans le style très imprévisible de son personnage et son regard, d'une profondeur intense, semble receler un monde intérieur auquel nous n'avons pas accès, et qui déborde et projette ses images de temps en temps. Sa diction est très particulière, il parle en liant de plus en plus les mots au fur et à mesure de la pièce, avec des pauses assez incongrues (sur la fin, c'est un peu difficile à comprendre pour un non native speaker). Il parvient aussi à avoir un côté enfantin assez désarmant, et fait magistralement ressortir l'évolution de son personnage, qui s'enfonce de plus en plus dans son monde intérieur, et supporte de moins en moins tout ce qui le sort de ses habitudes.

Et en face... Je ne connaissais pas du tout David Dawson, et il m'a subjuguée... je compte bien m'intéresser à son travail et si j'ai l'occasion de le revoir sur scène, je foncerai. Son interprétation d'Homer est magnifique de nuances. Il doit veiller sur son frère, tel est le rôle que leur mère lui a donné, et gère ce fardeau avec énormément d'amour fraternel mais aussi parfois de la colère, de la lassitude, du découragement... Il parvient à donner l'impression d'une relation complice parfois avec Lang, tout en étant tenu à l'écart par sa 'particularité', il souffre que son frère ne lui rende pas l'amour qu'il lui porte, mais le protège, tout en étant très agacé et parfois presque cruel. S'il est un peu effacé derrière Lang dans la première partie, Homer se révèle dans la deuxième, avec quelques sublimes monologues, un jeu sur les ruptures de ton incroyable (et qui n'est pas sans rappeler celui d'un autre David dont je suis fan... ;) ). Finalement, son personnage se révèle aussi ambigu et marginal que celui de son frère, dans un autre style... Et il est extrêmement touchant, du coup. Bref, si Andrew Scott excelle dans une partition décalée dès le départ, David Dawson brouille les pistes sur plusieurs registres, avec lui aussi beaucoup de charisme... Au final, je serais bien incapable de vous dire lequel des deux m'a le plus impressionnée!

Bref... Puisque je ne peux pas vous conseiller d'aller voir cette pièce qui ne se joue plus, je me contenterai de vous rappeler ces deux noms, David Dawson et Andrew Scott, et vous conseiller de sauter sur l'occasion d'aller les voir sur scène, la prochaine fois que l'un ou l'autre montera sur les planches!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur, #London

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Publié le 31 Janvier 2016

Escapade à Londres : King & country

Pour célébrer cette année "Shakespeare" (on commémore cette année les 400 ans de la mort du Bard of Avon) et la démarrer en beauté, j'ai cédé à une petite folie... et j'ai entrainé une amie bloggeuse avec moi! Avec Christine (Théâtre côté coeur), nous avons investi le Barbican Center trois jours de suite, pour le cycle "King & country" de la Royal Shakespeare Company. Environ 11h de Shakespeare, en anglais élisabéthain, sur 48h... Pas forcément très raisonnable (y compris financièrement, quand même!), un peu (...) fatigant, mais quelle magnifique expérience que d'assister à d'aussi belles performances!

Y'a pas à dire, la qualité de jeu de tous les comédiens de la RSC est au top, y compris dans les "petits" rôles! Pour ceux qui interprètent plusieurs personnages par pièce, et qui intervenaient dans les 4 pièces, quel marathon cela a dû être! Et pour ceux qui gardaient le même rôle dans plusieurs pièces aussi d'ailleurs! Mais quelle joie de suivre l'évolution des personnages. C'est fou, alors que sur papier cela semblait énorme, à quel point ces 3 jours ont filé! On n'a pas vu le temps passer, on était complètement dans l'histoire, et puis je dois dire qu'avec ce rythme, on s'attache aux personnages, on prend l'habitude de 'retrouver' les comédiens d'un jour à l'autre... Ce qui nous a rendues un peu nostalgiques le dernier jour, et m'a laissé une sorte de vide le lendemain. Dit comme ça, on dirait que j'exagère, mais ça m'a vraiment fait bizarre quand c'était fini, et malgré la fatigue, j'aurais signé à deux mains pour continuer pour 3 jours de plus avec les mêmes!

Ce billet ne sera pas vraiment une critique des 4 pièces, plutôt une tentative de vous faire partager un peu du plaisir et de l'enthousiasme que j'ai pu ressentir. Puisque ce blog est en français, je garde cette langue pour écrire aujourd'hui (sorry - mais ça serait étrange de subitement passer en anglais sur ce blog, et puis même si je me débrouille, je ne suis pas sûre de maîtriser toutes les expressions typiquement 'théâtrales' dans cette langue!).
Je peux difficilement vous encourager à aller voir ce cycle de pièces, à moins de vous envoyer à New-York en avril! (ou en Asie en février/mars, mais vous louperez Richard II dans ce cas... Eh oui la RSC fait une belle tournée cette année!). Au pire, et même si ce n'est pas pareil (et que les distributions ont légèrement changé, j'y reviendrai) il vous reste les DVD (ou Blu-Ray) pour vous faire une idée de la qualité de ces productions. La dernière pièce du cycle, Henry V, sortira le 1er avril prochain, et un coffret des 4 DVD est prévu également (voyez le site de la RSC pour plus d'infos).

Quelques remarques générales sur l'ensemble du cycle (composé donc de Richard II, Henry IV part 1 & 2, et Henry V) : les quatre pièces ont été mises en scène par Gregory Doran (directeur artistique de la RSC), et j'aime beaucoup la relative simplicité (et la grande cohérence) de ces mises en scène : c'est soigné, avec quelques petites trouvailles, mais sans grands tralala ni effets inutiles : la mise en scène est vraiment au service de l'histoire et de la compréhension du texte, et c'est le jeu des acteurs qui est au centre. Tous les éléments m'ont donné l'impression de voyager dans le temps et de me plonger vraiment dans l'histoire d'Angleterre, avec quelques touches de modernité par-ci par-là (essentiellement autour de Harry - le futur Henry V, qui semble se profiler comme un roi plus 'moderne', plus 'démocrate' que ses prédécesseurs... une sorte de synthèse qui aurait pris le positif de Richard II et d'Henry IV).

Cette mise en scène "réaliste" rend toute cette histoire plus concrète, et l'on peut vraiment apprécier avant tout les évolutions des personnages - c'est cela, pour moi, qui est au centre de ce cycle : la relation au pouvoir et à la royauté, bien sûr, mais via le ressenti concret de personnages de chair et de sang, pas des idées ou des concepts. Je trouve que Gregory Doran a particulièrement bien dirigé les membres de sa troupe, afin de nous faire passer toutes ces émotions. D'abord, Richard II, roi 'de droit divin' (God's deputy on Earth), tellement sûr de lui et de sa légitimité, qu'il ne mesure pas bien les limites de sa charge (et confond un peu finances de l'état et fortune personnelle, disons...), et qui perdra tout, son trône, ses certitudes, sa vie... Magnifique peinture extrêmement touchante d'un destin qui s'écrase en flèche... Ensuite, il y a Bollingbrook, Henry IV si vous préférez, ambitieux, proche du peuple, qui parvient à contraindre Richard de lui laisser le trône... Mais qui paiera cet affront à Dieu avec un règne troublé de guerres civiles et de traitrises et de complots pour le renverser, qui n'accomplira jamais son voeu de croisade en Terre Sainte pour expier. Et enfin, Hal, ou Harry, càd le futur Henry V, fils d'Henry IV, héritier malgré lui d'une responsabilité qui n'aurait pas dû lui incomber sans la prise de pouvoir de son père... Et qui fuit d'abord ce futur dans la débauche et les beuveries avec Falstaff, sorte de père de substitution, et sa bande de voleurs. Mais qui devra assumer la charge de roi en amendant sa conduite, même si cela lui est difficile, et tentera d'être un roi exemplaire, faisant oublier le péché de son père, menant bravement ses soldats à la bataille en France (mais pleurant les morts) et mesurant la solitude et les responsabilités de sa position de roi. Trois personnages finalement très humains... avec en ce qui me concerne un vrai coup de coeur pour Henry V, j'ai vraiment trouvé le personnage très intéressant et son évolution superbement suggérée et interprétée au fil des 2 parties d'Henry IV et de Henry V. Pour ce personnage en particulier, voir les pièces d'affilée, c'était un vrai 'plus' (et un grand bonheur!)

L'autre grande qualité des mises en scène de Greg Doran, c'est qu'il ne néglige pas les aspects comiques des pièces de Shakespeare, au contraire. C'est une des choses que j'adore chez Shakespeare, ce mélange permanent de comédie et de tragédie, et les pièces historiques n'échappent pas à la règle! Dans Richard II, les éléments comiques sont de petites respirations dans une histoire franchement tragique, et ça fait du bien. La première partie d'Henry IV est plutôt une comédie, même s'il y a la trahison et la rébellion menée essentiellement par Hotspur... Le personnage de Falstaff amène une sacrée dose d'humour, parfois grivois, parfois potache, mais l'équilibre est parfaitement réussi! Dans la 2ème partie, on retrouve aussi des éléments extrêmement drôles, et des scènes beaucoup plus sombres et graves. Enfin, Henry V m'a surprise par sa relative légèreté, on a énormément ri aussi, et pour le reste, on est dans une aventure plus que dans un drame: même si Henry doit encore apprendre à porter sur ses épaules sa charge royale, globalement il s'en sort bien, donc la pièce m'a semblé plus légère!

J'ai mentionné la qualité des comédiens, je devrais souligner aussi leur nombre: à peu près 25 dans chaque spectacle! De telles troupes, c'est de plus en plus rare chez nous, et ça fait plaisir à voir! N'oublions pas qu'il y a aussi - et c'est un vrai plus dans la mise en scène, je trouve - les musiciens et chanteurs qui interprètent la bande son des pièces en live! Chants angéliques venus du ciel et trompettes pour Richard II, musiques légères à tendance celtique pour Henry IV, et un mélange de tout ça (sauf que ce sont des voix d'hommes et pas de femmes) pour Henry V. Chapeau d'ailleurs à ces musiciens et chanteurs qui ont accompagné ce marathon théâtral!

Je me suis promise de ne pas être trop longue dans ce billet (qui a dit "c'est mal barré!" ??)... Je dirai encore quelques mots pour chaque pièce (parce que je n'ai cité que le metteur en scène jusqu'à présent! Et les comédiens, alors?!)

  • Richard II : j'avais déjà vu la pièce en 2014 et vous en avais parlé assez longuement sur ce blog. Je ne parlerai donc que des différences (pas besoin de répéter que David Tennant est exceptionnel... Il l'est toujours, même si la charge émotionnelle de la dernière - de 85 dates!- que j'avais vue l'autre fois n'y était pas, je me suis à nouveau trouvée tremblante à l'entracte, et profondément triste lors de la scène de 'déposition' lorsque la douleur du roi parait derrière le masque ...). Au niveau de la distribution : Julian Glover remplace Michael Pennington dans le rôle de John of Gaunt (et il est excellent), et surtout, Jasper Britton a repris le rôle de Bollingbrook, puisque c'est lui qui joue ensuite Henry IV (c'est le même personnage qui change de nom en devenant roi, pour ceux qui n'ont pas suivi! ;) ). Avec brio! Quelle superbe performance, il a la carrure et l'ambition du personnage qui fait moins 'bourrin' (passez-moi le terme) que dans la version d'il y a 2 ans! Un vrai coup de coeur!
    Par contre, même si Sam Marks se débrouille bien, Oliver Rix m'a manqué dans le rôle d'Aumerle! Oui, bon, j'avais assez bien craqué pour son interprétation et cette alchimie entre lui et Tennant l'autre fois, alors, ça m'a manqué! Ca tient peut-être aussi à de légères différences de mise en scène, Aumerle étant plus girouette et semblant moins dévoué à Richard. D'autres éléments ont été modifiés, juste pour souligner les moments "importants pour la suite" - enfin, souligner... les renforcer un peu, Greg Doran ne nous prend pas pour des idiots en insistant lourdement, mais on sent, en fond, les vibrations, les arrières-pensées, les éléments des caractères qui se révèleront dans la suite, les 'prophéties' qui deviendront réalité... Joliment adapté pour consolider ce cycle, et toujours une pièce très intense!
  • Henry IV part 1 : j'avais un peu peur des deux Henry IV, parce que "les scènes de taverne" en anglais d'époque ne sont pas des plus évidentes à comprendre. Mais finalement, ça a été! Joli moment en ouverture, très solennel. Falstaff plus sympathique que son personnage d'ivrogne menteur et lâche ne le laissait supposer ;) Belle performance d'Antony Sher, qui rend le personnage vraiment drôle! A souligner surtout pour moi, l'impeccable prestation de Matthew Needham dans le rôle de Hotspur (mais POURQUOI ce n'est pas lui sur le DVD?! :'( ) : il est fougueux, dans toute la spontanéité (et la confiance en soi) de sa jeunesse, il ne sait pas se contenir, n'écoute pas, fonce et réfléchit ensuite... On a presque l'impression qu'il est constamment prêt à bondir sur le premier cheval qui passera pour partir à la guerre, peu importe contre qui si la cause lui semble juste! Cela le rend par moments plutôt marrant d'ailleurs, et en même temps, même si c'est un traitre et un rebelle, on sent ses intentions tellement pures, qu'on aurait presque envie qu'il gagne! Antony Byrne, aussi, dans le rôle de l'oncle de Hotspur (Worcester), est plus posé, plus fourbe, mais livre une brillante interprétation (j'avoue, j'aime beaucoup ce comédien qui a une sacrée présence. Il reprend d'autres rôles dans les pièces suivantes et chaque fois, fait mouche!)
  • Henry IV part 2 : c'est sans doute la pièce qui m'a le moins embarquée parce qu'elle comporte quelques longueurs. A croire que l'histoire d'Henry IV était trop longue pour tenir en une pièce, mais un peu courte pour s'étirer sur deux. En gros, on retrouve des éléments qu'on avait déjà vus et compris dans la première partie, le roi doit s'occuper de l'autre partie des rebelles, on retrouve Falstaff dans toute sa splendeur... Ce qui est intéressant, c'est surtout le dernier acte : la grande explication entre Henry IV mourant et son fils aîné, et la scène où Hal, devenu Henry V, doit renier Falstaff (la performance d'Alex Hassel est parfaite d'émotion contenue et m'a profondément touchée. Et Antony Sher en Falstaff KO par cette nouvelle et qui tente de ne pas y croire était très juste aussi!)
    Au rayon 'idée sympa de mise en scène' on trouve "la rumeur" (dans une version moderne, #rumeur?) qui intervient au début de la pièce. Et la scène la plus hilarante des 4 pièces sans doute est le recrutement de soldats par Falstaff : Oliver Ford Davies (le juge de paix Shallow) et Jim Hooper (son cousin Silence) sont ... impayables!
  • Henry V : J'ai trouvé cette pièce vraiment très équilibrée et avec un petit côté épique! Alex Hassell continue à rayonner de talent en faisant encore évoluer son personnage de Harry, enfin, Henry, bref appelez-le comme vous voudrez! Disons que la confiance en lui nécessaire à assumer sa fonction ne lui est pas miraculeusement tombée dessus et qu'il doute, on ressent bien que tout ça ne va pas de soi pour lui, et en même temps il sait être ferme ou encourageant quand il le faut. Les monologues 'célèbres' de cette pièce sont assumés et très bien interprétés, on aurait presque envie de le suivre sur le champ de bataille, et en tout cas, de lui faire confiance et de croire en la droiture de ses intentions! Il parvient à jouer un roi conquérant avec beaucoup d'humilité! Et d'humour dans la dernière scène où il tente de draguer maladroitement Catherine de France (beau fou rire de la princesse d'ailleurs, mais il a plutôt bien géré!). Au passage, les morceaux en français (ouais, bon, plus ou moins!) de cette pièce sont doublement drôles quand on est francophone! Bonne interprétation aussi de Joshua Richards, dans le rôle de Fluellen, officier gallois parfaitement raseur et attaché aux disciplines de la guerre... Et je ne verrai plus un poireau sans penser à lui! (et à Antony Byrne, alias Pistol).
    La bonne idée de mise en scène, c'est d'avoir rendu le 'choeur' (Oliver Ford Davies, forcément excellent - nan mais je l'adore lui!), qui intervient normalement au début de chaque acte pour nous résumer les déplacements et ce qu'on ne voit pas, visible aux comédiens. Du coup, ils n'interagissent pas vraiment avec lui, mais on voit ce qu'ils pensent de la version "officielle" qu'il raconte, et j'ai trouvé ces passages vraiment dynamiques! Il y a d'ailleurs pas mal de moments dans cette pièce où les comédiens interpellent directement le public, c'est assez inattendu parfois et bien réussi!

Voilà, je pense que j'ai tout dit... Si vous passez par New-York en avril, vous savez ce qu'il vous reste à faire! ;) Sinon... Achetez les DVD, ce sera moins bien qu'en live, mais déjà ça!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #London, #Shakespeare, #Coup de coeur

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Publié le 10 Janvier 2016

Sois belge... et va te faire voir!

Cette saison, j'ai dérogé à mes habitudes: au lieu d'aller voir l'épisode 2015/2016 de 'Sois belge et tais-toi' à Bruxelles en décembre, j'y suis allée début janvier à Mons. Je suis donc un peu en retard pour vous recommander de ne pas rater cet épisode XVIII, particulièrement réussi! Heureusement il reste beaucoup de dates de tournée, à Bruxelles et partout en Belgique. Vous trouverez les dates sur www.soisbelge.be (surveillez régulièrement, je crois que toutes les dates n'y sont pas encore - pas vu Bierges en avril par exemple?)

Alors, que vous dire sur cet opus 2015/2016 sans vous raconter tout le spectacle? ;)
Déjà, pour les distraits qui n'auraient jamais entendu parler de ce spectacle, "Sois belge et tais-toi" (rebaptisé cette année "Sois belge ... et va te faire voir" (chez les Grecs, bien sûr) ) est une revue politico-satirique qui s'amuse à passer à la moulinette ce qui a fait l'actualité belge et internationale de l'année écoulée, avec sketchs, imitations et chansons parodiées. C'est André Remy et son fils Baudouin qui sont aux commandes de l'écriture et ils interprètent le spectacle accompagnés de Stéphanie Coerten, Elsa Erroyaux, Joël Riguelle et Philippe Peters (pas de changement dans la distribution cette année, on retrouve toute la bande avec plaisir!). Cette année, comme l'année dernière, c'est Alexis Goslain qui assure la mise en scène, assisté de François Dumortier.

Je devrais peut-être commencer mon article par là. L'an dernier, j'avais regretté le départ de Thibaut Nève qui avait mis en scène les précédents Sois belge, et je trouvais que la mise en scène laissait trop d'espaces vides, que les écrans, malgré de bonnes idées d'utilisation, étaient trop petits. Cette année, rien à dire à ce sujet sinon : waouw! J'ai retrouvé ce que j'avais aimé dans la mise en scène d'il y a 2 ans, en 'encore mieux'! L'occupation de l'espace est bien gérée, les lumières toujours aussi belles, et le retour de grands écrans modulables permet de multiples utilisations de la vidéo! Tantôt, l'écran permet de projeter un décor, tantôt il assure les transitions entre saynètes pendant les changements de décors et costumes avec des petites vidéos et un fil conducteur marrant assuré par des ... moutons (qui font aussi les messages aux spectateurs) - ça permet de maintenir le rythme. Mais les écrans permettent surtout aux comédiens de se dédoubler, augmentant le nombre de personnages par scènes et amenant quelques dialogues bien drôles (et un "mélange" personnage-voix qui m'a valu un fou rire et me permettra de rire désormais quand un certain politicien du Nord du pays, président du 1er parti flamand, sera interviewé en télé... mais je ne vous en dis pas plus pour garder la surprise!). Cerise sur le gâteau, dans les vidéos, deux vrais politiciens belges interviennent... Et il y en a surtout une (devinez qui!) qui a vraiment joué le jeu!

L'écriture du spectacle de cette année est comme toujours pleine de finesse et d'intelligence, l'oeil aiguisé du journaliste qu'est Baudouin Remy n'est jamais loin, les jeux de mots fusent (et là où ils en recyclent parfois certains d'une année à l'autre, j'ai l'impression de pas mal d'inédits cette année, notamment lors du 'cours de rien'). Il m'a semblé qu'il y avait plus d'humour noir que d'habitude, peut-être à cause des sujets... L'actualité n'a pas été très drôle, c'est le moins qu'on puisse dire, et si l'on creuse, la réalité derrière certains sketchs fait vraiment froid dans le dos. Mais entre le recul et, donc, une dose d'humour noir, ils sont parvenus à me faire rire même des sujets graves, et c'était pas gagné!
Au niveau de l'interprétation, les imitations sont toujours aussi bluffantes et réussies (tout comme les costumes et perruques... En allant au théâtre j'ai croisé Elio Di Rupo qui remontait la rue, j'ai regardé à deux fois pour m'assurer que ce n'était pas Baudouin Remy qui s'amusait avant le spectacle!), les comédiens se donnent à fond, les chansons sont très réussies (merci à Stéphanie Coerten de m'avoir confirmé que c'est juste la voix Louane que je ne supporte pas ;) - mais bon Stéphanie elle chante super bien c'est pas une découverte). Et il y a quelques chorégraphies assez compliquées cette année .. bravo pour la coordination!!

Parlons finalement du contenu, en essayant de ne pas trop en dire.... Parmi les thèmes, on retrouve la politique européenne avec la crise grecque (et un Hollande plus vrai que nature), Bart et la NVA (brrr...), les soins de santé, le gouvernement Michel (fou rire garanti désormais lorsque j'entendrai Charles Michel répondre aux journalistes et placer une certaine phrase qu'il dit tout le temps!), le contrôle de chômeurs, le fameux cours de "religion"/rien/EPA.
L'intro est bien trouvée et met directement dans l'ambiance... ;) En plus des moutons, un autre fil rouge (comme le sabre laser...) de circonstance distille plein de clins d'oeil à Star Wars dans tout le spectacle (attention au roi Philippe, l'Empire le surveille... Et Chewbacca a... bien changé!)... Elio n'est pas une cruche mais fait l'autruche (je la sentais venir cette chanson pour Elio en plus!)... Le sketch sur les réfugiés est particulièrement fort avec un choix de chanson plutôt touchant, qui rappelle en quelque sorte que le problème n'est pas neuf... Le terrorisme est évoqué, en tournant les djihadistes en dérision... Dans un registre plus léger on retrouve les Martine et une 9de les qui reprend quelques éléments déjà évoqués dans une des premières leçons mais rajoute une couche animalière aux expressions idiomatiques. Et finalement, un dessin inédit de Pierre Kroll est plus parlant qu'un discours et marquera certainement les spectateurs...

Bref (oui c'est une figure de style, je n'ai évidemment pas pu être brève, mais je suis toujours tellement enthousiaste sur ce spectacle, en particulier quand il est aussi réussi que cette année!)... Comme Baudouin Remy l'a dit hier à la fin du spectacle (et Michel Kacelenbogen l'avait dit en décembre, cf mon article sur "Deux hommes tout nus"), vider les théâtres c'est facile, les re-remplir l'est moins. Plus que jamais, je vous encourage à aller voir des spectacles vivants sur scène, où vous voulez, dans les genres qui vous plaisent, dans la mesure de vos moyens (oui y'a des spectacles pas plus chers qu'un cinéma à Bruxelles), mais n'ayez pas peur et sortez! La culture ça ne peut faire que du bien, 'Sois belge' ça vous fera rire de façon intelligente en plus, alors foncez!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #humour, #Belgique, #Coup de coeur

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Publié le 8 Janvier 2016

Alive

Quelle meilleure façon de finir l'année au théâtre (j'ai vu le spectacle le 30/12) et de la commencer sur ce blog qu'en étant "Alive!" ?
Pourtant, je dois commencer cet article par une mauvaise nouvelle : pour le moment, ce spectacle ne se joue plus... Alive était joué au théâtre de la place des Martyrs du 16/12 au 3/1, donc l'ayant vu en fin de période, j'arrive un peu tard pour vous recommander d'y aller. Néanmoins, j'ai cru entendre, dans la file d'attente, qu'ils étaient motivés et en recherche d'une tournée avec cette pièce, donc j'espère bien qu'elle sera à nouveau programmée très bientôt! Sinon vous pourrez toujours lire mon article et regretter de l'avoir loupée! ;)

Alive, création de et interprétée par Emmanuel Dekoninck, Gilles Masson et Benoît Verhaert, était qualifiée de 'western musical', ce qui m'avait assez bien intriguée! Mais résumer l'intrigue n'est pas forcément évident sans en dire trop, car 'Alive' est avant tout... une histoire vraie! D'ailleurs Emmanuel Dekoninck prévient les spectateurs d'emblée : ce soir, ni lui, ni son ami musicien Gilles Masson (qui est quand même un peu acteur aussi!) ne joueront de rôle. Seul Benoît Verhaert interprètera un personnage. 'Alive' s'emploie à jouer avec les codes du théâtre et à briser ce fameux 4ème mur, en s'adressant au public, qui est réellement là et pourrait même intervenir d'une manière inattendue dans l'histoire...

L'histoire, c'est celle de Black, un cow-boy meurtri, chasseur de primes, fine gâchette à la recherche du meurtrier de son père adoptif. Une rencontre et une révélation au sujet de sa mère dans un saloon vont marquer un tournant dans cette quête... qui pourrait s'avérer fatale pour Black. En effet, si Black est donc ce personnage interprété par Benoît Verhaert, il n'est qu'un personnage, sorti de l'imagination d'Emmanuel Dekoninck, notre narrateur. Il a créé Black lorsqu'il était enfant, solitaire dans un internat, et cet être imaginaire est devenu son meilleur ami. Mais il est temps de grandir et de mettre un point final à cette création...

'Alive', c'est donc à la fois une réflexion sur la nécessité et la place à accorder à l'imaginaire dans nos vies, un jeu avec les codes du théâtre, de la belle musique et des chansons, et de vrais morceaux de western, avec tous les éléments du genre : saloon, prostituées, indiens, combats, ...

Alors, bien sûr, ce jeu avec le public et cette dualité réalité/personnage ne sont pas neufs et ont déjà été utilisés dans d'autres spectacles, mais je trouve qu'Alive réussit particulièrement bien cet exercice, avec une certaine originalité, un côté assez jubilatoire, beaucoup d'humour (on rit beaucoup pendant le spectacle!), et d'à propos : par exemple, on est particulièrement bien plongés dans les ambiances et décors qu'il nous est demandé d'imaginer (grâce aux images évocatrices, aux jolies lumières et au fond musical). La mise en scène est d'ailleurs soignée et nous emmène loin avec un décor pourtant simple, le rythme est bien maintenu tout au long du spectacle, et Gilles Masson et Emmanuel Dekoninck jouent et chantent très bien, rendant les passages musicaux très agréables!

Ajoutez à cela le jeu très juste des 3 comédiens (sans oublier Juan Borrego, qui en plus de s'occuper du son et des lumières, se retrouve - avec plein d'enthousiasme... - à faire de la figuration dans certaines scènes): Emmanuel Dekoninck déborde de sincérité et de générosité, Gilles Masson amène un certain recul parfois moqueur ou un brin cynique (mais pas que), Benoît Verhaert est parfait en mode cow boy froid et désabusé, devenant touchant ou hilarant selon les scènes (et particulièrement sexy en pantalon de cuir assez moulant... ).

En résumé, j'ai vraiment passé une belle soirée avec ce spectacle qui m'a fait l'effet d'une bouffée d'air (presque) frais (bah oui dans les saloons y'a toujours un peu de fumée! ;) ), un moment drôle et touchant, avec du fond sans être prise de tête... Bref, j'espère vraiment que 'Alive' sera bientôt repris quelque part et que je pourrai vous encourager à aller le voir! (pourquoi pas à Avignon? C'est pour moi tout à fait le genre de spectacle qui aurait sa place et pourrait faire un beau petit succès au Off!)

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur

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Publié le 7 Décembre 2015

Ancien malade des hôpitaux de Paris

Chaque année, depuis quelques saisons maintenant, Wolubilis a la gentillesse de programmer des spectacles que j'aurais aimé aller voir à Paris et que j'ai loupés (parce que oui même s'il m'arrive d'aller au théâtre ailleurs, je suis Bruxelloise, je vous le rappelle ;) ). Merci aux programmateurs de ce théâtre, donc, d'avoir eu la bonne idée d'accueillir Olivier Saladin cette saison! J'attendais beaucoup de ce spectacle, dont j'avais lu beaucoup de bien, et je n'ai pas été déçue!

L'histoire de ce seul en scène? Une nuit folle aux urgences d'un hôpital parisien. Ou plutôt, les souvenirs du Docteur Galvan, qui 30 ans plus tôt, était un jeune interne, et qui a vécu une nuit qui a changé sa vie... Et figurez-vous qu'il éprouve le besoin de raconter tout cela... A l'époque, ce jeune homme ambitieux enchaînait les gardes aux urgences, quand une nuit, un patient aux symptômes en cascade (c'est le cas de le dire pour l'un d'eux...) et pour le moins déroutants l'a lancé dans une course folle, fait douter, retrouver la vocation, etc, etc...

Je ne vous en dirai pas plus, sinon que le texte de Daniel Pennac (auteur que j'avoue ne pas bien connaître - oui, je sais, c'est pas bien!) est absolument superbe! A la fois d'une précision... chirurgicale, et très poétique par moments... Les détails, les descriptions (qu'on préfère ne pas imaginer parfois, sauf si on a déjà travaillé en hôpital et qu'on n'est pas vite dégoûté), sont extrêmement parlants, et le texte, d'un niveau soutenu (mais compréhensible même quand vous n'y connaissez rien en médecine!), est magnifiquement rythmé, et avec une vraie chute!

La prestation d'Olivier Saladin est elle aussi parfaite! Pas une seconde on ne décroche, on rit de ses mimiques, ses intonations, sa folie douce, on est happé dans les aventures de ce pauvre jeune interne! La mise en scène de Benjamin Guillard accentue cette course folle tout en offrant des pauses pour reprendre son souffle! Un décor somme toute simple : quelques chaises pour figurer la salle d'attente, une table avec un percolateur, les portes de garage typiques des sorties des ambulances aux urgences en guise de fond, une chaise et une table à roulettes, sans oublier des jeux de lumières très maîtrisés (ah, les cartes de visite... élément-clé de l'histoire, en quelque sorte... ) cela suffit pour faire prendre vie à toutes les scènes décrites par le personnage principal.
Et, évidemment, tout cela ne marcherait pas sans le talent d'Olivier Saladin pour incarner tous les personnages de l'histoire, toute son énergie pour personnifier surtout ce médecin haut en couleurs, qui n'exagère pas du tout les aventures rocambolesques gravées dans ses souvenirs (mais combien de kilomètres font ces couloirs d'hôpital, pour y courir aussi longtemps!?!)

Bref, ce spectacle d'1h15 passe en un éclair et on s'amuse vraiment beaucoup! Si vous avez l'occasion de le voir n'hésitez pas (je n'ai pas vu d'autres dates en Belgique, mais s'il y a une autre tournée ou si la pièce est reprise, foncez-y!)

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur

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Publié le 1 Novembre 2015

Pixel

Avec ses créations précédentes, "Correria" et (surtout) "Agwa" (deux spectacles courts présentés ensemble), le chorégraphe Mourad Merzouki m'avait déjà beaucoup séduite. J'aimais sa façon de créer des univers très visuels, par exemple avec tous ces gobelets plus ou moins remplis d'eau dans Agwa... Mais c'était aux danseurs de mettre en place et déplacer tous ces éléments, donc forcément, il y avait des limites.

Avec "Pixel", 'the sky is the limit', ou plutôt, l'ordinateur. En effet, le chorégraphe et sa compagnie, Käfig, ont travaillé avec une compagnie qui fait de la création numérique : Adrien M / Claire B (pour Adrien Mondot et Claire Bardainne). Et en alliant technologie et danse, ils ont obtenu un résultat de toute beauté!! Les mouvements, les déplacements des danseurs s'intègrent, se mélangent, interagissent avec les projections vidéos composées d'une multitude de points, ces fameux pixels, et de quelques lignes, aussi. Pas besoin de plus pour que la magie opère!

J'avoue que mon côté ingénieur en informatique s'est par moment posé des questions, sur comment tout cela était fait, programmé, les fonctions mathématiques derrière, ce qui était 'animé' en live (ou bien si tout était préparé, et dans ce cas tout ne tient que par l'extrême précision des danseurs dans leurs gestes et un timing à la milliseconde près - et je pense que pour la majorité du spectacle c'est vraiment ça!(*))... Mais je l'ai fait taire, pour simplement apprécier ces jeux d'images et de mouvements, ces illusions d'optique, la féérie et la poésie des tableaux où la neige tombe ou ceux où les bougies fument... Sans me poser de question, je me suis laissée prendre, même si une partie de mon cerveau savait que l'écran ne pivotait pas (vive les jeux de perspectives), que le sol ne bougeait pas (mais quel talent de la part des danseurs, de reculer tout en donnant l'impression de lutter contre un tapis roulant pour avancer!) et qu'il n'y avait ni trous, ni bosses (juste des courbes dessinées)...
On se laisse facilement happer par ces images et on retrouve l'émerveillement de l'enfant, tout en gardant dans un coin de sa tête l'admiration pour la performance des danseurs qui jouent et entretiennent les illusions!

J'ai toujours plus de mal de trouver les mots pour parler de danse, disons juste que les chorégraphies sont très réussies, on sent bien l'influence hip-hop mais il n'y a pas que ça, on retrouve aussi la grâce et la fluidité d'une danse contemporaine plus classique (oui, moi aussi je trouve cette phrase bizarre mais je ne vois pas comment mieux m'exprimer). Il y a aussi de très beaux jeux avec cerceaux (loin de la GRS!), du roller, et une contorsionniste éblouissante et qui ajoute un côté totalement surréaliste à certaines chorégraphies!

La création musicale d'Armand Amar ajoute encore à la perfection du moment... J'avoue que c'est souvent du côté accompagnement sonore que je 'décroche' dans certaines performances de danse contemporaine, et là pas du tout, les morceaux sont très jolis et parfaitement adaptés aux univers visuels.

Bref, une création magistrale, avec une belle dose de féérie et d'illusions, à ne pas manquer! Et vraiment, de magnifiques performances, tant physiques de la part des danseurs, que technologiques pour la création numérique. J'espère que ce type de création mêlant art et technologie continueront à se développer, avec autant de réussite. Et j'ai hâte de découvrir les prochaines créations de Mourad Merzouki, dont j'apprécie décidément beaucoup le travail!

"Pixel" continue à tourner en France (notamment au Manège de Maubeuge les 17 et 18/11/15 - accessible via la programmation du Manège.Mons aussi pour les Montois!). Vous trouverez toutes les dates jusque juin 2016 sur cette page.

(*) j'ai trouvé la réponse dans cet article, qui explique par ailleurs très bien les atouts de Pixel : un tiers du spectacle 'numérique' est animé en direct

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Rédigé par Emelle

Publié dans #danse, #Coup de coeur

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