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Publié le 16 Septembre 2022

Dans la petite salle du théâtre Le Public se joue, jusqu'au 22 octobre, un spectacle à ne pas manquer : "Les passagers".
Pourtant, quand j'ai ajouté cette pièce à mon abonnement, j'avais quelques craintes... le sujet, un attentat dans un bus à Jérusalem, me faisait peur, je craignais des "images" (mentales, hein, je me doutais bien qu'ils n'allaient pas projeter des photos ou vidéos de corps déchiquetés!) difficiles. Je ne prétendrai pas qu'il n'y a pas des moments "durs" dans ce texte, mais il s'en dégage aussi beaucoup d'humanité, de solides réflexions, et donc, ça vaut la peine de passer au-dessus d'éventuelles appréhensions pour aller voir ce spectacle très touchant.

Comme je l'évoquais, l'histoire se passe à Jérusalem. Ouest. Dans les bureaux de la police, un enquêteur juif a convoqué une femme. Jordanienne, dit son passeport, car on ne l'autorise pas à avoir la nationalité palestinienne. Elle vit de l'autre côté du mur, et chaque matin, elle passe les checkpoints pour venir place Tsahal, vendre du poisson et des crustacés (... en Israël, on a dit, pas à Dublin! Ce n'est pas la peine d'essayer de me mettre une chanson en tête, bête cerveau!). Seulement, il y a quelques jours, il y a eu un attentat qui a fait de nombreuses victimes, dans un bus. Le bus qu'elle prend plusieurs fois par semaine. Alors, forcément, la police veut lui parler, c'est un interrogatoire de routine, dit le policier. Mais elle prétend ne rien savoir, elle ne se souvient pas, il y a souvent des attentats...

Est-ce qu'elle ment? Si oui, pourquoi? Et qui a menti en premier (éternelle question, qui a commencé...)? Comment ces deux "ennemis héréditaires" peuvent-ils espérer se comprendre, faire un pas vers l'autre? Ce face à face est brillamment écrit par Frédéric Krivine. Pas de mots inutiles, pas de paroles moralisatrices ni de parti pris, parfois un peu d'humour, du cynisme, mais surtout beaucoup de vérités. Du genre difficile à entendre, car la situation est compliquée là-bas, et une solution pacifique et qui respecterait les 2 camps semble tellement loin... Et en même temps, il y a dans le texte des passages du quotidien, tendres, poétiques, qui équilibrent et offrent des respirations.

J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour ces deux personnages. Il faut dire que les interprétations de Benoît Verhaert et Axelle Maricq sont parfaites de justesse et d'émotion retenue. La tension est palpable lorsqu'ils s'affrontent, surtout au début, et puis autre chose s'installe, la fatigue ou la lassitude de la situation les gagne, leur manière de s'affronter évolue. Je ne vous en dirai pas plus, ce serait dommage de dévoiler la direction que prennent les choses. Je dirai juste que j'ai trouvé la fin poignante. Et vraiment, je le répète, les deux comédiens sont incroyables, ils nous emmènent avec eux et sont totalement crédibles du début à la fin.

La mise en scène de Laurent Capelluto est au service de ce beau texte, assez simple, avec ses jeux de miroirs (qui n'en sont pas toujours). Elle suggère sans tomber dans le "trash", fait ressentir l'enfermement du bureau sans générer de malaise chez les spectateurs, et assure un bon rythme sans temps morts. Mention spéciale pour la musique qui accompagne le spectacle, en particulier le morceau final, très beau et qui convient parfaitement aux derniers mots de Benoît Verhaert...
Le seul éventuel regret que j'aurais, c'est que la pièce se joue dans la petite salle et pas dans la salle des voûtes, plus large (il me semble, en tout cas). L'espace scénique est vraiment étroit, et même avec des lumières basses, on voit bien les spectateurs des premiers rangs en face (la disposition a été modifiée dans la petite salle, et il y a des gradins de chaque côté de la scène, donc face à face). Ce n'est pas très grave parce que la mise en scène et le jeu des comédiens parviennent à nous happer quand même, mais bon, je pense que j'aurais préféré ne pas avoir parfois l'impression qu'il y avait foule dans ce bureau de police!

Il vous reste plus d'un mois pour aller voir ce magnifique spectacle qui fait réfléchir et ressentir, mais ne traînez pas à réserver, il y a déjà quelques représentations complètes en octobre! Infos et réservations sur le site du Public.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur, #Bruxelles

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Publié le 31 Octobre 2021

Enfin! J'ai ENFIN réussi à voir le spectacle L.U.C.A. ! Après plus de 2 ans d'attente. Hé oui, j'avais repéré ce spectacle il y a un moment déjà, en suivant l'actualité d'Hervé Guerrisi (dont j'ai adoré les spectacles "Cincali!" et "La turnàta"). Mais un peu trop tard pour réserver pour les premières dates à Bruxelles, zut. Et pas d'Avignon au programme en 2019, alors, je guette un retour dans notre capitale... Oui! Fin de saison 19-20, au National! Je réserve avec impatience. Mais... un foutu virus passe par là. Représentations annulées. Snif. Heureusement, Wolubilis le programme pour la saison 20-21, enfin, on croise les doigts... les accueils français tombent, mais ouf, L.U.C.A. est toujours là! Ce sera pour début 2021.
Ou pas. Nouvelle fermeture des théâtres, nouveau confinement, spectacle reporté.
Au 28/10/21. Et là, enfin, j'ai pu voir L.U.C.A. !

Vous l'avez compris, après toutes ces péripéties, j'attendais le spectacle avec impatience... et il fut encore mieux que ce que j'espérais! J'ai eu un énorme coup de coeur pour "L.U.C.A.", je ne peux que vous conseiller mille fois de foncer si vous ne l'avez pas encore vu!

Quoi? Que j'en dise un peu plus? D'accord...
Après "Da Solo" dont je vous ai parlé dans mon billet précédent, voici un autre spectacle qui évoque l'immigration italienne. Ou plutôt, un spectacle dont c'est le point de départ, car c'est une rencontre entre Hervé Guerrisi et un spectateur à l'issue d'une représentation de "Cincali!" qui lancera la réflexion de celui-ci et de son complice Grégory Carnoli.
Les deux comédiens sont petits-fils de mineurs italiens, et l'un et l'autre ont un nom de famille qui ne leur permet pas vraiment de le cacher (... contrairement à moi, qui suis aussi petite-fille de mineur venu d'Italie, mais du côté de ma maman!). Pourtant, sur base de leur physique, on leur a déjà prêté d'autres origines, ainsi qu'ils le confient dans le spectacle: arabe pour Grégory Carnoli, un peu de tout avec une tendance brésilo-portugaise pour Hervé Guerrisi. Alors, comment répondre à cette question lancinante : "D'où tu viens?" ? En remontant la piste de leurs origines, de leur arbre généalogique, de leur ADN, jusqu'à rencontrer la fameuse cellule "L.U.C.A.", notre Last Universal Common Ancestor, celui qui est au départ de toute forme de vie, même improbable, sur Terre.

Ce sont ces recherches et leurs résultats qu'ils partagent avec nous dans le spectacle, ainsi que les réactions de leurs familles. Et leur incompréhension : pour eux, c'est évident, l'immigration italienne des années 1950 et les migrants qui tentent de rejoindre l'Europe aujourd'hui, c'est la même histoire. Alors pourquoi tant de véhémence de la part de leurs familles à nier cela, pourquoi un tel rejet, une telle certitude que ça n'a rien à voir ?

Le programme de Wolubilis qualifie "L.U.C.A." de "objet scénique original, entre théâtre documentaire, conférence caustique et espace de résistance". J'ajouterais road-movie, pour le rythme et le fil conducteur à la recherche de leurs origines. Voilà pour la forme du spectacle, qui oscille entre projections et moments plus poétiques, témoignages audios et scènes familiales rejouées, et interactions avec le public (ouf, je n'ai pas les yeux bleus! :D ). Tout ça file à 100 à l'heure, ça pourrait sembler décousu mais non, tout se tient, et on passe des éclats de rire à l'émotion ou à la colère en un changement de lumière.

Hervé Guerrisi et Grégory Carnoli sont d'une sincérité totale sur scène, en partageant leur histoire et leurs émotions. Ils sont aussi courageux, d'une certaine façon, vis à vis des proches qu'ils ont interrogés et dont on entend les avis parfois très tranchés dans leur rejet des migrants actuels. Leur naturel et leur évidente complicité ne peuvent que séduire les spectateurs, et l'on passe un bon moment en leur compagnie, entre rires et tendresse, et réflexions plus profondes.

Vous l'avez compris, j'ai adoré ce spectacle, qui a fait écho en moi... Pourtant, je dois avoir l'air "locale" (?), parce qu'en Belgique ou en France, on ne me demande jamais d'où je viens! (En bonne fan de Kaamelott, je serais d'ailleurs tentée de répondre, comme Arturus dans le livre VI, "Ben... du dortoir", juste pour rire!). Mais en vrai, comme on ne me le demande pas, je ne me pose pas la question. En France, quand je dis que je suis Belge, on me répond que ce n'est pas possible, je n'ai pas l'accent belge. Il n'y a que dans les pays anglophones qu'on me demande "where are you from?", et là je réponds "Belgium". Donc, on va dire que je me sens Belge. Ou pas. Terrienne, je dirais. Encore que, des fois, j'aimerais venir d'une autre planète...

Bref... Ce qui m'a "parlé" dans ce spectacle, c'est que je partage l'avis des comédiens. Pour moi, même si la société est différente, l'histoire de l'immigration italienne vers les charbonnages, et celle des migrants actuels, c'est la même, c'est le même moteur en tout cas qui pousse de jeunes hommes à tout quitter et à tenter leur chance ailleurs, où on leur a promis un monde meilleur et un travail, alors que chez eux, il n'y a rien à part crever (de faim ou tout court pour ceux qui fuient aujourd'hui la guerre). Alors entendre les anciens immigrés italiens dire aujourd'hui des nouveaux immigrés qu'ils viennent profiter du système, cela me choque toujours... ont-ils oublié qu'on disait pareil d'eux à l'époque, qu'ils venaient pour la "moutouelle"? Si c'était faux pour eux, pourquoi cela serait-il vrai pour les autres? Et pourtant... j'entends ça dans ma famille aussi. Alors c'est sans doute pour ça que "L.U.C.A." m'a tellement touchée.

Pour ça, et parce que c'est un spectacle positif, et pas du tout moralisateur. Ils ne prétendent pas avoir raison non plus, ils ne se moquent pas de l'avis des autres, ils cherchent juste à comprendre. Avec la science et l'évolution en outils de secours pour expliquer leur point de vue. Et l'humour, bien sûr. Et quelques joyeux clichés qui n'en sont pas vraiment et qui feront sourire tous les Italiens de Belgique!

Malheureusement, les prochaines dates de "L.U.C.A." sont toutes en France! Alors c'est génial de savoir que ce spectacle tourne aussi chez nos voisins, mais du coup, je ne peux pas vous donner de dates en 2021 pour voir ce super spectacle en Belgique, si ce n'est à Dinant le 21/12 !
Mais il y a des dates prévues en 2022 :

Et je vous invite à suivre le site d'Hervé Guerrisi et celui du théâtre de l'Ancre, pour vous tenir au courant des prochaines escales de la tournée (qui continuera en 2022-2023).

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Coup de coeur

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Publié le 5 Septembre 2021

Septembre... La saison théâtrale reprend, en espérant que cette fois, elle pourra aller à son terme sans nouvelle fermeture!

Mais les festivals ne sont pas encore tout à fait finis, et c'est donc dans la grange du Karreveld, dans le cadre du festival "Bruxellons!", que j'ai pu assister à une représentation des "Meilleurs alliés". Il reste quelques dates, pour cette pièce qui a déjà tourné en Belgique (mais que je n'avais pas encore pu voir) et qui a eu un joli succès sur les scènes françaises également!

La pièce évoque des personnages historiques bien réels et des moments de notre histoire assez récente... Qui sont les deux hommes face à face sur scène, ces meilleurs alliés... qui ont beaucoup de mal à se supporter?
Du côté de la "perfide Albion", Winston Churchill, Premier Ministre britannique, dans toute sa splendeur, sa rondeur, ses colères, cigare au bec et verre de whisky en main. En face, celui qu'il qualifie de prima donna, le chef de la France libre, Charles De Gaulle, dans toute sa raideur et son arrogance, refusant de jouer un rôle mineur dans la libération de la France!

Les deux hommes se font d'abord face dans le wagon de commandement de Churchill, à la veille du débarquement en Normandie. De Gaulle refuse d'être la cinquième roue du carrosse, de parler après les autres et d'être la marionnette d'Eisenhower. Churchill s'emporte et se moque du Français, campe sur ses positions et veut le renvoyer en Algérie.
Deuxième acte, la confrontation n'est plus directe mais passe par la diplomatie et les ambassadeurs, car il faudra bien trouver un  compromis qui arrange tout le monde et l'opinion publique...

Le texte, signé Hervé Bentégeat, est brillant, les mots bien choisis, et l'analyse est plutôt fine, notamment quant à l'avenir de l'Europe. Evidemment, c'est plus facile de voir juste vu que la pièce a été écrite en 2017, mais les rapports de force sont bien décrits, et on comprend bien les implications de ce qui se joue en 1944 entre la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis et la Russie, qui bien que non représentés dans la pièce, y sont évoqués souvent. Un peu de (géo)politique dans le texte donc, quelques constats cyniques ou désabusés sur la société, mais aussi beaucoup de bons mots et de répliques qui claquent! Churchill n'est pas tendre avec de Gaulle dont il se moque souvent. D'ailleurs, je suis presque étonnée que le spectacle ait si bien marché en France ;) En tout cas, j'ai bien ri de la manière dont de Gaulle prononce tous les mots ou noms de famille anglais à la française (ah, le livain-je room ou le chevain gumme, sans oublier ce cher Esenoverre!). Non, non tous les Français n'ont pas un accent anglais aussi pourri (pas tous. Mais j'en connais, quand même! :D )
Rassurez-vous, l'image de l'Angleterre est aussi écornée et Churchill a droit à sa dose de ridicule également!

Du côté des comédiens, les performances sont surprenantes. En particulier celle de Pascal Racan, qui incarne de Gaulle avec beaucoup de justesse, dans l'attitude, dans les intonations et le phrasé si particulier. J'aime beaucoup ce comédien que j'ai vu souvent sur scène, et qui a d'habitude une voix et une manière de parler reconnaissables les yeux fermés... Et là, rien à voir, j'avais du mal à retrouver sa voix, tant il est convaincant dans le rôle du général, tout en prestance (un peu désabusée) et sobriété. Face à lui, Michel de Warzée offre un contraste parfait de bonhommie et de violence, tout en émotions qui explosent. Seul bémol, afin de représenter au mieux Churchill, son articulation est souvent pâteuse et il n'est pas toujours facile de bien saisir ce qu'il dit (ce qui amène à entendre ses voisins parfois se répéter les phrases que l'un n'a pas compris...). Bernard d'Oultremont et Simon Willame complètent la distribution avec la réserve et le calme des diplomates qu'ils incarnent, les voix de la raison et du compromis afin de permettre aux meilleurs alliés de s'entendre...

En résumé, un spectacle intéressant qui oppose deux personnalités et éclaire une partie de l'histoire européenne de la 2ème moitié du XXème siècle, avec énormément d'humour et beaucoup de rires amenés par le sens de la répartie des protagonistes, interprété sans fausse note. Il reste quelques représentations jusqu'au 17 septembre, infos sur le site de Bruxellons.

 
 

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Bruxelles, #Théâtre

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Publié le 9 Mai 2021

[Contexte] Le samedi 8 mai 2021, la Belgique autorise les terrasses à rouvrir. Par ailleurs, à partir de cette même date, les événements culturels sont autorisés en extérieur, avec 50 spectateurs maximum. Enfin!
Le théâtre Le Public a fait preuve de créativité en combinant tout cela et en aménageant un espace de représentation / terrasse dans sa cour intérieure, habituellement fermée au public. Pour assurer un confort au spectateur, des casques audio sont distribués (en échange de notre carte d'identité, mais rassurez-vous ils les rendent à la sortie 😉) pour les spectacles de théâtre, ce qui permet de bien entendre les comédiens sans être perturbé par les bruits extérieurs.
De plus, le théâtre a ouvert une librairie (consacrée notamment aux textes de théâtre, aïe mon porte-feuille 😆), ce qui lui permet de proposer des "spectacles lectures" à 50 spectateurs maximum, en intérieur cette fois. Quelles bonnes idées!
Dans ce cadre, je suis donc retournée au théâtre avec un plaisir non dissimulé, en ce samedi 8 mai! Qu'est-ce que ça fait du bien de combler enfin le manque! Je n'ai qu'une hâte, y retourner!
J'ai choisi le spectacle "Burn out", qui se jouait samedi à 15h et 17h dans la cour intérieure. Mais comme j'imagine que Maxime Anselin n'a pas écrit ce texte pour 2 représentations, je vous en écris une petite chronique, pour vous encourager à aller voir le spectacle dès qu'il sera repris quelque part!

Burn out... Une pièce qui parle du burn out? Voyez plutôt cela comme... "une expérience", proposée par Anne-Gaelle, la dynamique présentatrice! #burnout ! Une expérience pour découvrir et comprendre de manière amusante (...) ce qu'est le burn out, en traverser les étapes!
Je ne peux pas trop vous en dévoiler sur l'intrigue ou la construction de Burn out, ce serait dommage de "divulgâcher" comme on dit en français...

Ce que je peux vous dire en revanche, c'est que j'ai beaucoup aimé ce spectacle qui évoque le burn out avec justesse et intelligence. Malheureusement, je sais de quoi je parle, puisque j'en ai moi-même vécu un. Et... je me suis retrouvée dans beaucoup de situations. Pas toutes, heureusement, mais... "je vais bien", "ça va", "je gère"... Ah, le déni de la personne en burn out face à son état, jusqu'à ce qu'il soit trop tard... Il est particulièrement bien rendu dans la pièce. Ainsi que la difficulté à lâcher prise, à arrêter, à partir... Allez, encore une dernière tâche, un dernier effort et puis ça ira. Plusieurs phrases, plusieurs réactions ont fait drôlement écho à ce que j'ai vécu... D'autres choses sur la culpabilité /la culpabilisation m'ont fait penser à une amie et collègue qui est, elle aussi, passée par là... Bref, tout ce qui est présenté dans le spectacle est très juste. Oh, peut-être que certaines choses sont poussées un peu loin, mais... c'est très bien vu! J'ignore comment Maxime Anselin s'est documenté pour écrire ce texte, mais s'il n'a pas vécu un burn out lui-même, il a probablement côtoyé de près une personne qui en a traversé un...

Rassurez-vous, ce spectacle n'est pas plombant ni larmoyant pour autant. Il y a de nombreux passages drôles, et le sujet est traité avec légèreté grâce à une mise à distance. Les comédiennes, Julie Verleye et Laurie Willième, sont excellentes et passent d'un registre à un autre avec beaucoup d'aisance et de naturel. Maxime Anselin a fait un très joli travail. Il assure la mise en scène (efficace et sans temps mort... les transitions sont très bien amenées); il est Patrick, la voix off de #Burnout; et comme je l'ai mentionné il a écrit le texte. J'avais déjà apprécié son talent d'auteur en 2015 avec "Meurtre(s) in progress" vu à l'Os à Moelle (je vous en avais parlé ici !), j'ai retrouvé dans Burn out ce que j'avais aimé à l'époque : de la subtilité et... comment dire... plusieurs niveaux d'interprétation avec un "twist" final? A nouveau, difficile d'être précise sans trop en dire, mais j'aime bien son approche du théâtre, et j'ai hâte de découvrir d'autres spectacles qu'il aura écrit!

En résumé, un retour au théâtre réussi, et un spectacle que je vous conseillerai dès qu'il sera reprogrammé!

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles, #Le Public

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Publié le 28 Février 2021

Je devais aller voir Misery au théâtre des Galeries en novembre. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps, puisque les théâtres ont fermé avant. Il avait été question que le spectacle soit repris, mais malheureusement les Galeries ont annoncé que ça ne serait pas le cas, faute de place dans l'agenda et dans les espaces de stockage pour le décor. La captation réalisée spécialement pour Auvio est donc notre seule chance de voir ce spectacle!

"Misery" est adapté du roman de Stephen King (ou plus précisément, l'adaptation théâtrale originale est signée William Goldman, également scénariste de l'adaptation cinématographique du dit roman). C'est donc un thriller psychologique, un genre trop rare au théâtre, alors que lorsque la mise en scène est réussie, c'est un genre qui convient parfaitement aux salles obscures des théâtres... L'angoisse monte petit à petit, la peur vous guette derrière les fauteuils... Ce sont des pièces dont on ressort le coeur battant un peu plus vite!

Pour ceux qui ne connaissent pas le roman, l'intrigue est un huis-clos assez inquiétant. Un célèbre auteur de romans policiers, Paul Sheldon, a eu un accident de voiture assez grave dans un coin paumé et enneigé. Heureusement (?), Annie Wilkes, une infirmière habitant tout près, l'a sorti de là, ramené chez elle et elle le soigne avec attention. Il se trouve qu'elle est aussi sa "fan numéro 1", et en particulier, elle adore son héroïne, Misery. Héroïne que l'auteur a décidé de tuer dans son dernier livre, qui vient de sortir, parce qu'il veut écrire autre chose... Comment réagira Annie? Alité, blessé, Paul doit-il se méfier de cette infirmière qui semble pourtant si dévouée et prévenante?
 

Misery

Evidemment, la pièce repose surtout sur le face à face de ces 2 personnages. Annie, qui semble tellement gentille, semble flirter avec la folie... Paul, amoindri physiquement par ses blessures, garde l'esprit vif et cherche froidement à s'échapper ou à manipuler sa geôlière... Les deux comédiens choisis par le metteur en scène Fabrice Gardin, sont absolument parfaits. David Leclercq est très expressif, on "voit" les plans qui se déroulent dans sa tête et ses tentatives de s'en tirer, on retient son souffle avec lui... Cathy Grosjean est sur le fil tout le temps, oscillant entre raison et folie, et la sociopathe qui affleure derrière son sourire fait froid dans le dos! Robin Van Dyck clôture la distribution avec un rôle plus restreint mais important, le flic qui passe de temps en temps discuter avec Madame Wilkes...

Je regrette vraiment de ne pas pouvoir apprécier ce spectacle sur scène. Le décor semblait très ingénieux, permettant de passer d'une pièce à l'autre tout en gardant l'impression d'enfermement. L'ambiance est étouffante, oppressante, même en regardant la pièce tranquillement dans son salon sur Auvio... j'imagine qu'en live, ça devait être encore plus tendu...

Encore une fois... une captation, c'est mieux que rien, et je vous la conseille... mais ça ne vaut pas les sensations en direct, alors vivement la réouverture des théâtres!!

Lien direct Auvio (gratuit, mais il faut s'inscrire) : https://www.rtbf.be/auvio/detail_misery?id=2717826

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Belgique, #online, #auvio

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Publié le 5 Février 2021

Ismaël Saidi devait créer sa nouvelle pièce, Muhammad, au Théâtre de Liège, ces jours-ci. Evidemment, avec la situation sanitaire actuelle, impossible d'accueillir du public. Néanmoins, il a eu le courage de maintenir cette création en streaming (je pense qu'il faut oser, jouer un tout nouveau spectacle pour la première fois devant une salle vide, sans les retours des spectateurs...). En plus, lui et le théâtre de Liège ont eu la générosité de partager ce spectacle gratuitement, pour 4 représentations.

Il en reste 3 à l'heure où j'écris ces lignes : ce vendredi 05/02 à 17h30 et à 21h, et demain samedi 06/02 à 21h. Le lien spécifique à chaque représentation se trouve sur le site du théâtre de Liège (mis à disposition un peu avant le début du spectacle). N'hésitez pas à profiter d'une de ces occasions pour le découvrir, même si évidemment, on peut espérer que le spectacle soit repris une fois les théâtres réouverts!

Muhammad
Muhammad
Muhammad

J'ai eu le plaisir de suivre la toute première représentation de "Muhammad" hier soir. Ce seul en scène écrit et interprété par Ismaël Saidi, raconte l'histoire du prophète Mahomet, à travers les souvenirs de Salman le Perse, un compagnon de route de Muhammad. En fait, Salman se réveille à notre époque, et ne comprend pas les cris qui parlent de "venger Mahomet"... Petit à petit, ses souvenirs reviennent, et il comprend que ce "Mahomet", c'est le Muhammad qu'il a connu, suivi, aimé. Il décide alors de nous raconter ce qu'il sait de cet homme...

Ismaël Saidi est un auteur, comédien (et quelques autres choses encore) belge, surtout connu depuis sa pièce "Djihad". Il oeuvre toujours au vivre ensemble, aux dialogues entre les communautés, il écrit des livres aussi, partage inlassablement ses messages positifs d'ouverture, refuse toutes les formes de victimisations (et de discrimination, évidemment). Bref, c'est ce qu'on pourrait appeler "un type bien" (et intelligent, de surcroît). Quelqu'un qui se donne et parle avec son coeur et ses tripes.

On sent tout de suite que partager l'histoire de Muhammad lui tient à coeur. Il remet quelques pendules à l'heure et insiste sur certains messages (au hasard... "Le premier croyant était une croyante!"). J'ai appris énormément de choses en regardant cette pièce! Ayant reçu une éducation plutôt catho, je ne connaissais pratiquement rien sur la vie du Prophète Muhammad. C'est très intéressant de la découvrir, cela remet certaines choses en perspectives. Je ne savais pas non plus qu'il avait au départ voulu s'inscrire dans la lignée des prophètes juifs, ni qu'il avait des points communs avec Moïse. Bref, merci pour ce spectacle très pédagogique. On ressent que cela fait des années qu'Ismaël Saidi discute et débat avec des élèves après ses spectacles, il est parvenu à rendre cette histoire didactique sans tomber dans le simplisme...

Evidemment, la représentation d'hier était la toute première, certaines choses évolueront sans doute encore. Mais c'est un joli travail de comédien et de conteur que nous livre ici Ismaël, qui a gagné en maturité (même si je ne me fais pas au crâne rasé!) et est plus posé que la première fois que je l'ai vu sur scène (dans "Ceci n'est plus un couple"). Par contre, ne vous attendez pas à rire avec cette pièce ci... C'est vraiment un moment d'histoire et de partage, pas un spectacle d'humour!

Le seul bémol peut-être, c'est que j'ai trouvé le rythme de la pièce un peu lent. Il y a peut-être un peu trop de silences, même si j'en comprends l'intérêt. Ou alors, c'est lié au fait d'être seule devant mon écran...
En fait, j'étais à la fois contente d'assister à "Muhammad" depuis chez moi parce que je suis en manque de théâtre, et un peu triste... Car ce spectacle est pour moi un parfait exemple du besoin de se réunir dans des salles et de l'impossibilité de remplacer le théâtre par du streaming... C'est une histoire qui se raconte à un vrai public présent. Une histoire qu'on aimerait écouter, assis par terre au coin du feu, ou sous une tente, dans le désert. Ensemble. J'ai ressenti ce besoin hier, l'importance que ça a de faire partie d'un public. Ce n'est pas une découverte, juste un rappel, mais je trouve que ça se marque particulièrement ici pour "Muhammad".

Alors, bien sûr, je vous encourage à regarder le spectacle en streaming, je suis sûre que ça vous apprendra plein de choses. Et surtout, je vous encourage à aller le voir quand il sera enfin joué sur scène avec un vrai public autour!

MuhammadMuhammad

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Belgique, #Théâtre, #Streaming

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Publié le 3 Février 2021

Rumeur... Un pièce dont le résumé m'avait interpellée, dans le programme de cette saison au théâtre Le Public, tant il semblait coller à l'actualité. Une pièce que je devais aller voir en décembre dernier, d'ailleurs. Mais la fermeture des lieux culturels en a décidé autrement.

Heureusement, le théâtre Le Public a décidé de créer ce spectacle malgré tout, dans une version filmée destinée à étrenner leur plate-forme de vidéos à la demande. Ce n'est donc pas une captation d'un spectacle, mais bien une création hybride, pas tout à fait film mais plus tout à fait spectacle théâtral, qui est proposée aux internautes et spectateurs empêchés.

Rumeur, c'est un texte écrit par Thierry Janssen sur une idée de départ de Michel Kacenelenbogen, l'un des directeurs du Public. Initialement, il devait d'ailleurs en interpréter le premier rôle masculin, sous la direction de Gérard Gelas, le directeur du théâtre du Chêne Noir à Avignon. Mais les déplacements étant limités, c'est finalement Michel Kacenelenbogen qui assure la mise en scène, et Philippe Résimont qui joue.

L'idée de la pièce remonte à plus de 2 ans... Visionnaire? En tout cas, le texte parle d'un industriel qui a trouvé une alternative révolutionnaire et écologique au pétrole. Malheureusement, les éléments génétiquement modifiés nécessaires à ce biocarburant ont provoqué une épidémie mortelle (...) en Chine (...)
L'industriel est en prison, accusé d'avoir négligé les tests et d'être responsable de l'épidémie. Il clame son innocence, se prétend victime et injustement calomnié, et nie tout lien entre son industrie et l'épidémie.
La pièce se concentre sur le passage dans sa cellule d'une journaliste qui enquête sur l'affaire et va le filmer pendant 2 jours, afin d'en faire le sujet principal d'une de ses émissions. A moins qu'elle soit surtout en quête de sensationnel et d'audience?

Rumeur
Rumeur
Rumeur

Je suis ravie d'avoir eu la possibilité de voir ce spectacle, même à distance. Quelle claque! Le texte sonne incroyablement juste, ça en fait presque froid dans le dos. Il y a un certain cynisme dans ses personnages qui s'affrontent à coups de manipulations, de mensonges, de.. fake news. La manière dont les informations peuvent être manipulées, le pouvoir des insinuations et des rumeurs qui enflent si rapidement de nos jours, sans qu'elles soient vérifiées... Ca fait peur, car le regard est cru et sans illusions sur les dérives de la société. Mais quelle intelligence aussi dans ce texte brillant et cinglant (et drôle, aussi!).

Les comédiens brillent également dans leur interprétation de ces personnages. Philippe Résimont est magistral, et très à l'aise avec la caméra... Quand il la regarde "dans les yeux", on se sent impliqué, concerné, même bien au chaud dans son salon! On doute, son personnage est-il une victime ou le plus grand des salauds? Bénédicte Chabot est insaisissable dans le rôle de la journaliste dont les motivations sont assez floues, bref avec ces deux-là, difficile de se faire une opinion tranchée, les émotions évoluent au fil du spectacle et c'est génial! Les autres acteurs sont très bons aussi, mention spéciale à Aylin Yay que je n'avais vue que dans des rôles comiques jusqu'à présent...

Bref... Ce spectacle devrait être (re) créé sur scène la saison prochaine, et j'espère avoir l'occasion de le (re)voir car partager l'ambiance et les émotions avec le reste du public, ça doit être encore mieux!

Mais en attendant, je ne peux que vous conseiller d'aller regarder "Rumeur" sur la plate-forme VOD du Public ! https://vod.theatrelepublic.be/fr

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Belgique, #Coup de coeur, #Théâtre, #VOD

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Publié le 20 Mars 2016

Le 7ème continent

Attention, ne vous fiez pas au "pitch", cette pièce est vraiment atypique! Atypique et très séduisante, un vrai bon moment de théâtre, avec trois magnifiques comédiennes, à ne louper sous aucun prétexte!

Sur papier, l'intrigue pourrait presque faire penser à un vaudeville classique avec quiproquos et triples vies (allez, j'avoue, à cause de ça et du souvenir justement d'un 'boulevard' que je n'avais pas aimé et qui tournait un peu autour de ça, j'ai failli passer à côté de ce spectacle. Que ça aurait été dommage!). Autour du cercueil d'un homme, trois femmes se rencontrent. Pour la première, Kristin, le 'mort' s'appelait Franck et était son mari, et le père de leur fils. Pour la deuxième, Anaïs, il s'agissait de Jack et c'était son compagnon. Et puis arrive la jeune Lola, qui pense enterrer son fiancé, Mick! Alors... Qui était vraiment cet homme? Et pourquoi ces trois identités? S'agit-il bien du même type? Quel point commun lui trouver, entre ces trois facettes? Et surtout, comment ces trois femmes, extrêmement différentes, parviendront-elles à se parler et à gérer la perte de l'homme qu'elles pensaient connaitre?
Et, comme le dit le résumé du spectacle, "pendant ce temps-là, au large d'Hawaï, tourbillonnent des millions de déchets et se forme le septième continent". Le rapport avec le reste de l'intrigue? Pour le savoir, il faudra que vous alliez voir la pièce!

Car finalement, ce spectacle n'est peut-être pas tout à fait ce qu'il semble être. Et ne va pas forcément aller dans la direction à laquelle vous vous attendiez au départ! En fait, dès l'installation dans la salle, vous vous en rendez compte: ça ne sera pas une pièce classique! Les comédiennes, chacune dans leur personnage bien sûr, viennent parler avec le public et se présentent, se confient à voix basse... Tout le monde n'entendra pas tout, d'ailleurs, mais on est directement pris dans l'ambiance, on fait déjà connaissance, une sorte d'intimité s'installe. Et elles joueront de cette complicité durant tout le spectacle, avec une belle fluidité et beaucoup de naturel. Et un plaisir visible. En voyant le spectacle, j'ai eu l'impression qu'il devait beaucoup tenir à coeur aux comédiennes (qui ont collaboré à l'écriture de ce texte signé Thierry Janssen), et que Michel Kacenelenbogen avait dû énormément s'amuser à les mettre en scène (avec le brio qu'on lui connait). Je ne peux pas trop vous en dire pour ne pas gâcher les surprises, mais cette pièce devrait vous étonner, et c'est le genre d'étonnement qui fait du bien au théâtre! Personnellement j'en suis sortie avec le sourire et "boostée"!

Les 3 comédiennes sont impeccables au niveau du jeu! On est face à trois archétypes féminins plutôt éloignés. Kristin est une présentatrice météo un peu bourgeoise, pas hyper futée, et qui a une tendance au lapsus assez amusante. Bénédicte Chabot lui donne beaucoup de classe et en même temps de naïveté, et est parfaite quand elle part en crise! Anaïs est une rebelle, militante active chez Greepeace, révoltée et à fleur de peau. Kim Leleux l'interprète avec énormément de sincérité, sans concession, et parvient à la rendre très touchante aussi. Enfin, Lola souffre d'un syndrome (proche du syndrome d'Asperger) qui l'empêche de ressentir les émotions, ce qui la rend assez 'robotique', d'autant qu'elle a aussi une mémoire eidétique (et vous livrera un paquet de statistiques si elle passe près de vous avant le début de la pièce). Inès Dubuisson livre une prestation assez incroyable, parvenant à garder cette absence d'émotion assez inquiétante et jouant les réactions inattendues de Lola avec beaucoup de naturel (mais il parait que ça fait des semaines qu'elle répète! ;) ).

Alors, maintenant, qu'est-ce qu'on fait? Et si vous commenciez par aller voir "Le 7ème continent" au Public? Trois super comédiennes vous y attendent et ont des choses à dire!
La pièce se joue jusqu'au 30 avril. Infos et réservations sur le site du Public.

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles, #Coup de coeur

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Publié le 13 Mars 2016

Misère

Imaginez... du Stephen King, à la sauce absurde agrémentée de quelques épices d'humour TTO... Difficile? C'est pourtant le mélange (d)étonnant proposé par la pièce "Misère" au théâtre de la Toison d'Or en ce moment! Un mélange globalement réussi, avec juste un petit bémol : quelques longueurs (j'y reviendrai).

L'intrigue de Misère, dans les grandes lignes, est celle de "Misery", le roman de Stephen King (mais pas avec la même fin. Enfin pas vraiment. Enfin... Je vais pas spoiler non plus!). Ici, c'est Sarah, ancienne infirmière, qui a sauvé l'écrivain Paul Delpierre d'un grave accident de voiture, survenu à cause du blizzard. Elle l'a emmené chez elle et le soigne. Mais elle est aussi sa plus grande fan... Alors, est-il libre de partir lorsqu'il ira mieux, vraiment? Est-ce qu'elle le soigne, ou elle le drogue? Et la voisine, combien de fois peut-elle se faire égorger? Et cet ours voleur de colis, c'est quoi son rôle?

Euh... Je crois que les deux dernières questions posent un peu le côté "absurde" de l'histoire, non? Laurent Beumier, qui jusqu'à présent était plutôt spécialiste des 'décors sonores' et bandes originales de pièces de théâtre, signe ici son premier texte théâtral, et il s'en est donné à coeur joie dans ce registre absurde! Il le dit lui-même, "le terrain de l'absurde est un chemin étroit et glissant qui oscille vite entre le 'très con' et le 'too much'". Alors, a-t-il trouvé l'équilibre dans "Misère"? C'est assez subjectif au fond... De mon point de vue, oui... On est dans un univers qui ressemble un peu à "La cité de la peur" (vous savez, le film de Les Nuls!)... en un peu moins efficace peut-être (bon ok c'est l'un de mes films cultes je ne suis pas objective!). Ou du côté des sketchs qu'Arnaud Tsamere faisait dans "On n'demande qu'à en rire", avec des ping-pong verbaux où les personnages rebondissent sur le sens d'un mot qui n'est pas celui que l'autre avait en tête, ou bien où ils prennent les expressions et métaphores au premier degré... Ce n'est pas forcément un humour auquel tout le monde accroche, moi j'aime bien donc j'ai apprécié cet aspect de "Misère". La pièce regorge aussi de clins d'oeil à des scènes ou dialogues cultes du cinéma, mais en les détournant un peu, de manière parfois subtile... Vous pourrez vous amuser à les débusquer! Enfin, pour diversifier un peu, on trouve aussi de l'humour plus visuel... et peut-être bien des chansons (avec chorégraphies?)... On est au TTO, après tout! ;)

La mise en scène de l'auteur et d'Alexis Goslain nous plonge plutôt dans une ambiance de huis-clos, de thriller flirtant avec l'horreur, à la Stephen King donc... Tout en se jouant de ces codes et en les parodiant un peu. Et c'est probablement ce mélange de genres qui m'a donné l'impression que la pièce manquait parfois de rythme et qu'il y avait quelques longueurs. Même si le suspense est présent et qu'on se demande comment tout cela va finir, on ne peut quand même pas parler d'atmosphère tendue et stressante... Du coup, les silences et une certaine lenteur qui sont nécessaires à tout thriller psychologique digne de ce nom, m'ont donné l'impression ici de ralentir trop l'intrigue, d'amener quelques passages inutiles et quelques longueurs, au détriment des ressorts comiques et décalés de cette histoire absurde. Ca ne m'a pas empêchée d'apprécier globalement le spectacle, mais c'est un petit bémol qui m'empêche d'être complètement enthousiaste!

Parlons enfin du duo de comédiens: Pierre Pigeolet est en grande forme et absolument parfait dans ce personnage d'écrivain à succès mais méprisé des critiques, qui souffre, qui doute, qui perd pied, qui a de plus en plus peur de cette espèce de folle qui le séquestre, et qui est pourtant lui aussi un peu... perturbé, peut-être... En tout cas il n'est sans doute pas exempt de toute folie. Il parvient à être crédible dans ce personnage ambigu, et manie à merveille les ruptures de tons et les mimiques (on voit qu'il a côtoyé Jean Hayet aux Galeries). Il est décidément très doué dans un registre comique! En face, Nathalie Uffner s'en donne à coeur joie et est excellente pour interpréter les crises et les excès de Sarah (même si paradoxalement je trouve qu'elle manque un peu de naturel au début quand elle est sensée agir 'normalement'). De plus on sent la complicité de jeu entre les deux comédiens et ils s'amusent apparemment aussi beaucoup à jouer ce texte, ce qui est toujours agréable à voir!

En résumé, "Misère" est un bon divertissement, une pièce qui sort un peu de l'ordinaire et de ce qu'on voit d'habitude au TTO, donc si vous n'êtes pas allergique à l'humour décalé et absurde, allez-y! Par contre, n'allez pas voir "Misère" si vous voulez voir un Stephen King pur et dur, vous seriez déçu. Ni si vous espérez piquer quelques trucs et astuces pour kidnapper votre artiste préféré (par exemple, pour qu'il vous lise du Shakespeare (*) ), parce que je doute que ça marche! ;)

Misère, au TTO jusqu'à Pâques! Infos et réservations sur le site du théâtre.

(*) Euh... pour ceux qui ne me connaissent pas, rassurez-vous, c'est juste une private joke! Je ne suis pas une dangereuse psychopathe qui prémédite un kidnapping! :D

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre, #Bruxelles

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Publié le 6 Mars 2016

30/40 Livingstone

J'ai un peu hésité à écrire cet article parce que je ne savais pas vraiment quoi vous dire sur ce spectacle, qui m'a laissée perplexe. Pas à cause de son univers symbolico-onirico-absurdo-délirant, ça je m'y attendais, mais à cause de la manière dont j'ai compris/perçu la fin, qui m'a semblé étonnamment pessimiste par rapport à l'humour affiché tout au long du spectacle.

Mais commençons par le début. "30/40 Livingstone", à la base, c'est une envie avignonnaise. Ce spectacle se jouait au Off il y a 2 ans, et je l'avais loupé, parce que tout était complet au moment où j'avais voulu réserver. L'envie de voir ce spectacle venait, je ne le cache pas, du fait que j'aime beaucoup Sergi Lopez. Acteur étrange, au physique rond de nounours sympathique, et capable d'être complètement glaçant de cruauté (dans "Le labyrinthe de Pan" ou "Dirty pretty things") ou "incernable" et inquiétant (dans "Harry un ami qui vous veut du bien"), ou au contraire bienveillant et assez sensuel (dans "une liaison pornographique")... mais toujours avec un petit côté mystérieux! Bref, au cinéma, c'est un acteur que je trouve assez fascinant, et j'avais donc très envie de le voir sur scène. C'est ce qui m'a décidée à profiter de la tournée belge de "30/40 Livingstone"! (j'y suis allée à Louvain-la-neuve début février - oui, j'ai mis du temps à terminer cet article, qui traine dans mes brouillons depuis presque un mois).

Impossible de vous raconter l'histoire de ce spectacle qui plonge le spectateur dans un univers absurde... Disons que c'est l'histoire d'un jeune homme, interprété par Sergi Lopez, qui rêve de liberté et d'aventures, et annonce à son père (plus passionné par son fauteuil et son match de tennis que par les propos de son rejeton), qu'il part! Dans une forêt (pas tout à fait amazonienne), le jeune homme découvre et traque une nouvelle espèce ! Une sorte d'homme à tête de cerf, qui danse, joue au tennis, et ne parle pas (interprété par Jorge Pico).

Entre la logorrhée survoltée de Sergi Lopez, et le mutisme de Jorge Pico, les deux comédiens livrent une performance impressionnante, physique, engagée. Ils courent, dansent, se démènent, miment,... Leurs mimiques très expressives déclenchent souvent les rires. Sergi Lopez en particulier, n'hésite pas à se moquer de lui-même et de ses rondeurs, soulevant, enlevant et remettant son t-shirt, grimaçant et transpirant. Bref, on est plus dans le burlesque, le grotesque parfois, que dans l'émotion, même si quelques pointes plus intenses transparaissent parfois au milieu du mic-mac, dans les relations père-fils. Le jeu des comédiens m'a bluffée sur l'aspect énergie et sur la manière dont ils se donnent à fond, mais ne m'a pas vraiment touchée, j'aurais préféré un peu plus de retenue, je crois.

Mais comme je le disais au début de l'article, j'étais prête à me laisser embarquer dans cette folie onirique, qui regorge de symboles, d'allusions à la politique, la société (espagnole, mais on peut assez bien transposer quand même)... ça brasse pas mal de choses l'air de rien, même si tout n'est pas forcément clair. Mais justement, ce mélange d'éléments symboliques m'a laissée perplexe sur la fin. Ou plutôt, l'interprétation qui me semblait ressortir de tout cet ensemble, la quête de liberté, la volonté de "tuer" le père... se termine d'une manière qui, si je l'ai bien comprise, est atrocement pessimiste, comme si au fond, rien ne pouvait changer... Alors peut-être que j'ai mal compris, mais alors que j'avais plutôt ri et apprécié la majorité du spectacle, la fin m'a laissé une impression assez glaçante... trop contrastée par rapport au reste du spectacle... Du coup, difficile de vous dire si j'ai aimé ou si finalement, cette impression finale m'a complètement refroidie!

La tournée du spectacle en Belgique est terminée, mais si vous avez l'occasion de voir passer ce spectacle près de chez vous, et que l'absurde ne vous fait pas peur, n'hésitez pas à vous faire votre propre opinion! (et à la partager avec moi si le coeur vous en dit!)

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Rédigé par Emelle

Publié dans #Théâtre

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